Les maudits vents

Les maudits vents

2011-08-10 --- Les grosses chutes du Niagara

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De : Yvan Yvan - Letchworth Park

Date : mercredi, 10 août 2011

À : parents et amis

 

Bonjour à tous

 

La nuit dernière et ce matin, no more tourista (olé !). J’ai mangé un petit plat de pâte, hier soir, et tout a semblé rester en place de façon normale durant la nuit. Mais ce matin, je sentais encore le tout un peu fragile…

 

Et ce matin, il faisait beau soleil, mais la météo annonçait encore des showers dans le courant de la journée. En temps normal, je serais parti quand même en vélo. Mais j’avoue que la vidange drastique de mes tripes d’hier m’avait également vidé d’une bonne partie de mon énergie. Je n’avais donc pas confiance en mes capacités pour faire une journée intensive de vélo.

 

— Désolé Bruno, que je lui ai finalement dit en me montrant ferme. Je voulais faire cette randonnée tout autant que toi. D’autant plus que nous n’avons pas renoué, toi et moi, depuis le lac Champlain… Mais faut s’adapter aux intempéries et aux maladies… Et cesse de pleurnicher…

 

Ça fait qu’il a fallu prendre une décision pour passer quand même agréablement cette journée. Voilà donc la décision…

 

J’avais préalablement décidé d’aller vers l’ouest, vous vous souvenez ? « À l’ouest ; toujours plus à l’ouest… » disait le professeur Tournesol. En fait, j’avais une destination précise en tête où me rendre un moment donné. Je vous laisse deviner laquelle… Come on ! C’est facile !

 

OK, je vous donne un indice qui va tout de suite vous donner la réponse… Bon, voilà, j’y vais – c’est l’indice : jadis, c’était la destination de prédilection des voyages de noces de nos parents (ou de nos grands-parents, c’est selon)… Ben oui, c’est ça ! Vous êtes bons !

 

Ah, je sais ! Je sais que c’est quétaine d’aller voir ça, les chutes Niagara… Mais que voulez-vous ? Premièrement, j’aime les chutes. Et plus elles sont grosses, plus elles sont démesurées, et plus elles sont terrifiantes, ben plus je les aime. Pis les chutes Niagara, faut leur donner ça, avouez : elles ne font pas dans la modestie.

 

Ensuite, ça faisait longtemps que je n’avais pas été là. En fait, je ne les avais vues que deux fois dans ma vie. Une fois, en 71, lors d’un voyage familial dans l’ouest du pays – j’avais 14 ans. Pis la deuxième fois, c’est en 76 – j’avais donc 19 ans –, lorsque j’étais dans l’armée. Cet été là, je me trouvais à Borden (Ontario) ; et lors d’un week-end libre, un copain et moi avions décidé d’aller là-bas en bus. Je ne vous raconterai pas les endroits – dangereux et défendus – où nous étions descendus pour voir les fameuses chutes de près, et loin des touristes… À 19 ans, vous savez, on est tous un peu jeunes et fous – pour ne pas dire téméraires…

 

Tout ça pour dire que ça faisait tellement longtemps que je ne les avais pas vues, ces chutes-là – depuis 35 ans ! – que je ne me souvenais quasiment plus de ce qu’elles avaient l’air. J’avais donc hâte de les revoir…

 

Mais une fois sur place, je me suis retrouvé sur Clifton Hill, et là… tout m’est revenu comme un flash : les hôtels, les restaurants à la grotesque devanture, les attrapes-touristes, les manèges, les arcades, les casinos, les musées de cire… Tout était encore là, plus kitsch que jamais ! Tout ! C’est pas croyable.

 

C’est ce que j’appelle du développement touristique durable. Ben oui. Ça fait des années que le tourisme s’est développé de cette ahurissante façon à cet endroit, et les visiteurs affluent encore autant qu’avant. Il y en avait des milliers, rien qu’aujourd’hui ; de toutes les nationalités. Je déambulais sur cette fameuse rue de Clifton Hill, et je me disais – vis-à-vis les touristes de l’étranger : « Mais dekessé qu’on doit avoir l’air… » Pis après, je me suis consolé en me disant que ce sont les Ontariens qui font rire d’eux-autres.

 

Bon, cela dit… Pis ? Les chutes ?

 

Elles étaient encore là, elles aussi – pensiez-vous le contraire ?  Aussi grandioses, aussi démesurées, aussi terrifiantes qu’avant. Heureusement que le sidewalk ne ressemblait pas à l’affreuse Clifton Hill, et qu’ils ont eu la décence de construire un bel aménagement piétonnier. Mais je vous avouerais que le côté américain est beaucoup mieux aménagé.

 

Je les ai donc approchées sous tous les angles. Tant du côté américain que canadien. Pour ceux qui l’ignorent, il y a deux chutes : une du côté canadien et l’autre du côté américain. Tout le monde dit que la chute canadienne est la plus belle. Personnellement, je suis plus ou moins d’accord…

 

La chute canadienne tombe droite et drue, direct en bas, sans obstacles sur son chemin. La chute américaine s’écrase plutôt à mi-chemin, sur des rochers éboulés, et continue sa route en grosses cascades mugissantes. Les deux ont leur propre charme, je trouve. Mais lorsqu’on est en haut, à quelques mètres seulement de l’endroit où les rapides se jettent dans le vide, ça ne fait plus aucune différence, tant qu’à moi. Ce que c’est impressionnant !

 

Vous connaissez mon esprit imaginatif… Pendant que je marchais à côté des flots, je songeais à ceux qui ont des idées suicidaires, et je me disais : voilà bien là l’endroit idéal pour passer à l’acte. Il y a full sentiers qui longent les rapides, en haut, avec seulement une petite rampe d’à peine un mètre de hauteur pour protéger les badauds. Il n’y aurait qu’un très léger effort à fournir. Le gars qui voudrait se suicider (si c’est un gars) n’aurait qu’à enjamber la rampe, et plouf ! À peine le temps d’entendre :

 

- (de la part d’un Français) : « Mais putain ! Qu’est-ce qu’il fout, ce mec ? »

- (de la part d’un Américain) : « Jesus Christ ! What’s fucking going on right there ? »

- (de la part d’un Québécois) : « Mais dekessé qu’y fà là, lui, tabarnak ? »

 

… bref, à peine le temps d’entendre ces mots-là, que le gars serait rendu en bas du monstre pis qu’il serait passé ad patres

 

M’enfin, bref, oui… Les chutes Niagara, c’est grandiose. C’est juste dommage qu’on les ait déguisées de cette façon-là avec la ville canadienne d’à côté

 

Et puis après, ben je suis revenu à… Vous ne le croirez pas… Je suis revenu au même camping qu’hier, dans le Letchworth Park… Ben oui… Pas de « Dead & Breakfast », ce soir – si j’ai ri quand une de mes lectrices a surnommé mes cimetières de cette façon-là !

 

Mais c’était prévu comme ça. Je savais qu’une fois la visite de Niagara terminée, j’allais revenir sur mes pas. Sachant cela, avant de quitter, ce matin, j’avais renouvelé mon site pour ne pas avoir à en chercher un advenant qu’il soit tard. Et j’avais laissé ma tente là. Ainsi que Bruno et La Bête, tous les deux cadenassés à la table de pique-nique. Comme ça, j’ai voyagé plus léger.

 

Et voilà toute l’histoire…

 

En fait, aller à Niagara Falls à partir de mon camping, c’était comme d’aller à Montréal à partir de Trois-Rivières. Ça a valu la peine : j’ai enfin revu mes belles grosses chutes. Et puis, en revenant, je suis passé par la Seaway Road. C’est la route qui longe le lac Ontario. M’enfin, qui le « longe », c’est vite dit. Elle le longe, oui, mais on ne le voit pas souvent – le lac… Mais quand même : quand on le voit, c’est impressionnant. C’est comme la mer finalement : on ne voit pas de l’autre côté !

 

Et demain, je quitte définitivement cet endroit pour aller… vers l’est...

 

À la prochaine !

 

Yvan Yvan

 

Si vous désirez lire immédiatement la suite du road trip d'Yvan Yvan dans l'état de New York, cliquez ici.

 



15/03/2017
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