Les maudits vents

Les maudits vents

2014-04-17 --- À la conquête du coeur de Voh

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De : Yvan Yvan – Roche percée (Bourail)

Date : jeudi, 17 avril 2014

À : parents et amis

 

Après s’être rendu au bout du monde, Yvan-Yvan n’a pas eu d’autres choix, à partir de ce moment-là, que de reprendre la route du sud afin de revenir lentement au bercail.

 

Il en a profité pour admirer de visu le sujet d’une des photographies les plus célèbres du monde. Pour cela, il lui a fallu monter à une hauteur considérable, à pied. Et cela s’est fait, encore une fois, par une dure journée de canicule...

 

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Bonjour à tous,

 

Connaissez-vous ça le « cœur de Voh » ? Non ? Pourtant, vous devriez. C’est l’une des photographies les plus célèbres du monde...

 

Mais avant de vous parler du cœur de Voh, il faut que je vous parle simplement de Voh. Pis avant de vous parler de Voh, je dois même vous parler d’autres choses... Bref, commençons par le commencement, OK ?

 

Le commencement étant le petit-déj sur le balcon, ce matin – nous étions au même hôtel que la veille –, pendant lequel nous avons planifié la journée. La planification a essentiellement consisté à s’arranger pour voir le cœur de Voh et pour nous rendre à Poembout, où nous avions déjà réservé une chambre dans un hôtel supposé potable... Il a fallu réajuster la fin, mais c’est quand même OK.

 

Voilà pour la planif.

 

Et maintenant, go. On the road again.

 

Lorsqu’on sort de la commune de Koumac, on entre dans celle de Kaala-Gomen, À l’instar de toutes les communes de la Nouvelle-Calédonie – à part Nouméa et ses banlieues, bien sûr –, Kaala-Gomen, c’est une minuscule municipalité de rien du tout : 2000 habitants répartis, comme toujours, en petites agglomérations et en tribus (73 % Kanak). Et une de ces agglomérations-là s’appelle Ouaco.

 

Ouaco est célèbre. M’enfin, disons plutôt que Ouaco a déjà été célèbre... Et quand je parle de célébrité, je parle localement, bien entendu. Pas célèbre mondialement... Il y a deux raisons à sa célébrité locale...

 

La première, c’est que Ouaco était jadis réputée pour sa conserverie de Corned Beef... Ben oui... que voulez-vous, on a les réputations qu’on peut...

 

Grâce à cette entreprise-là – et à un immense cheptel –, le village était tellement prospère qu’il vivait en autarcie, semble-t-il, par rapport au reste du pays.

 

Pis la deuxième raison, c’est que Ouaco est le point géographique de la Nouvelle-Calédonie le plus près de l’Australie. Et que c’est donc à partir de là qu’a été établi la première liaison téléphonique, par câble sous-marin, avec son voisin. Et c’est de là, aussi, qu’a décollé le premier vol Nouvelle-Calédonie / Australie, en 1931.

 

On rit pus, hein ?

 

Mais c’est du passé, tout ça. Aujourd’hui, Ouaco est une petite agglomération de rien du tout, à vocation agricole et minière, et si son passé n’était pas relaté dans les brochures touristiques, on passerait tout simplement tout droit.

 

Ce n’est pas comme Voh. Non, non, non ! Parce qu’alors là, Voh, c’est pas pareil pantoute.

 

Voh est la commune juste au sud de celle de Kaala-Gomen. 2500 habitants (71 % Kanak).

 

Normalement, il n’y aurait pas grand-chose à en dire non plus, si ce n’était que cette commune est située juste à côté du Massif du Koniambo, là ou se dresse la monumentale usine de transformation de nickel qui a amorcé ses opérations l’an passé seulement.

 

Big affaire, cette usine-là, en passant. 5000 employés. Investissement de 5 milliards de dollars. Un des plus gros projets miniers au monde ; et le plus rentable, à part ça, grâce à la proximité de toutes ses infrastructures : mine, fonderie, centrale électrique, usine de dessalement et le port.

 

Tour cela est pratiquement sur les berges du lagon de la Nouvelle-Calédonie, patrimoine de l’UNESCO. Mais les dirigeants de l’usine affirment évidemment qu’il n’y a aucun danger pour l’environnement – ben non, of course my friends ; don’t worry about that ; trust us and sleep peacefully...

 

Mais ce n’est pas pour ça que Voh est célèbre. C’est à cause de son cœur...

 

Connaissez-vous Yann Arthus-Bertrand ? C’est un Français. Et il est photographe. Un jour, il lui a pris l’envie de faire des photographies aériennes de différents sites terrestres à travers le monde. Paraît qu’il a investi une fortune dans ce projet-là – en vendant sa maison et tout. Et il en a produit un livre qu’il a intitulé La Terre vue du ciel

 

Eh bien, le risque en a valu la peine, car ce livre-là est finalement devenu un best-seller mondial traduit en plusieurs langues. Probablement l’avez-vous déjà vu vous-mêmes sur les tablettes d’une librairie.

 

Cela dit, vous vous demandez sans doute quelle est la relation entre ce que je suis en train de vous raconter et le village de Voh, en Nouvelle-Calédonie ? C’est simple...

 

La photo de la page couverture de son livre représentait une formation végétale appelée « tanne », qui désigne la partie maritime d’un marais la moins fréquemment submergée, avec des sols généralement sursalés, nus ou peu végétalisés, et qui se développe dans les mangroves.

 

Bon, OK... Explications scientifiques mises à part, cette tanne-là – celle de la page couverture du livre La Terre vue du ciel – se trouve dans la mangrove de Voh. Elle mesure quatre hectares et elle a ceci de particulier que, vue du ciel, elle a la forme d‘un cœur. De là son nom : le cœur de Voh. Et comme cette photo-là a fait le tour du monde, ben le cœur est devenu célèbre. Et Voh aussi, par la même occasion.

 

Alors, vous vous doutez bien que je tenais à le voir, ce cœur-là, en chair et en os, et pas rien qu’un peu.

 

Il y a trois façons de le voir :

 

1) En y allant en 4x4, à travers les marais. Mais une fois dedans, on ne sait pas qu’on est dedans. Évidemment, puisque sa forme ne se découvre qu’à partir des nuages... C’est pas top-top, donc...

 

2) En le survolant en hélicoptère. Des tours d’hélicoptère sont bien sûr organisés. Mais à 35 000 CFP par personne (450 $ ou 300 €), pour une demi-heure de vol, vous comprendrez qu’on a laissé faire.

 

3) En escaladant la montagne du Katepaï, à pied, et en l’observant de loin ; méthode qui a l’avantage d’être gratuite et de nous aider à garder la forme. C’est l’option qu’on a choisie.

 

On a donc escaladé le Katepaï en cette journée chaude et humide. En temps normal, ce n’est pas une rando vraiment difficile : on monte en empruntant une piste de VTT. Et pour une fois, ce n’est pas compliqué ! On suit la piste jusqu’en haut, c’est tout. Mais ça monte en ‘tit péché d’Hérode. Et c’est en ayant perdu quelques grammes (de liquide corporel) que nous sommes parvenus au faîte, sur une aire emménagée avec quelques tables de pique-nique. Ça a pris environ 1 ½ heure à nous rendre là, incluant les pauses kodaks.

 

Le Petit Futé disait : « Au risque d’être déçu, n’imaginez pas que vous parviendrez à voir le cœur de Voh tel qu’il est représenté sur les carte postales de Yann Arthus-Bertrand. »

 

OK, un gars averti en vaut deux. C’est vrai que de loin, comme ça, de biais, et tout petit, il n’avait pas grand-chose à voir avec la photographie originale, mais quand même... On le distinguait, là-bas, et on voyait bien sa forme (voir photo annexée), et ça m’a satisfait. Et puis, j’étais content de me dégourdir les pattes. Et c’est sans compter que le paysage au complet, autour de la montagne, était magnifique.

 

Nous sommes redescendus peu après, et je vous avoue que cette rando-là – avec la chaleur qu’il faisait – nous a pas mal amortis... Nous avions hâte de nous asseoir à l’ombre et de prendre une bonne douche – et une bonne bière, pour ma part ! Ça fait que nous avons aussitôt repris la route pour nous rendre au petit hôtel que nous avions réservé à Poembout.

 

Sur Internet, l’endroit – l’hôtel – nous apparaissait extrêmement sympathique. Il était certes sur le bord de la route, mais quand même à la campagne ; avec des bungalows et une piscine.

 

Une fois à Poembout, et après une recherche passablement compliquée, nous sommes enfin parvenus devant. Mais nous n’y comprenions rien : l’hôtel se trouvait, non pas à la campagne, mais en plein centre du village, coincé entre la route, des commerces et un immense stationnement. Et la réception était un container de bateau !

 

Une visite de la chambre – ayoye ! – nous a fait fuir illico l’endroit. On s’est cassé, comme disent les Français. Et vite fait. Et c’est en maudit – pour ne pas dire autre chose – contre cette publicité mensongère sur Internet que nous avons repris la route vers le sud.

 

Nous nous sommes ainsi rendus jusqu’à Bourail – en bouclant la boucle de notre périple, en quelque sorte. Mais ce coup-ci, pas question de coucher sous la tente aux alentours du camping de Poé. Nous avions trop besoin d’une douche et d’un minimum de confort. Nous avons donc trouvé un petit bungalow très sympathique – très sympathique pour vrai, celui-là ! – au fond de la baie de la Roche percée.

 

Cette baie se trouve au fond de la passe Popinée. On l’appelle la « passe », car il n’y a pas de barrière de corail pour arrêter les flots qui viennent du large. De sorte que les vagues s’engouffrent directement dans cette passe et viennent se fracasser dans le fond de la baie. De ce fait, c’est le seul endroit où on peut faire du surf sur tout le Caillou. Mais je vous avais déjà tout expliqué ça dans une précédente chronique.

 

Juste dire que c’est aussi un endroit à risque en cas de tsunami. S’il s’en produisait un – un tsunami –, comme il n’y a pas de barrière de corail pour l’arrêter, vous imaginez la scène ?

 

Eh bien, c’est en plein là qu’on va dormir – tout au fond de la baie. Il fait noir en ce moment. C’est calme sans bon sens. Et on entend le fracas des vagues sur la plage à environ cent mètres d’ici. C’est vraiment cool. Mais s’il y a un tsunami cette nuit, bonsoir la visite...

 

À demain, les amis – peut-être !

 

Yvan-Yvan

 

Si vous désirez lire immédiatement la suite du tour du Caillou d'Yvan Yvan, cliquez ici.

 

 



22/03/2017
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