Les maudits vents

Les maudits vents

2014-04-15 --- D'est en ouest, en passant par le nord

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De : Yvan Yvan – Koumac

Date : lundi, 14 avril 2014

À : parents et amis

 

Yvan-Yvan poursuit sa route vers le nord de la Grande Terre. Il n’est pas encore rendu au bout du monde, mais presque. En attendant, il traverse des paysages plus magnifiques les uns que les autres, et il n’a pas assez de ses deux yeux pour tout admirer.

 

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Bonjour à tous,

 

Nous avons finalement passé une super de bonne nuit dans notre tente ; notre tente montée dans notre case ; notre case derrière la maison de Monique ; Monique de la tribu de Tendo ; la tribu de Tendo dans la jungle ; la jungle de la commune de Hienghène ; Hienghène sur la côte est ; la côte est de la Nouvelle-Calédonie... l’arbre est dans ses feuilles maluron, maluré...

 

Oui, m’enfin, bref...

 

La tente dressée dans la case s’est finalement avéré une idée de génie – et je dis ça sans me vanter. Elle nous a permis de nous sécuriser par rapport à la vermine éventuelle. Remarquez qu’il n’y en avait peut-être pas (de vermines) ; mais dans le doute, vaut mieux faire comme si, hein ? Et puis, il a fait frais durant toute la nuit, finalement. Alors, le sommeil a été profond, oui, et réparateur. Étonnant, non, étant donné les circonstances ?

 

Nous avons paqueté nos petits au chant des coqs, et nous sommes partis alors que le soleil se levait à peine. Nous sommes revenus en ville (à Hienghène) dans un demi-brouillard. Comme nous connaissions maintenant le chemin, nous avons pris notre temps pour admirer la nature – en faisant de nombreux arrêts pour faire des clic-clic avec les kodaks. La rivière Hienghène coulait paisiblement le long du sentier. C’était de toute beauté... Mais plus aucune trace de l’incendie de forêt... comme si nous avions rêvé ça, la veille... Quand même curieux, non ?

 

Nous sommes retournés au belvédère de la poule de Hienghène pour prendre un frugal petit-déjeuner (baguette, confitures, fromage...) sur une table de pique-nique, en compagnie de la grosse poupoule, toujours aussi imperturbable, elle, assise sur son immense séant, en plein dans le patrimoine de l’UNESCO.

 

Notre intention première, aujourd’hui, était de prendre un breack pour nous remettre de nos émotions de la veille. C’est-à-dire de rester peinards à Hienghène en nous offrant un hôtel confortable dans le but de nous la couler douce sur les plages du lagon – et en commençant par prendre une bonne douche !

 

Il y a là, à Hienghène, sur le bord de l’eau, un hôtel 3 étoiles – le Koulnoué Village –, offrant de petits bungalows très sympathiques à un prix que je ne qualifierais pas « d’abordable » – car nous sommes en Nouvelle-Calédonie... Mais disons à un prix que nous étions prêts à débourser pour nos besoins du moment (13 000 CFP, ou 165 $, ou 110 €).

 

Mais il n’était que 8h00 du matin, et après vérification, nous ne pouvions pas disposer d’aucune chambre avant le début de l’après-midi. Ça fait que, très déçus, nous avons décidé de laisser faire, et de continuer notre route... vers le nord... plus haut... toujours plus haut... et ce, malgré la chaleur, qui s’annonçait encore suffocante aujourd’hui – et qui l’a effectivement été.

 

La route entre Hienghène et le prochain village – Pouébo – a sans contredit traversé la plus belle région de tout notre voyage jusqu’à maintenant ; avec la mer à droite, toujours, et les montagnes à gauche. Elle quitte quelquefois la mer pour amorcer des montées dans le flanc des montagnes et redescendre vers le lagon un peu plus loin. C’est sur ce tronçon que s’élève le plus haut sommet de la Nouvelle-Calédonie : le mont Panié – 1629 mètres. C’était l’extase visuelle...

 

Elle n’est pas large, cette route, par contre, et loin s’en faut. En plus; chaque fois que le chemin enjambe un ponceau sur un creek, il se rétrécit de façon à ne laisser passer qu’une seule auto à la fois. Mais le trafic est quasi inexistant. Et avec la végétation, on se croirait en pleine Asie. C’est extrêmement pittoresque.

 

Sur la côte est, le long de la route, se dressent une multitude de petites échoppes qui vendent des fruits, des légumes et des produits d’artisanat (dont des colliers de coquillages et les fameuses pierres à savon sculptées).

 

On n’y aperçoit jamais personne de faction. Mais si on s’y arrête, des gens surgissent d’on ne sait où, comme ça, paf ! Sinon – si personne n’apparaît –, un panier est là pour qu’on y dépose l’argent lorsqu’on part avec un produit. La confiance règne dans ces régions...

 

Et puis, une autre chose très agréable sur la côte est, ce sont les Mélanésiens que l’on rencontre sur la route. On en voit très souvent qui déambulent à pied sur le bas-côté. Ils viennent d’où ? Ils vont où ? On n’en sait rien. Mais chaque fois qu’on en rencontre, ils ne manquent jamais de nous envoyer la main avec un large sourire. Et la politesse exige évidemment de leur répondre de la même façon. De toute façon, on ne leur envoie pas la main parce que la politesse l’exige, mais bien parce que tout cela est hyper sympathique.

 

Une quinzaine de kilomètres après avoir quitté Hienghène, pas plus, nous avons dû nous arrêter... faute de route !

 

Ben oui... La route s’arrêtait drette devant la rivière Ouaième – prononcez wé-yem. Si nous n’avions pas stoppé, nous aurions plongé dedans (dans la rivière)... La route continuait de l’autre côté du cours d’eau, toutefois. Mais il n’y avait pas de pont pour aller la rejoindre.

 

La rivière Ouaième est la seule de toute la Nouvelle-Calédonie qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. C’est-à-dire dont la traversée est encore assurée pas un bac plutôt que par un pont. Et ça va apparemment rester comme ça très longtemps – sinon toujours. Je ne sais pas trop pourquoi. L’endroit est sacré, paraît-il. Ou tabou. Certaines sources d’info parlent d’un lieu de réincarnation des ancêtres mélanésiens. D’autres mentionnent qu’il y aurait un monstre dans la rivière qu’il ne faut pas contrarier... Quoiqu’il en soit, ce sont les Kanaks eux-mêmes qui ne veulent pas que ça change. Par contre, je ne sais pas ce qu’ils feraient si le trafic en venait qu’à être plus important... L’avenir le dira peut-être...

 

En tout cas – et du fait, justement, que le trafic n’en est pas perturbé pour le moment –, la chose ne manque pas de charme. Le bac peut contenir trois ou quatre autos, gros max. Il est doté d’un moteur, mais une corde, tendue d’un côté à l’autre de la rivière, en assure la traction. Il fonctionne 7 jours sur 7, et 24 heures sur 24, grâce à des gens qui se relaient constamment pour assurer la navette. Et c’est gratuit. Le Petit Futé dit : « La traversée est rapide et gratuite, mais c’est l’un des grands moments de votre tour de l’île... » Ouf... L’un des grands moments... ils n’y vont pas de main morte... C’est peut-être exagéré, mais c’est le fun, en tout cas, ça c’est sûr. Ça fait très « brousse ». Et juste de voir la rivière qui se jette dans l’océan, d’un côté du bac, c’est majestueux.

 

Une fois cela fait, et une dizaine de kilomètres plus loin, nous nous sommes de nouveau arrêtés. Dans le but cette fois de faire une petite rando jusqu’à la cascade de Tao, visible de la route, et qui prend sa source dans le massif du mont Panié. C’est l’affaire d’une promenade d’une demi-heure – pas trop difficile –, dans un chemin à demi aménagé, jusqu’au pied de la chute.

 

Ça en valait la peine. Ne serait-ce que juste pour le plaisir de se tremper les pieds dans l’eau fraîche et pour se faire chatouiller les orteils par les écrevisses – grosses comme la main. Et puis pour entendre le bruit de la cascade, aussi, bien sûr, qui dégringole d’une hauteur de plus de 200 mètres juste à côté de nous. 200 mètres, voilà ce qu’on peut appeler une cascade digne de ce nom... Rien à voir avec la cascadette d’hier, au milieu de la Tiwaka...

 

Bon, à partir de là, ça a été... de la route...

 

Jusqu’à Pouébo, premièrement. Commune de 2500 habitants, dispersés en tribus, comme d’habitude.

 

Savez-vous quoi ? J’ai bien vu l’écriteau « Pouébo » qui nous disait qu’on entrait dans le village. Mais croyez-le ou non, de village je n’en ai point vu. Je sais bien que les villages sont minuscules, ici. Je sais bien aussi que j’ai tendance à être (un peu) dans la lune, mais quand même...

 

Mais le pire dans le même genre était à venir. Un moment donné, on a quitté la côte est – obligé – pour retourner vers la côte ouest. Une dizaine de kilomètres plus loin se dresse le village d’Ouégoa (2200 habitants, tribus, blablabla...). Eh bien, croyez-le ou non, ici aussi, je n’ai jamais vu ce village de ma vie : ni le village ; ni les maisons qui auraient pu me mettre la puce à l’oreille ; et ni même l’écriteau qui indiquait que j’étais dedans...

 

Ils existent pourtant, ces deux villages... Ils sont lilliputiens, j’en conviens, mais ils sont bel et bien là. Des photos satellites me le prouvent... Pfff... Des fois, je me décourage moi-même...

 

M’enfin, bref... Dans le nord de l’île, une fois que l’on quitte la côte est pour s’enfoncer de nouveau dans les terres, le paysage se métamorphose du tout au tout – drastiquement. Le changement est à couper au couteau. On laisse en fait la forêt tropicale pour la savane sèche et aride.

 

Non pas que les arbres sont absents. Non, non... ils sont là. Mais on voit que la région n’est plus autant arrosée qu’ailleurs par les pluies.

 

C’est le royaume du niaouli, entre autres, arbre de la famille des Myrtaceae, dont on extrait une huile essentielle, la goménolée, connue pour toutes sortes de vertus – une sorte de panacée –, et qui est amplement commercialisée.

 

Cela dit, le paysage était hallucinant, ici aussi ; même s’il n’avait rien à voir avec celui, tropical, de la côte est. Montagnes et vallées se sont enchaînées sur une cinquantaine de kilomètres dans une nouvelle orgie d’images toutes plus magnifiques les unes que les autres...

 

Bon me revoilà parti en envolées lyriques... s’cusez-moi... Je laisse plutôt la parole au Petit Futé : « Sans chercher les superlatifs idiots [c’est de moi qu’il parle, lui ?], ne boudons cependant pas notre plaisir. La transversale entre Ouégoa et Koumac est de toute beauté avec une route qui serpente entre cols et petites vallées encaissées. Les paysages s’étendent à perte de vue (...) »

 

Cet endroit-là, de la Nouvelle-Calédonie, est pratiquement désert. Tellement qu’un moment donné, j’étais à peu près certain de m’être perdu – ça n’aurait pas été étonnant. Une chance que nous nous sommes tout à coup retrouvés en plein milieu de travaux de construction. Car c’est là  qu’un ouvrier nous a confirmés que nous étions sur la bonne route.

 

Et c’est ainsi que nous sommes revenus sur la côte ouest. Plus précisément à Koumac.

 

À partir de là, nous nous sommes retrouvés dans une région à prédominance européenne. Il y a environ 4000 habitants ici ; dont 40 % d’Européens et 30 % de Mélanésiens. La ville ressemble plus à une agglomération qui répond à nos standards de « ville »... OK, OK... de « village », plutôt...

 

À première vue, Koumac a une vocation que je qualifierais de « dortoirs de travailleurs des mines ». Je dis ça, car l’hôtel où nous sommes en ce moment est plein. Et plein de quoi ? Plein de travailleurs des mines de nickel qui se trouvent pas très loin, alentour. L’hôtel est tellement rempli de ces gens que l’établissement fait un rabais durant les week-ends pour attirer les clients, car il se vide le vendredi soir, jusqu’au lundi matin... Comme nous sommes lundi soir, nous n'avons malheureusement pas eu droit à ce rabais. Mauvais planning de notre part...

 

Je reviendrai sur Koumac, car nous y dormirons deux soirs...

 

Sur ce, j’espère que mon histoire d’aujourd’hui vous a plu. À demain, donc, pour la suite des aventures.

 

Yvan-Yvan

 

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22/03/2017
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