Les maudits vents

Les maudits vents

Notre grande virée --- par Lucie-Soleil Ouellet et James McInnes

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NOTRE GRANDE VIRÉE

Deux aventuriers, une Amérique… un VR

Par Marie-Soleil Ouellet et James McInnes

Aux Éditions Bertrand Dumont

Les calepins des aventuriers – Récit de voyage

2009

209 pages

 

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SYNOPSIS (4e de couverture)

 

Pendant une dizaine d’années, Lucie-Soleil Ouellet et James McInnes se sont préparés à réaliser un rêve : partir le cœur en bandoulière, à la conquête de l’Amérique du Nord en véhicule récréatif.

 

Retraités, sans maison, c’est ce qu’ils font à la mi-juin 2007, à bord d’un camion léger tirant une roulotte à sellette. Mettant cap à l’ouest, ils campent dans les parcs d’État, tous situés dans des sites naturels et uniques. Ils traversent les Prairies puis les Rocheuses avant d’atteindre Prince-Rupert et les îles de la Reine-Charlotte. Fuyant le froid, ils mettent cap au sud vers Vancouver et longent la côte du Pacifique jusqu’en Californie. La Baja California sera leur refuge pour prendre un repos bien mérité après sept mois sur les routes.

 

Au printemps, ils repartent vers le nord à destination des grands parcs américains. C’est le Grand Canyon, les Canyons de l’Utah, le Yukon, l’Alaska et le mont McKinley. Après avoir passé l’été à fureter au nord du 55e parallèle, ils remettent le cap vers le sud, cette fois-ci vers le Golfe du Mexique. Puis ce sera le Texas, la Louisiane, Le Mississippi et la Floride. Au début de 2009, après deux ans de vagabondage en Amérique du Nord, Lucie-Soleil et James retrouvent leur Québec natal.

 

Ils offrent aujourd’hui au lecteur de partager des instants magiques, des paysages grandioses, des beautés à couper le souffle et des jardins naturels.

 

LES AUTEURS (4e de couverture)

 

Lucie-Soleil Ouellet est une visionnaire, naturaliste, amante de la vie, poète de l’âme. Écrivaine, les voyages sont pour elle une source inépuisable d’inspiration. Elle puise ses mots à la source poétique de l’univers. Son recueil Mémoire de sel, publié en l’année 2007, a les couleurs de son Bas-du-Fleuve natal, des battures de l’estran, de ses escapades de toujours.

 

James McInnes est géographe amateur, photographe, ingénieux, horticulteur et écologiste. En 2004, il a écrit un guide sur La culture écologique.

 

Lucie-Soleil et James sont des passionnés de liberté, des aventuriers de l’âme. Ils ont voyagé en Orient, en Europe, aux États-Unis et dans les Caraïbes. Chaque été, durant une trentaine d’années, ils quittent la Métropole, pour se retrouver au Québec, dans le Bas-du-Fleuve et la Gaspésie, où ils campent pendant leurs semaines de vacances.

 

Sportifs, ils explorent la nature en kayak, à bicyclette, à pied. Ils s’approchent ainsi des paysages pour mieux s’enivrer aux parfums de chaque lieu.

 

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MES COMMENTAIRES

 

Saviez-vous que certaines gens font le tour du monde en fonction de thématiques ? C’est même assez courant. Par exemple, il existe des globe-trotteurs de centres de ski qui se tapent toutes les pentes emblématiques de la planète ; d’autres sont des globe-trotteurs de lieux de pèlerinage célèbres ; d’autres sont quant à eux des globe-trotteurs d’hôtels mythiques, etc. Vous saisissez ?

 

Lucie-Soleil Ouellet et James McInnes, quant à eux, et à travers la visite régulière d’attractions touristiques traditionnelles, ont décidé de faire la tournée des Parcs nationaux du Canada et des States : d’y installer leur VR pendant quelques jours, et de les marcher, de les pédaler, et de les pagayer. Et de les ressentir également. De s’immerger dans leur nature et de s’en imprégner. Ce qui, à la base, est un projet de retraite franchement tripant et inspirant. Un projet qui m’a grandement interpelé, en tout cas. Et qui a aussi provoqué des attentes particulières par rapport à cette lecture que je me faisais une joie d’entreprendre.

 

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Le trajet des deux voyageurs ayant été décrit de long en large en 4e de couverture. Je mets néanmoins ici la carte de cet itinéraire qu’ils ont parcouru pendant deux ans :

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Ouellet--Lucie-Soleil---Itin--raire.JPGphoto : livre Notre grande virée
 

Cette même 4e de couverture dévoile également assez bien l’ambiance de ce recueil écrit par deux amants de la nature, dont une artiste-poète.

 

Je rappelle que les deux voyageurs forment un couple dans la vie ; et qu’ils ont apparemment pas mal bourlingué de par le monde. Ils sont en outre des fanas de plein air ; en plus de faire du tai-chi un peu partout où ils s’arrêtent.

 

Leur périple a été accompli en VR. Il ne s’agit cependant pas d’un petit VR trad. Non, il est plutôt question ici d’une fifth wheel (d’une « caravane à sellette », en bon français correct). Pour ceux qui ne connaissent pas ce mot, une fifth wheel est une grosse roulotte qui s’accroche directement dans la boîte d’un pick-up.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Ouellet--Lucie-Soleil---Types-de-vr.jpg  https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Ouellet--Lucie-Soleil---Fifth-wheel-recadr--.jpg

En passant, je me suis toujours demandé pourquoi on appelle ça une fifth wheel (traduction littérale : « cinquième roue »)… C’est quoi le rapport ? Et est-ce que ce nom est féminin ou masculin ? Y’en a, en effet, qui disent « une » fifth wheel, pis d’autres qui disent « un » fifth wheel. C’est pas clair.

 

Cela dit, je ne sais pas à quoi ressemble la fifth wheel de ces deux voyageurs. Elle n’apparait à aucun endroit sur leurs photos intérieures, et ils n’en parlent à peu près jamais dans leur livre. À moins que j’aie passé tout droit lorsque c’est arrivé. C’est possible.

 

Pour se désigner eux-mêmes dans le récit qu’ils ont écrit en collaboration, Lucie-Soleil et James ont alterné les moyens. Ainsi, des fois, ils se sont servis du pronom « nous » (nous marchons, nous pédalons, nous pagayons, nous visitons) ; tandis que d’autres fois, ils ont utilisé l’expression « l’Homme-voyageur » (l’Homme-voyageur marche, l’Homme-voyageur pédale, l’Homme-voyageur pagaie, l’Homme-voyageur visite). Cet Homme-voyageur est une image métaphorique qui les symbolise, eux, tous les deux en même temps ; dans un genre de fusion, en quelque sorte. C’est spécial, je sais. J’ai essayé de m’habituer, mais ça n’a pas été évident.

 

OK, le livre maintenant…

 

Le fait que les deux amoureux soient également des amoureux de l’environnement, et que Lucie-Soleil soit une poète, cela a finalement donné un document qui est 1) une véritable ode dédiée à la nature ; et 2) un recueil de poèmes.

 

Ceux qui aiment la poésie se délecteront sûrement de ce bouquin. Mais pour ceux qui ne s’attendent pas à cette sorte de littérature dans l’univers des récits de voyage, ils feront nécessairement le saut. Et ils auront un mouvement de recul. Ça a d’ailleurs été mon cas.

 

Non pas que cette forme d’écriture n’ait pas sa place ici. Ça se fait par d’autres voyageurs, et c’est souvent réussi. Mais quand ça l’est – réussi –, c’est parce que c’est accompagné de plusieurs autres ingrédients qui nous soulèvent et qui nous font embarquer avec l’auteur dans son trip

 

Or, justement, voilà : je ne me suis pas du tout senti entrainé dans ce voyage-ci. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé de rejoindre l’Homme-voyageur dans les hauteurs où il planait. Mais je n’y suis malheureusement pas parvenu. « Ça, c’est ton problème, mon homme », me rétorqueraient sûrement les deux écrivains du tac au tac. Et ils auraient raison, car ça a effectivement été mon problème. Un fichu de gros problème.

 

En fait, j’en ai eu deux, problèmes, avec ce livre…

 

Le premier, c’est que les Ouellet-McInnes ont écrit leurs aventures en énumérant à peu près tous les lieux qui ont été foulés par leurs pieds, et à peu près toutes les choses que leurs yeux ont accrochées, et ce, jour après jour pendant deux ans, et ce, en recourant copieusement aux appellations officielles des dictionnaires, des encyclopédies et des cartes routières. Cela fait référence à peu près à toutes les montagnes, tous les lacs, toutes les rivières, toutes les routes, tous les villages, tous les sentiers, tous les arbres, toutes les fleurs – et leurs couleurs, et leurs odeurs –, tous les oiseaux, tous les animaux, tous les insectes, tous les sites touristiques, tous les événements historiques, tous les personnages historiques, tous les artéfacts de musée…

 

Ligne après ligne…

 

Et tout ça – et c’est là mon deuxième problème –, et tout ça sous forme de grandiloquentes envolées lyriques – du début à la fin ; et également sous forme de poèmes tout court (il y en a plus d’une soixantaine dispersés à travers les pages).

 

Personnellement – et pardonnez ma franchise –, j’ai trouvé ça lassant. Et extrêmement ennuyant.

 

Les passionnés de poésie et de nature – et les horticulteurs et les ornithologues à la limite – y trouveront sûrement leur compte pour leur part. Les autres auront plutôt intérêt à se munir d’un bon guide de voyage traditionnel – genre Le routard. Ils y dénicheront davantage de renseignements tangibles sur les magnifiques Parcs nationaux dont il est question.

 

Pour donner une idée concrète de ce que j’essaie d’expliquer, je me permettrai de prendre un extrait, mais tout à fait au hasard. Je ferme donc les yeux et j’ouvre le livre n’importe comment, et hop ! je pointe le doigt n’importe où. Et je regarde… Voilà, je suis à la page 150. Je lis :

 

« À trente minutes de Lac Louise, nous nous arrêtons au col Bow, le col le plus élevé des quatre parcs des Rocheuses. Du stationnement, une courte ascension à pied nous mène au lac Peyto. Le sentier est entouré d’une forêt luxuriante de saules et de sapins de l’Ouest ; couverte à ses pieds de castellijis jaune pâle, de valérianes blanches de Sitka, d’anémones occidentales, de silènes acaules, de bruyères, d’orchidées, de dryades. Pendant la balade d’environ une demi-heure, nous circulons la plupart du temps à l’ombre. Les fleurs diffusent leur parfum sucré, les arbres dans des tons de vert tendre ou de vert foncé bordent le sentier. À l’arrivée, la vue du lac aux eaux glaciaires bleu turquoise, enchâssées entre les montagnes, est renversante.

 

Nous montons dans le sentier jusqu’en haut de la falaise. Les krummholz des arbres au bois très tordu, sont de plus en plus rabougris. Des monarques butinent les fleurs, gisent les champignons bruns sous les arbres. Le casse-noix d’Amérique et le geai bleu habitent ce lieu, de même que le tamia mineur et le spermophile à mante dorée. »

 

Je prends un autre extrait, un dernier. J’ouvre de nouveau le livre, je pointe encore une fois le doigt n’importe où en gardant les yeux bien clos, et hop ! je suis maintenant à la page 36 (ça se passe dans les Rocheuses canadiennes) :

 

« Le sentier nous mène au glacier de l’Ange, fascinantes ailes étalées dans la montagne. À la ligne de fonte, se découvre une phénoménale caverne où nous allons marcher, téméraires. Nous buvons ensuite au lac émeraude où flotte le frasil libéré du grand glacier. En redescendant dans les cailloux multicolores de la moraine de fond surgissent de minuscules plantes alpines roses et mauves, des mousses, des joncs, des saules et des pousses de conifères.

 

Dans cette vallée enfouie sous les neiges en 1950, l’Homme-voyageur admire la nature à l’état pur qui recrée la vie, un jardin de beauté primale, une forêt.

 

Tu es bras d’ange figé

Ailes déployées

Tu es immobilité

Trésor d’humanité

Tu es pure création

Mégalithe sur le flanc

Devant ton déploiement

N’aurons-nous qu’un instant

Sur notre parcours

À graver aux parois

De toute éternité »

 

Voilà, je crois que c’est suffisant pour se faire une bonne idée de l’ensemble, ces deux extraits, pris aléatoirement, étant pas mal représentatifs des 209 pages au grand complet, et ce, incluant les visites de lieux touristiques urbains – il y en a aussi.

 

Une exception notable, peut-être… aux pages 83 et 84 (c’est bien peu), où ils ont franchi la frontière mexicaine et où ils ont « frappé un nœud », comme on dit. On sent parfaitement là que cette expérience traumatisante les a fait tomber de leurs nuages empreints de romantisme, car ils nous ont enfin fait frôler le bon vieux plancher des vaches. Mais ça n’a malheureusement duré qu’un instant fugace : aussitôt ce premier choc culturel dépassé, zip ! ils ont remonté vers le ciel vite fait, et leur long séjour au Mexique a continué de se dérouler de façon aussi contemplative que tout le reste de leur voyage.

 

On convient que c’est de la très belle littérature, oui, et que c’est extrêmement doux à l’oreille – comparable à une mélodie d’orchestre de chambre.

 

Mais on convient également que dans ce contexte-ci, et pendant 209 pages non stop, cela devient monotone comme une musique de fond dans une salle d’attente de dentiste : dans le sens que la musique résonne bel et bien autour de nous pendant que nous sommes là, mais une fois sortis, nous oublions tout de suite les notes qui ont été jouées. De la même façon, une fois un chapitre terminé, on ne se souvient plus très bien ce qu’on a lu.

 

Ça m’a laissé sous l’impression générale que les auteurs se sont offert un cadeau – « de eux à eux ». Pour ce faire, ils ont marché dans la nature durant le jour, en trippant tous les deux ensemble. Le soir venu, ils se sont assis à côté de leur fifth wheel, un verre de vin à la main. Et comme ils ont l’âme d’authentiques poètes, ils ont déclamé les moments forts de leur journée en grandes envolées lyriques et en prenant la lune et les étoiles à témoins. Puis, pour ne pas que ces moments de pure euphorie s’évaporent dans l’éther, ils les ont transcrits quotidiennement dans un cahier. Voilà. Il s’agit finalement de souvenirs extatiques intimes qui leur appartiennent en propre ; des expériences spirituelles desquelles nous sommes exclus, faute de les avoir vécues nous-mêmes en même temps qu’eux.

 

Une trentaine de photos couleur sont rassemblées au centre du bouquin. Des photos à l’image du livre : des paysages grandioses, mais dans lesquels n’apparait aucun être humain – hormis les auteurs eux-mêmes sur plusieurs d’entre elles.

 

Ma cote d’appréciation (ci-dessous) semblera sévère, mais comme je le mentionne dans l’article Liste de tous les livres commentés, selon leur cote d’appréciation, celle-ci est hyper méga subjective au cube, car elle dépend de mon goût personnel – qui est sans doute un peu primaire, tout bien considéré.

 

Mais pas seulement de mon goût, quand même : j’ai aussi établi quelques critères qui me servent de grille d’analyse pour m’aider à me faire une idée. Je l’explique dans le même texte. Ça demeure néanmoins toujours très arbitraire – mais j’assume.

 

Si quelqu’un a lu ce livre – Notre grande virée – et qu’il l’a apprécié, je l’invite à s’exprimer librement dans les cases commentaires ci-dessous afin de donner un autre son de cloche. Je ne serai pas du tout offusqué.

 

MON APPRÉCIATION

(pour bien comprendre l’attribution de cette cote, lire rapidement ceci)

 

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SITE INTERNET DES AUTEURS

 

Apparemment aucun

 

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26/11/2017
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