Les maudits vents

Les maudits vents

Adrénaline au Far West en VR --- par Roland Trudel

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ADRÉNALINE AU FAR WEST EN VR

Par Roland Trudel

Aux Éditions AdA

2012

152 pages

 

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SYNOPSIS (4e de couverture)

 

Un voyage qui devait être sans histoire et qui s’est très tôt transformé en aventure rocambolesque. L’auteur nous raconte les péripéties de cette équipée vers les Grands Canyons de l’Arizona dans un style humoristique et satirique. Quelques jours après leur départ du Québec, il réalise qu’il va voyager avec une « germaine » pendant quatre semaines. Alors s’enchainent les situations cocasses, les frustrations et les prises de conscience.

 

L’AUTEUR (site : lettres.connexion-lanaudiere.ca)

 

Originaire du Nord-ouest québécois, Roland Trudel a vécu son enfance à Rouyn. Tout en poursuivant une carrière d’éducateur en Abitibi, Montréal et Joliette, il n’abandonna pas son rêve de voler. Devenu administrateur scolaire, il s’établit à Saint-Gabriel-de-Brandon où il occupa ses loisirs à la construction d’un aéroport et à la pratique du vol-à-voile. En 1978, un accident d’avion l’obligea à orienter ses activités dans le domaine touristique. Maintenant retraité, il préside une association d’artistes et d’artisans de la Région Lanaudière et s’adonne à l’art du vitrail ainsi qu’à l’écriture.

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photo : site rolandtrudel.com

MES COMMENTAIRES

 

Ce choix de livre est une exception. Une exception, oui, car cette rubrique du blog est réservée aux histoires vécues. Or, d’après ce que j’ai constaté, et même s’il est écrit « récit de voyage » en tout petits caractères sur la 4e de couverture, en haut, à gauche, ce bouquin de Roland Trudel (un Québécois) est quand même vraisemblablement un roman, une fiction. Mais j’ai décidé de faire un spécial dans son cas.

 

Pourquoi ?

 

Parce que cette petite œuvre littéraire sans prétention aborde un thème très rare dans le monde des récits de voyage, alors qu’il est pourtant extrêmement courant dans la vie réelle. Tellement courant que je suis à peu près convaincu que tous les gens qui voyagent un tantinet soit peu – dont vous-mêmes – en ont fait l’expérience à un moment ou à un autre de leur existence. Je fais référence à la situation suivante…

 

Vous partez pour la première fois en voyage avec une personne que vous connaissez et avec qui vous vous entendez normalement très bien. Mais alors que vous êtes engagés à fond dans votre trip, alors que vous vous retrouvez très loin de chez vous, et alors que vous êtes coincés là-bas sans possibilités de retour à court terme, vous vous rendez compte, tout bien considéré, que vous ne connaissiez pas vraiment cette personne. Car elle montre soudainement son véritable caractère. Caractère qui n’est pas jojo ; mais pas jojo du tout. Et c’est à ce moment-là que vos vacances tournent au vinaigre, sinon au cauchemar pur et simple.

 

Cela vous rappelle un souvenir, n’est-ce pas ? J’en suis presque persuadé.

 

C’est pour ça que j’ai décidé d’intégrer ce roman dans cette suite de récits réellement vécus : pour sa pertinence.

 

Et puis d’ailleurs, si la maison d’édition (AdA) ne l’avait pas classée dans sa section « roman », j’aurais certainement été tenté de prendre cette petite épopée de 152 pages pour un authentique carnet de voyage tant la fiction rejoint la réalité. Je parierais à tout le moins qu’il a été inspiré à partir d’une histoire très personnelle. Vous savez, genre : seuls les noms ont été changés pour protéger l’anonymat des protagonistes… En tout cas, trois faits concrets mentionnés dans le livre font étrangement coïncider l’auteur et son héros : la région de leur enfance respective (l’Abitibi), leur ancienne profession (l’enseignement) et leur lieu de résidence actuel (Lanaudière). Ça me parait louche.

 

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C’est l’histoire d’un gars, donc, d’un retraité – la soixantaine avancée –, qui décide de partir en vacances avec une amie. Il rêvait depuis des lustres d’admirer de visu le Grand Canyon en Arizona et de sillonner le Far West américain dans son ensemble, et le temps est enfin venu pour lui de s’y rendre. Propriétaire d’un petit VR, il cherche un compagnon de route afin de partager les frais. Il finit par susciter l’intérêt d’une personne : une femme qu’il connait comme ça, socialement, mais sans plus. Après s’être sommairement entendus sur les détails de base, ils quittent la province, tous les deux enthousiastes et souriants. Mais ce climat de légèreté ne dure même pas une journée (relire le synopsis, ci-dessus).

 

Je disais précédemment qu’avoir ignoré que j’avais affaire à un roman, j’aurais été abusé par le réalisme de cette histoire. Sûrement, oui, mais j’aurais quand même juste un peu tiqué sur la vraisemblance de l’avant-départ…

 

Marié depuis une quarantaine d’années, l’homme prévoyait tout d’abord entreprendre cette virée avec sa propre femme. Mais cette perspective n’intéressant que plus ou moins cette dernière, ils se sont finalement entendus pour qu’il parte là-bas sans elle. Il ne s’agissait que d’un mois de séparation, après tout. Après avoir cherché en vain un remplaçant, c’est sa femme elle-même qui lui a suggéré d’envisager une « compagne » de voyage !

 

C’est ça que j’ai trouvé un peu tiré par les cheveux : la confiance règne en tabarnouche dans ce couple, que je me suis dit…

 

Mais je suis peut-être trop vieux jeu. À moins, ai-je toutefois prétendu, à moins que la dame ait eu elle-même une idée secrète en tête afin de meubler l’absence de son mari ! Je suis d’ailleurs resté avec ce scénario-là en arrière-pensée jusqu’à l’épilogue, m’attendant à tout instant à ce que le pauvre homme revienne de son périple et qu’il retrouve sa maison vide.

 

Mais pas de panique : je ne stoolerai pas la fin, n’ayez crainte.

 

À part ce très court passage où la crédibilité fait un peu défaut – à mon avis –, l’auteur aurait pu m’abuser complètement, oui. Car je me suis laissé prendre au jeu très facilement par cette histoire de gars qui ne tarde pas à se rendre compte dans quelle galère il s’est réellement embarqué. Peut-être parce que, comme tout le monde, j’ai déjà vécu une aventure un peu semblable ; et que j’en ai entendu tellement d’autres racontées dans mon entourage immédiat.

 

Le roman raconte donc ce mois d’enfer. La tension entre les deux personnages, palpable au départ, va en crescendo au fur et à mesure que les jours s’écoulent. Tension due à deux tempéraments diamétralement opposés ; due aussi aux simples – mais fondamentales – différences hommes/femmes ; due à des valeurs de fond qui se heurtent de front ; mais due surtout à la personnalité narcissique et « germaine » de la passagère – du moins telle qu’elle apparait à son compagnon de voyage –, deux défauts qui seront par contre beaucoup plus nuancés, vers la fin, par le compagnon en question, qui fera son propre examen de conscience.

 

On sourit malgré tout presque tout le temps à la lecture des malheurs du pauvre bougre. On s’esclaffe même franchement, de temps à autre. Car l’auteur a choisi d’écrire en « je » et il a résolument adopté le ton de l’humour fin et de la satire ; un style que j’adore tout particulièrement – l’ai-je déjà dit ? Et c’est réussi. Mais on rit de façon un peu crispée quand même, étant donné que cette narration nous ramène obligatoirement à quelques souvenirs personnels désagréables.

 

Quoique ce roman focalise principalement sur cette relation et sur les nombreuses anecdotes qu’elle suscite, il s’avère en outre intéressant sous d’autres points de vue. J’en ai retenu deux.

 

1) Roland Trudel s’est sans doute lui-même rendu sur les lieux qu’il dépeint dans son livre : le Grand Canyon et l’ouest des USA. Sinon, il s’est très bien documenté à partir de Google Street View, car la description qu’il en fait est très réaliste et nous donne envie d’y aller nous-mêmes !

 

2) Il profite aussi de quelques passages pour exprimer son opinion – qui n’est pas tendre – envers notre société de surconsommation. M’enfin, c’est évidemment son héros qui se manifeste de la sorte, mais on se doute bien qu’il s’agit de sa propre conception des choses. Et rien que pour cette belle conscience qu’il nous expose à quelques reprises, mon appréciation globale personnelle de ce bouquin (ci-dessous) – déjà très subjective – en sera sciemment influencée positivement.

 

Je reviens au propos initial…

 

Je recommande fortement la lecture de ce roman à ceux qui partent pour la première fois en voyage avec une personne qu’ils connaissent – ou qu’ils pensent de bien connaitre. Non pas pour jouer les rabat-joie, mais bien pour pleinement réaliser dans quoi ils s’engagent, et pour s’obliger à s’attarder à quelques précautions élémentaires. Les principales étant contre l’enthousiasme précipité et l’insouciance.

 

Ce livre et les trop nombreux témoignages que j’ai entendus prouvent que de sérieuses et franches discussions entre les futurs co-voyageurs sont absolument nécessaires avant le grand départ. Elles ont pour but de bien cerner les attentes, les désirs et les limites de tout un chacun et de bien analyser notre capacité à nous adapter à ceux-ci et à faire des compromis – car des compromis sont toujours à faire quand on voyage avec les autres. Quitte à tout annuler – même si cela est difficilement envisageable – si l’on se rend compte qu’il y a franchement incompatibilité de caractère et de valeurs. Il en va carrément de la réussite ou du désastre du projet en entier.

 

Cela vaut pour les petites virées de quelques jours ou de quelques semaines, mais cela vaut surtout pour les plus longs voyages et pour lesquels le confort tend vers le rudimentaire – en VR, notamment.

 

Comme disait l’une de mes tantes qui avait l’habitude des voyages en Westfalia avec son mari : « Tu sais, Yvan », me prévenait-elle gentiment lorsque je lui faisais part de mon rêve de partir ainsi à l’aventure, « se retrouver tous les jours à deux dans la promiscuité d’un petit VR, cela demande beaucoup d’amour. »

 

Bref, voilà : Adrénaline au Far West en VR… un petit bijou méconnu qui se lit tout d’une traite et qui ne manquera pas de vous amuser et/ou de vous faire rire jaune pour peu que sa lecture éveille quelques fâcheux souvenirs que vous aviez préféré oublier jusqu'à ce jour.

 

PS) Ce livre est joliment illustré par une dessinatrice du nom de Colette Plante. J’ai cherché des renseignements sur cette personne sur Internet, mais je n’ai malheureusement – et étrangement – rien trouvé. Dommage, car elle aurait intérêt à se faire connaître.

 

MON APPRÉCIATION

(pour bien comprendre l’attribution de cette cote, lire rapidement ceci)

 

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SITE INTERNET DE L’AUTEUR

 

rolandtrudel.com

 

AUTRES OUVRAGES DE L’AUTEUR

 

Plus libre que le vent

Éditions AdA – Collection Fleur de lys

2002

386 pages

 

Le vent des Cent-Îles

Éditions AdA – Collection Fleur de lys

2004

320 pages

 

Ces nouveaux enfants qui nous dépassent

Éditions AdA

2006

245 pages

 

Cent îles prophétiques

Éditions AdA

2009

234 pages

 

Drop-out

Éditions AdA

2013

200 pages

 

 



21/11/2017
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