Les maudits vents

Les maudits vents

Le tour du monde sans un rond --- par Matteo Pennacchi

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LE TOUR DU MONDE SANS UN ROND

Par Matteo Pennacchi

Aux Éditions Stock

2001

247 pages

 

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SYNOPSIS (4e de couverture)

 

Acteur, marin, publicitaire et journaliste, Matteo Pennacchi a entrepris, à 27 ans, un étonnant voyage autour du monde, sans un sou en poche et sans bagage.

 

Dans ce carnet de route, il nous entraîne d’un continent à l’autre : de Rome – dont il est originaire – à Vienne, de Moscou à Pékin, de Séoul à Los Angeles, de la Nouvelle-Orléans à Valence. Une course contre la montre, un pari avec lui-même, dans des conditions souvent difficiles, avec les moyens de fortune…

 

Mais comment assouvir ses rêves de voyage lorsque l’on n’a pas d’argent ? Faire des tours de magie sur le Transsibérien en échange de quelque chose à manger, arroser un container rempli de fruits et de légumes pour payer sa place sur un cargo, sauter clandestinement sur un train de marchandises en Amérique… La véritable aide, et la richesse d’un tel périple, Matteo Pennacchi la trouve surtout auprès des amis de passage prêts à offrir leur hospitalité.

 

Ce récit de voyage surprenant et spontané, nous fait partager une aventure singulière, un rêve accompli, que beaucoup d’entre nous souhaiteraient vivre.

 

L’AUTEUR (site : balelio.com – et français corrigé)

 

Par lui-même

 

Né en Italie, je me suis déplacé en Afrique du Sud quand j’avais deux mois. Depuis lors, j’ai voyagé à travers les cinq continents, visitant 50 pays et le déplacement de 22 fois (sic).

 

En 1993, après mes études en France, j’ai pris une année sabbatique pour entreprendre le premier de mes trois tours du monde. Ensuite, un contrat de travail à l’ONU – l’UNESCO, et en 1998, j’ai complété mon premier tour du monde sans argent ni bagages. En 2000, j’ai créé Le premier Tour du monde interactif – Nomad Community –, avec des sponsors tels que National Geographic, Benetton et Vodafone.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Matteo-Pennacchi---Photo.jpgphoto : site mollotutto.com

 

MES COMMENTAIRES

 

Décidément, ce livre avait tout pour me déplaire, et ce, avant même de commencer à lire la première ligne écrite de la main de l’auteur.

 

Le titre, tout d’abord – Le tour du monde sans un rond –, qui laissait sous-entendre que ce jeune homme avait entrepris un tour du monde comme c’est apparemment la mode aujourd’hui au sein d’une certaine classe de backpackers : c’est-à-dire aux frais des contribuables, voyageant comme un parasite, demandant l’aumône ici et là, tétant des lifts, effectuant quelques menus larcins lorsque c’est nécessaire, s’intéressant aux gens seulement qu’en fonction des services que ceux-ci peuvent rendre, ne donnant rien en retour, négociant à outrance pour des économies de bouts de chandelle, et se vantant de tout cela à qui veut bien l’entendre avec la bonne conscience de celui qui a accompli un exploit fabuleux en utilisant le système D.

 

Et la préface du bouquin, ensuite, écrite par un type du nom de Stefano Malatesta (un journaliste) qui, pour encenser son protégé, n’a rien trouvé de mieux comme argument que de dénigrer tout le reste des auteurs de récits de voyage de la planète : « Selon une idée aussi répandue qu’erronée, » commente le personnage d’entrée de jeu, « les livres de voyage seraient plus faciles à rédiger que les autres. C’est ce que pensent également certains voyageurs, persuadés que leurs histoires extraordinaires (elles ne le sont presque jamais) peuvent, à elles seules, insuffler de l’élan et de la vitalité à une prose figée. Voilà pourquoi ce genre de livres est souvent ennuyeux. » En ne manquant pas de terminer son petit laïus en spécifiant que son poulain, lui, n’est tombé dans aucun de ces pièges – of course : « Matteo Pennacchi a réussi à esquiver les innombrables pièges de ce genre littéraire, en apparence simple, mais en réalité très raffiné. » Ben voyons…

 

Bref, ça commençait pas ben pantoute…

 

Fidèle à moi-même, je me suis quand même parlé dans le kass en me sommant de laisser mes préjugés de côté l’espace de quelques heures, et d’entreprendre cette lecture de la façon la plus objective possible.

 

Travail ardu.

 

* * *

 

Juste dire, avant de commencer, que l’auteur, un Italien, avait 27 ans lorsqu’il a entrepris son périple. Et que celui-ci s’est déroulé en 1998 – voilà presque 20 ans à ce jour. Son livre a paru pour la première fois en 2000. L’événement n’est donc pas récent.

 

Cela spécifié, pourquoi a-t-il décidé de partir ainsi, en faisant une boucle complète autour de la planète et sans un sou en poche ? J’ai tenté de suivre ses explications, mais je ne suis vraiment pas certain d’y être parvenu…

 

C’est en Nouvelle-Zélande, raconte-t-il, qu’il a été frappé par une sorte d’illumination. Plus précisément dans un bar (ce qui explique peut-être la vision en question, tout compte fait).

 

Il s’est premièrement souvenu de son rêve de la veille : une mappemonde apparue dans la paume de sa main. Puis, entre les caisses de bières empilées, son regard a accroché une affiche sur le mur sur laquelle des personnes dansaient main dans la main. Et c’est là que tout a pris un sens extraordinaire – pour lui. Il s’est dit ceci (attachez votre tuque avec de la broche, car vous risquez de tomber en bas de votre chaise, tant c’est profond), il s’est dit : « Je suis composé d’un corps, d’une personnalité et d’un esprit, c’est ainsi que je voyagerai. » Et en même temps, tout en revivant mentalement (et sans trop de rapport) un séjour passé chez les Aborigènes d’Australie, il rajoute : « Cette phrase se reformait dans ma mémoire d’une manière sourde, automatique, presque obsédante. Sans me soucier de l’interpréter, j’estimai qu’elle était importante… »

 

Importante ? Ça, c’est le moins qu’on puisse dire. En ce qui me concerne, c’est sans doute la réflexion métaphysique la plus songée qu’il m’a été donné de lire dans toute ma vie. « Je suis composé d’un corps, d’une personnalité et d’un esprit, c’est ainsi que je voyagerai. » Lao Tseu peut aller se rhabiller.

 

Et il en vient finalement à ceci : « Et ce voyage ne pourra être effectué que s’il se crée une chaîne humaine symbolique, complice de cette entreprise. (...) Une chaîne humaine de fraternité universelle. »

 

Autrement dit : je vais me taper un voyage capotant, mais en autant que je trouve suffisamment de bonnes poires pour me le financer – d’où le titre, probablement.

 

Je résume maintenant le tout : rêve d’une mappemonde + une affiche + prise de conscience d’être une triade corps / personnalité / esprit + chaîne humaine de fraternité universelle = tour du monde gratuit afin d’établir un record.

 

J’avais prévenu que c’était un peu pété comme raisonnement…

 

Matteo Pennacchi a donc décidé de partir avec son corps, sa personnalité et son esprit et de faire un tour de la planète à la vitesse de l’éclair, sans argent et sans bagages. Pour ce faire, il a tout d’abord pris des dispositions pour faire homologuer ce futur exploit dans le livre des records de Londres. Puis, il s’est fixé un délai pour l’accomplir : 100 jours (3 mois). En passant, il avait intérêt à le compléter rapidement, en effet, ce tour du monde : on conviendra que ce ne doit pas être reposant, ça, de s’humilier à demander l’aumône de jour en jour lorsqu’on n’est pas SDF.

 

Il s’est ensuite lancé à la chasse aux commanditaires, tout en s’entrainant à la boxe et au jeûne. Du sérieux.

 

Et il est parti un matin de mai 1998, abandonnant momentanément son travail, ses parents, ses amis et sa blonde. Et avec la peur au ventre de pas trop savoir comment il se débrouillerait pour relever son défi.

 

Là réside peut-être l’intérêt de ce bouquin, tout bien considéré. Comme le but n’était pas d’explorer le monde, mais plutôt de ne pas mourir de faim pendant quelques mois, on est curieux de savoir comment il s’est débrouillé. Quoi d’autre, effectivement, pourrait susciter notre curiosité dans le récit de voyage de quelqu’un qui, pour se prouver quelque chose, a décidé de faire un tour du globe en road runner bip bip, et en ne dépensant rien, afin de battre un record ?

 

On se doute bien comment il s’est tiré d’affaire, de toute façon. Exactement comme on pensait, oui, aucune surprise : en quémandant, en tétant, en jouant du violon, en utilisant son charme pour manipuler les gens croisés en chemin, en troquant le gîte et la nourriture contre de menus services insignifiants (préparer lasagnes et spaghettis, faire quelques petits tours de magie pour amuser la galerie, arroser des conteneurs de bateaux…), en dérobant sa nourriture de temps en temps, en fauchant des vêtements étendus sur les cordes à linge de gens ordinaires, et en se cachant dans les wagons de marchandises (tel un Tom Sawyer contemporain – romantique à souhait) ou en faisant de l’auto-stop pour se déplacer…

 

Glorieux…

 

Afin de meubler le reportage – un peu vide – de ce déplacement accompli en avalant des kilomètres dans des camions, dans des trains, dans des autos et dans des cargos, l’auteur se donne quand même la peine de nous décrire quelques sites touristiques communs et dont il a pris le temps de visiter comme un vacancier moyen et cool – et dont les entrées ont bien sûr été payées par quelques âmes charitables ou grâce à sa « carte de presse » et en faisant accroire qu’il voulait écrire un article sur les sites en question. Nous avons également droit à des explications – très mûrement réfléchies – sur quelques réalités sociales et politiques, pondues ici et là, dans les pays traversés à tombeaux ouverts.

 

Mais ce sont surtout les gens qui l’ont marqué le plus. Je fais évidemment référence aux Gens. Les gens avec un grand G.

 

Et… Zut, j’y pense… J’ai oublié de mentionner les pays parcourus (survolés, plutôt). Excusez… Ce sera rapide : Europe (en camion), Russie (en train), Chine (en train), Corée du Sud (la ville de Séoul, en fait), États-Unis (en auto et en bus), et retour au pays (en bateau). Voilà. Et le tout en trois mois, je le rappelle.

 

Revenons à nos moutons : les Gens avec un G majuscule.

 

Grosse modo, il a eu affaire à deux types de gens :

 

1) Il y a eu les gens qui se sont montrés tout à fait indifférents à son trip. Qui sont restés froids. Et qui, de ce fait, ne l’ont pas aidé ; ou qui l’ont fait à contrecœur. Ceux-là, ceux qui ne faisaient pas partie de sa chaîne humaine de fraternité universelle, sont décrits sommairement et/ou avec une pointe plus ou moins importante de mépris.

 

2) Il y a eu ensuite ceux qui l’ont secouru (dont beaucoup d’Occidentaux, backpackers comme lui), par pure générosité gratuite, par simple désir de lui donner un coup de main sans rien demander en retour – et heureusement pour lui, car il n’avait justement rien à offrir en retour. Les « véritables » gens, quoi.

 

Ceux-là ont évidemment représenté des rencontres signifiantes. Des rencontres qui ont même transformé sa vision du monde au passage. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agissait d’ailleurs d’authentiques philosophes méconnus. Des sages-anonymes-qui-comprenaient-réellement-le-sens-de-la-vraie-vie. Des philosophes récitant à brûle-pourpoint des formules aussi songées et transformatrices que celle, on se rappelle, précédemment citée (« Je suis composé d’un corps, d’une personnalité et d’un esprit. »).

 

Exemples :

 

- Un trucker : « Voyager vous enseigne la tolérance. »

 

- Un jeune backpacker italien : « La vie ne fait pas de cadeau… mais elle permet de tout entreprendre. »

 

- Un passager de train : « Le progrès s’accroche à la technique et à la science. Moi à l’esprit de l’homme. »

 

- Un backpacker allemand : « Pour trouver la soi-disant liberté, il faut se soustraire aux contraintes et comprendre les autres cultures. »

 

- Un nomade chinois : « Seul un Occidental peut concevoir une idée aussi belle et la gâcher en songeant à établir un record. »

 

- Un shaman coréen : « Tout meurt, rouille ou est volé, à l’exception de ton esprit. Pour Être, il faut renoncer à Apparaitre. »

 

- Un bourgeois coréen : « Le plus beau voyage est celui que nous faisons l’un vers l’autre. »

 

- Un capitaine de bateau : « La nature est logique et parfaite dans sa mutation et dans ses évolutions. »

 

- Un freack américain : « Le voyage (…) n’est pas seulement géographique mais mental. »

 

Et ce ne sont là que des aperçus. Il y en a une foule d’autres… Comme on s’en rend compte, un séjour dans un ashram indien – forfait gourou inclus – n’aurait pas été plus riches en enseignements spirituels cannés. Personnellement, dans ce récit-course-contre-la-montre, toutes ces petites phrases pseudo-inspirées sont devenues terriblement agaçantes à lire au bout d’un moment

 

* * *

 

Avant de terminer, et au risque de contredire monsieur Malatesta, le responsable de la préface, je dirais pour ma part que le style d’écriture de Matteo Pennacchi est passablement ordinaire, avouons-le. Pas mauvais, certes, mais ni pire ni mieux, en somme, que les centaines d’autres auteurs de récits de voyage classés dans les rayons de bibliothèques. La « passion » ne s’en dégage pas vraiment non plus de façon particulière (lire Cadence et La frousse autour du monde, par exemple, pour comparer). On y discerne un certain enthousiasme, d’accord, mais c’est celui d’un jeune homme heureux de nous apprendre de quelle manière il a surmonté ses peurs et comment il a fait preuve de débrouillardise.

 

Rien de transcendant n’émane non plus de ses carnets, même s’il se donne beaucoup de peine pour que l’on adhère nous aussi à sa philosophie – spirituello-nébuleuse – acquise grâce aux rencontres qu’il a faites.

 

Mais je suis sans doute trop dur. Il ne s’agissait que d’un jeu, tout bien considéré, que d’un défi, que d’une sorte de pari (comme Phileas Fogg et son tour du monde en 80 jours). Et sans doute aussi monsieur Malatesta a-t-il raison, finalement, lorsqu’il écrit : « Il serait impossible à quiconque d’accomplir un voyage de ce genre sans posséder des facultés d’adaptation et de camouflage hors du commun, sans être secondé par un art de la manipulation des plus émouvant (une manipulation inoffensive pour la bonne cause) »…

 

Il aurait peut-être été préférable, en effet, que je garde ce mot « inoffensif » en tête, en lisant ce livre. Même si ce jeune homme a fait le tour du monde comme un parasite, il ne cherchait tout compte fait qu’à s’amuser à battre un record. Cette histoire n’a finalement aucune espèce d’importance. Alors, pourquoi elle m’énerve tant ?

 

Elle m’énerve parce qu’elle est représentative d’une pathétique réalité dans l’univers du tourisme d’aujourd’hui : celle d’une certaine catégorie de backpackers qui voyagent exactement comme Matteo Pennacchi l’a fait. Mais non pas, pour leur part, dans le but de battre un record. Ils se conduisent de la sorte plutôt pour se payer du bon temps aux frais du reste de l’humanité – cool man. Je n’élaborerai pas là-dessus. Ceux intéressés à prendre connaissance de ce choquant phénomène touristique peuvent lire l’excellent article d’Amandine intitulé Pourquoi les backpackers ont mauvaise réputation. Ils y apprendront que, malheureusement, tout n’est pas glorieux dans le vaste monde des insouciants aventuriers.

 

PS) Aucune photo n’accompagne ce bouquin. On y retrouve au moins la carte de son parcours – un itinéraire quasiment en ligne droite. Ainsi qu’un glossaire à la fin : « Le glossaire du voyageur ». Sorte de petit dictionnaire de conseils, fruit de l’expérience de l’auteur, destiné à aider les routards sans le sou à se débrouiller.

 

MON APPRÉCIATION

(pour bien comprendre l’attribution de cette cote, lire rapidement ceci)

 

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SITE INTERNET DE L’AUTEUR

 

Matteopennacchi.com (en anglais et en italien)

 

AUTRES OUVRAGES DE L’AUTEUR

 

Apparemment aucun à ce jour (2018)



29/12/2017
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