Les maudits vents

Les maudits vents

Estrie --- Parc Harold F Baldwin --- Mont Pinacle

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Samedi, le 21 octobre 2017

 

Tout était idéal : le soleil resplendissait ; la température se montait à 20o environ ; les couleurs d’automne étaient encore au rendez-vous dans cette région de l’Estrie ; le sentier que nous nous apprêtions à entreprendre était juste assez difficile pour ne pas fatiguer une femme enceinte (ma fille) ; et le but de l’expédition promettait une vue d’enfer jusqu’à New York City. Tout était nickel chrome, oui, pour passer une superbe journée de plein air.

 

Le problème, c’est que la moitié des habitants de cette région – c’est-à-dire plus de 500 millions de personnes – ont eu la même idée que nous autres. Pis 500 millions de personnes – hommes, femmes, enfants, ados, chiens – qui s’agglutinent dans une piste de 5-6 km de longueur aller-retour, ben ça fait du monde ‘à messe, comme disaient mes parents pis mes grands-parents. En fait, c’était devenu une sorte d’autoroute.

 

Conseil d’un habitué : si vous êtes semi-sauvage, comme moi, je vous suggère fortement de partir en rando en évitant les week-ends, si vous le pouvez. Sinon, startez au moins très tôt le matin, genre dans les 8h00. Le gros de la foule arrive toujours entre 10h00 et 14h00.

 

Ce coup-ci, comme nous avions mis le pied dans la piste un samedi, à 10h30, je m’attendais donc à partager le silence de la forêt avec d’autres bipèdes et quadrupèdes – c’était entendu. Mais quand même pas avec 500 millions !

 

Misère…

 

Cela dit, je vais écrire cette chronique comme si j’avais été seul dans les sentiers, OK ? M’enfin, non… Je veux dire comme si nous avions été seuls. Car j’étais avec ma blonde, ma fille pis son chum.

 

Le Parc Harold F. Baldwin est situé dans le charmant petit village de Baldwin (maintenant une agglomération de Coaticook), à quelque 40 km au sud de Magog, et à moins de 2 km seulement des lignes américaines.

 

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Le Parc comporte plusieurs pistes, mais il y en a deux qui sont beaucoup plus fréquentées que les autres. Et pour cause : elles mènent toutes les deux vers son attraction principale : le sommet du cap du « mont Pinacle », qui surplombe lui-même le « lac Lyster ». Si ça vous tente de vous y rendre un jour, faites attention, car des « monts Pinacle », ce n’est pas ça qui manque au Québec. Soyez sûrs qu’on parle du même…

 

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Le cap dont il est question ici culmine à 675 mètres d’altitude. Il est réputé pour deux choses :

 

1) C’est un endroit de nidification du faucon pèlerin. Et si vous regardez le moindrement vers le haut une fois que les arbres vous l’autoriseront, vous en verrez plusieurs planer dans les airs au-dessus de vous.

 

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2) La falaise qui se trouve sur son flanc sud est un endroit de prédilection pour les alpinistes qui s’en donnent à cœur joie.

 

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En parlant d’alpinistes, je vous raconte une anecdote juste en passant, OK ?

 

Mon gendre, qui a grandi dans la région de Sherbrooke, s’est un jour essayé de faire du rappel à partir du sommet de cette paroi.

 

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Il avait 17-18 ans dans ce temps-là – ça fait donc une quinzaine d’années de ça. Il était avec l’un de ses amis. Je n’ai jamais trop compris comment ils avaient fait leur compte, tous les deux – leur corde s’était apparemment coincée dans les arbres, genre –, mais toujours est-il qu’ils se sont apparemment retrouvés immobilisés en plein milieu du ravin, sans être capables ni de descendre plus bas, ni de remonter. Ils étaient pognés, debout, sur une étroite corniche, même pas en mesure de bouger ni de s’asseoir, et risquant en plus de déraper dans le vide, car la corniche était mouillée et glissante… Pour avoir vu personnellement la falaise en question, je peux vous garantir que la situation était assez grave merci.

 

Bref, ça allait pas ben pantoute pour eux autres.

 

Mais heureusement, à cette époque-là, les téléphones cellulaires commençaient tout juste à faire leur apparition sur le marché. Et les deux moineaux avaient eu l’idée géniale d’en avoir apporté un avec eux au cas où. Il ne s’agissait certes pas des téléphones intelligents d’aujourd’hui, mais celui-ci avait fait amplement l’affaire dans les circonstances, car ils ont réussi à appeler le 911 à partir de leur corniche

 

Le reste a été une affaire de branle-bas de combat, de pompiers volontaires, d’hélicoptères et de spécialistes de l’escalade en rappel qui sont venus à leur rescousse de tous les coins de la région. L’histoire finit bien : ils ont été rescapés, et ils ont fait la manchette des journaux dès le lendemain matin.

 

On pourrait penser qu’ils ont eu droit à une engueulade en règle de la part des autorités, mais non : personne ne leur en a tenu rigueur. Au contraire, les sauveteurs de la place, tout heureux d’avoir enfin servi à quelque chose, sont allés se chercher une caisse de bière au premier dépanneur pour fêter dignement leur exploit - et ils en ont offert une aux rescapés.

 

Et voilà pour l’anecdote. Je reviens à ma petite rando…

 

Le début du sentier est situé en plein cœur du village. À partir de là, il faut tout d’abord remonter la rue principale sur une courte distance avant de s’enfoncer dans le bois en tant que tel. Ça commence à monter drette en partant, mais rien de bien dramatique pour le moment. Le problème est quand on arrive au premier point d’intersection où nous devons choisir entre le sentier de gauche ou celui de droite. Décision qui est un peu difficile à prendre.

 

En fait, et pour tout vous avouer, je considère que ces sentiers ne sont pas très bien balisés. Il se trouve bien une carte aux points d’intersection, mais on ne nous indique pas le traditionnel « vous êtes ici », de sorte qu’on ne sait pas trop où l’on se trouve, et qu’on est obligé de décider où l’on va un peu au pif. C’est presque rendu au sommet qu’on se rend compte que les deux pistes, en fait, mènent au même endroit.

 

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Pour avoir monté en empruntant l’une de celles-ci et descendu par l’autre, je vous dirais que les deux sont équivalentes sur le degré de difficultés : elles montent et descendent raide et sur une distance passablement longue. Faut s’y préparer mentalement. Mais ça se fait. Tout le monde le fait : des adultes pas trop en forme jusqu’aux enfants en bas âge.

 

Une fois parvenu en haut, c’est le paradis. Comme je le mentionnais au début, différents endroits dénudés du cap offrent une vue imprenable sur le lac Lyster qui repose plusieurs centaines de mètres en dessous. C’est à couper le souffle. Mais c’est également dangereux… La falaise coupe carré et aucun garde-fou n’est érigé pour protéger les téméraires et les maladroits. À ce propos, j’ai été témoin d’un truc inimaginable : un jeune père tenant son enfant de trois-quatre ans dans ses bras s’est avancé juste au bord du précipice pour jeter un coup d’œil dans le gouffre. J’ai préféré détourner le regard pendant le temps que ça a duré…

 

Une fois là, aussi, on peut également admirer le vol des faucons pèlerins ainsi que les États-Unis qui s’étendent à moins de 2 km devant nous.

 

Avoir été seuls, nous serions restés là-haut pendant des heures, c’est sûr, mais étant donné qu’il y avait 500 millions de personnes qui s’agglutinaient dans ces quelques malheureux pieds carrés, qui criaient, qui rigolaient, qui étaient à la fête, nous avons juste pris le temps de manger une petite croûte et de nous abreuver avant de reprendre le chemin du retour. J’essaierai d’y revenir pour mieux apprécier : un jour de semaine, par contre, et à l’aube…

 

Paraît que plusieurs autres sentiers sillonnent ce Parc. J’en sais rien. J’ai tenté de trouver une carte du Parc sur Internet, mais je n’en ai vu aucune. Et celles qui se sont présentées à nous dans le bois ne m’ont été d’aucune utilité pour en comprendre le schéma général.

 

Encore là, si jamais j’y retourne un jour « à tête reposée », j’étudierai plus attentivement ces fichues cartes. Mais je conseillerais néanmoins aux responsables de ce magnifique endroit de se pencher sérieusement sur cet aspect de l’affaire. Ce n’est pas un gros Parc, mais quand même : il mériterait juste d’être mieux balisé pour ceux qui viennent de loin et qui ne le connaissent pas.

 

Yvan

 

Admirez les photos ci-dessous, et donnez-moi-z-en des nouvelles…

 



23/10/2017
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