Les maudits vents

Les maudits vents

Charlevoix --- Parc national des Grands-Jardins --- Sentiers du Pioui et du Mont-du-Lac-des-Cygnes

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Mercredi, le 1er novembre 2017

 

Avant-propos

 

Ça faisait plus de 15 ans que je rêvais de me faire enfin le sentier – mythique – de l’Acropole des Draveurs dans le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. J’avais déjà failli l’entreprendre à une certaine époque, mais mon voyage d’alors dans Charlevoix m’avait finalement conduit ailleurs. Ainsi que tous les autres par la suite.

 

Cette fois, ça y était : location d’un chalet à Saint-Aimé-des-Lacs, à quelque 15-20 minutes du Parc. Impossible de le louper, ce coup-ci.

 

Impossible ? Pff… Ça, c’était sans tenir compte des lutins facétieux qui organisent les événements jalonnant nos existences. Voyez plutôt : nous sommes mercredi, et le Parc a fermé ses portes dimanche soir passé. Ben oui… Quand t’es pas dû, t’es vraiment pas dû.

 

J’aurais pu le faire quand même, remarquez… En stationnant la voiture à la barrière du Parc et en marchant 6 km pour me rendre au début du sentier – et me taper également 6 km au retour. Total : 12 km d’asphalte + un sentier de 11,2 km… Un peu con comme projet. J’ai donc abdiqué. Je reviendrai un autre moment donné. Après tout, ce n’est qu’à trois heures de route de Trois-Rivières. Pas la mer à boire qu’on va dire…

 

Heureusement que j’avais un plan B (et même un plan C).

 

Nous nous sommes rabattus sur le sentier du Mont-du-Lac-des-Cygnes, dans le second parc emblématique de Charlevoix, et j’ai nommé le grandissime Parc national des Grands-Jardins, à quelque 50 minutes de route de notre chalet, et pas très loin de Baie-Saint-Paul.

 

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Sentier un peu moins connu que l’Acropole des Draveurs, mais apparemment tout aussi magnifique, à ce qu’on raconte. En fait, je ne sais pas s’il l’est réellement – « tout aussi magnifique » –, n’ayant pas encore fait le premier, mais je vous certifie ici que pour être magnifique tout court, il l’est bel et bien.

 

Je ne suis pas revenu de ma petite virée dans Charlevoix les mains vides, cette fois, ça c’est sûr…

 

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Le sentier du Mont-du-Lac-des-Cygnes est situé juste à l’entrée sud du Parc national des Grands-Jardins.

 

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Il est linéaire. C’est-à-dire qu’on se rend jusqu’au bout, et une fois là, on est obligé de revenir par le même chemin (8,2 km aller-retour). Mais si on se sent en forme, on le combine avec un autre qui s’appelle le sentier Pioui. Ce qui donne, en tout, une distance de 11,5 km en forme de boucle. Niveau de difficulté : difficile. En fait, un coup d’œil sur la liste des sentiers disponibles nous apprend que ces deux sentiers-là sont les plus durs à marcher de tous ceux qui sillonnent le Parc des Grands-Jardins.

 

N’écoutant que notre courage, c’est ce que nous avons a décidé de faire, ma blonde pis moi. Haut les cœurs !

 

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Nous sommes arrivés au Parc à 10h00. Il faisait 0o (il fera 1o lorsque nous reviendrons à l’auto à la fin de l’après-midi). Pas chaud pour la pompe à l’eau, comme on dit. Mais go quand même : l’activité nous réchauffera sûrement. Et de fait, nous ne serons pas longs à nous délester d’au moins une pelure.

 

Nous avons entrepris les sentiers dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce qui signifie que nous avons commencé par le sentier du Pioui ; en nous gardant le dessert pour la fin : le Mont-du-Lac-des-Cygnes.

 

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Je le dis en toute honnêteté : ça n’a pas été de la tarte. Et en fait, je n’avais pas vraiment prévu dans quoi je nous embarquais. Le problème, c’est la relativité du mot « difficile ». Il y a le « difficile » auquel j’étais habitué : celui du Parc de la Mauricie, par exemple. Et il y a le « difficile » du Parc des Grands-Jardins. L’un n’a rien à voir avec l’autre. Je n’allais pas tarder à m’en rendre compte.

 

Le premier kilomètre se fait très bien, par contre : une petite marche de santé pout-pout, à travers ce qui semble être une jeune plantation de bouleaux. Mais quand ça commence à monter, ayoye : attachez votre tuque avec de la broche.

 

Le sentier Pioui tire son nom du lac Pioui qui se trouve dans les hauteurs, à 3,2 km du départ. Pour s’y rendre il faut monter (raide merci). Et comme il venait de pleuvoir pendant plusieurs jours d’affilée, et comme il faisait froid, eh bien, de la neige accumulée par terre est tout à coup apparue (eh oui : notre première neige de l’année). Mais surtout : de la glace.

 

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Je ne sais pas si c’est comme ça tout le temps, mais en tout cas, aujourd’hui, le sentier n’était ni plus ni moins qu’un ruisseau qui se déversait tout le long en petites cascades à travers les rochers. De sorte qu’il était très difficile – et pénible – de marcher en évitant l’eau qui coulait et qui s’étendait partout en des flaques plus ou moins gelées, ainsi que la multitude de ronds de glace qui se présentaient sans cesse sous nos pas, directement sur les pierres.

 

Sentier difficile, ai-je spécifié plus haut ? Mettez-en.

 

Nous sommes parvenus au lac Pioui à 12h00. Deux heures d’ascension dans le bois avaient donc été nécessaires pour faire 3,2 km. Ouf… À ce compte-là, il ne fallait pas trop s’attarder si nous voulions compléter le tout avant le coucher du soleil. Nous avons cassé la croûte en moins de dix minutes dans le refuge rudimentaire du lac, et nous avons aussitôt repris notre route. Le moral était un peu bas, j’avoue, à ce moment-ci, en pensant qu’il nous restait 8,3 km (75 %) à nous taper dans les mêmes conditions.

 

Et c’était reparti pour une autre escalade semblable à la précédente : dans le bois de sapinage, et à même un ruisseau à demi gelé. Une montée – pénible, encore – à pas de tortue en prenant toujours garde de ne pas se trop se mouiller, mais surtout de ne pas glisser sur les rochers de glace et nous péter la fiole.

 

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Nous sommes enfin parvenus à ce qui nous a semblé le sommet ultime de cette montée, et un immense plateau s’est présenté à nous.

 

À cet endroit, le sol était tapissé d’une sorte de tourbière, elle-même recouverte de neige (entre 1 et 5 cm), et la vue était absolument époustouflante : des montagnes à perte de vue tout autour de nous, et le fleuve Saint-Laurent s’écoulant au loin – à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau. Un vent froid du nord nous fouettait en outre durement nous obligeant quand même à ne pas trop nous attarder.

 

Le fait que nous étions sur un plateau a rendu notre avancée moins ardue, mais pas plus rapide pour autant : l’eau boueuse et la glace ne cessant jamais de nous ralentir.

 

Nous avons finalement atteint le milieu de ce plateau – le mont de l’Ours. À ce moment, nous étions rendus à un des deux points les plus hauts du sentier – environ 980 mètres d’altitude. Le temps de prendre quelques photos – un must – et toujours go vers l’avant. Et puis, la descente…

 

Nous avions rencontré des randonneurs chevronnés sur l’autre versant qui s’étaient plaints que les descentes étaient plus difficiles à accomplir que les montées à cause de la glace et des dangers de glissade. Ils n’avaient pas tort. La nôtre – notre descente – s’annonçait en effet aussi pénible et longue que la montée. J’ai néanmoins mis un peu de pression pour accélérer le tempo au risque de provoquer quelques chutes malencontreuses, car à ce stade-ci, je devenais de plus en plus nerveux du fait que je regardais ma montre et que la calculatrice se faisait aller dans ma tête…

 

Il était environ 13h30 lorsque nous avons amorcé cette descente. Cela nous avait pris 3,5 heures pour faire 5,5 km. Nous avions à peine complété la moitié du trajet, et tout portait à croire que plus nous irions de l’avant, et plus nous ralentirions la cadence à cause de la fatigue accumulée. Et comme il fait noir tôt ces temps-ci, je me voyais déjà en train de terminer ces sentiers rocheux et glacés en pleine obscurité, seuls dans ces montagnes, épuisés, les pieds mouillés et grelottant de froid – et appelant le 911, ultimement, pour leur demander de venir nous secourir – la honte.

 

Juste avant de parvenir à la jonction du sentier du Mont-du-Lac-des-Cygnes, des escaliers nous ont aidés à monter une dernière pente ascendante très abrupte. Et nous y sommes arrivés. À cette intersection, la possibilité nous est offerte soit de tourner à gauche et de gagner le fameux Mont-du-Lac-des-Cygnes – une trotte de 1,2 km aller-retour – ce qui représentait initialement le but de cette expédition ; ou soit de nous rendre directo au stationnement en prenant à droite.

 

Depuis notre arrêt au lac Pioui, il avait toujours été clair dans ma tête que nous devions oublier le Mont-du-Lac-des-Cygnes à cause du manque de temps, de notre état de fatigue, et de la perspective de devoir faire 3,7 km dans les mêmes conditions que précédemment. Mais juste à cet endroit-là – appelez ça le destin –, nous avons rencontré de jeunes randonneurs qui nous ont confirmé que ces derniers kilomètres vers le stationnement se faisaient les doigts dans le nez, dans un sentier très peinard pout-pout.

 

Après une discussion en tête-à-tête et en évaluant l’heure – il était 14h15 – et notre état physique en général, nous avons finalement décidé de fournir cet ultime effort. Alors go vers le faîte du Mont-du-Lac-des-Cygnes (981 mètres d’altitude).

 

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Il y a eu encore un peu de sentiers glacés à surmonter, d’escaliers à monter tranquillement pas vite, et nous avons enfin planté notre drapeau sur la cime ! L’avons-nous regretté ? Ai-je besoin de répondre à cette question ?

 

Contemplation de tous les panoramas imprenables possibles, exclamations – waw ! hé ! tabarnouche que c’est beau ! – clic-clic kodak vers tous les horizons, et redescente…

 

Le couple de tout à l’heure avait raison. À partir du point d’intersection Pioui / Mont-du-Lac-des-Cygnes, le sentier devient une sorte de petit chemin gravelé – et sec ! – dans lequel nous pouvons marcher côte à côte sans aucun problème. Après ce que nous avions vécu depuis le départ, c’était de la gnognote. Mais nous avions quand même hâte d’arriver : nos dos et genoux étaient en compote et commençaient à crier grâce. C’est pour ça que nous avons laissé faire le sentier de la Chouenne, un sentier de 2,8 km aller-retour que nous aurions pu également emprunter 1 km avant le stationnement.

 

Nous sommes revenus à l’auto à 16h00 juste. Il était temps : dans une heure, il commencerait à faire noir. Une fois sur la route, et alors que le crépuscule tombait, je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer ce que nous aurions fait si ce sentier avait continué en forme de ruisseau et de rochers glacés et enneigés, comme lors de la première partie… Brr…

 

Mais tout est bien qui finit bien : une heure plus tard, nous étions de retour à notre chalet : douche chaude, feu de cheminée et tout le reste…Zzz…

 

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Yvan

 

1er PS) Chapeau à ma blonde qui a fait toute cette journée sans entrainement. Un beau défi brillamment relevé.

 

2e PS) Si vous avez un jour l’intention de vous taper le sentier du Mont-du-Lac-des-Cygnes et que vous ne voulez pas vous donner trop de misère, vous n’avez qu’à éviter le sentier Pioui. La montée est soutenue tout le long, mais elle se fait via un petit chemin bien entretenu. Pour peu que vous soyez le moindrement en forme et prêt pour une montée non-stop de 4,2 km, ça se fait bien.

 

Un problème éventuel, à mon avis, serait sûrement la foule – je parle toujours du sentier du Mont-du-Lac-des-Cygnes. Déjà, aujourd’hui, nous étions le 1er novembre, il faisait froid, c’était en plein milieu de la semaine, et nous avons rencontré au moins une trentaine de randonneurs dans cette piste. Alors qu’est-ce que ça doit être pendant les week-ends d’été et pendant les vacances ? Ouf…

 

 



03/11/2017
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