Les maudits vents

Les maudits vents

(22) 28 juin 2018 - Vision d'horreur sur une route de la Pennsylvanie

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3 000 km avec une poussette (ou ma longue marche en solitaire dans les USA)

Chronique # 22 – Vision d’horreur sur une route de la Pennsylvanie  

Jeudi soir, le 28 juin 2018

Lewistown, (Pennsylvanie, USA), sous le porche de la Evengel Baptist Church of Lewistown (W 5th Street)

 

Ça n’avait pas été évident…

 

Je parle ici de faire le tracé de ma traversée de la Pennsylvanie. Il m’avait en effet fallu tenir compte de quelques variables :

 

- Je voulais éviter le plus de montagnes possible

- Je voulais entrer dans l’état de New York en me facilitant la tâche là-bas (côté montagnes aussi)

- Je voulais éviter Harrisburg (la capitale)

- Je ne voulais pas m’allonger indument.

 

Ça a finalement donné le trajet suivant (et je m’en tiendrai d’ailleurs tout le long à celui-ci sans dévier d’un iota) :

 

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Mardi, 26 juin

 

Pour ce qui était d’éviter les montagnes et de ne pas m’allonger indument, ça a très mal commencé. Je dis ça parce que le lendemain de ma merveilleuse soirée avec les Kisner, je me suis retrouvé dans les montagnes russes, justement, et ce, tout en me dirigeant vers le sud-est (et en zigzaguant à part ça) plutôt que d’aller directement vers le nord.

 

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Pas fort, en regardant ça froidement, comme ça. Mais c’était évidemment pour mieux revenir vers mon but ultime (chez moi)…

 

Une (autre) montée très abrupte, donc, m’attendait dans le détour cette journée-là – même deux. Je l’ai vaillamment entreprise, comme toutes les précédentes que j’avais escaladées. Et en haut, j’ai eu une surprise. Il y avait une pancarte indiquant que j’étais au sommet d’une montagne appelée Sideling Hill. Mais ma surprise tenait au fait que ce sommet faisait partie des Blue Ridge Mountains…

 

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Cela m’a étonné parce que j’étais en Pennsylvanie et parce que j’avais sans cesse cru que les Blue Ridge Mountains se trouvaient en Virginie-Occidentale. Et cette conviction venait de la chanson de John Denver ( Country Roads) qui me tenait toujours lieu de ver d’oreille obsessionnel depuis au moins deux semaines. Dans cette chanson, Denver y fait l’éloge de la Virginie-Occidentale (elle est d’ailleurs devenue un genre d’hymne national dans cet état), et il commence sa toune en disant clairement ceci :

 

Almost heaven, West Virginia

Blue Ridge Mountains, Shenandoah River

 

Or, après vérification, il s’avère que les Blue Ridge Mountains ne traversent pas du tout la Virginie-Occidentale, mais plutôt la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland et un peu la Pennsylvanie (ou je suis en ce moment).

 

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Et tant qu’à en mettre, le bassin de la Shenandoah River, quant à lui, fait un peu la même chose. Ce cours d'eau n’a donc rien à voir, lui non plus, avec la Virginie-Occidentale.

 

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Alors, qu’est-ce à dire ?

 

J’ai finalement appris que les paroles de cette chanson avaient été écrites par un duo, Danoff-Nivert, en 1970, deux personnes qui n’avaient jamais mis les pieds en Virginie-Occidentale de toute leur vie. Quant à l’interprète, John Denver, il est né au Nouveau-Mexique et il a grandi et toujours vécu dans le sud-ouest des États-Unis.

 

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C’est n’importe quoi, finalement. Et très décevant dans un sens.

 

Mais je digresse… Pardon.

 

Cette journée-là a été très difficile, en fin de compte : deux très longues côtes abruptes à monter, et une heavy à descendre. Je suis arrivé à McConnellsburg sur les rotules après une marche de 51 km dans ces conditions.

 

Dans cette ville, un policier m’a abordé pour me demander ce que je faisais là, à me promener avec un Pout-Pout. Après avoir écouté mon histoire, il m’a aidé à trouver un endroit où dresser ma tente en téléphonant lui-même au pasteur d’une église à l’extérieur de la municipalité, vers le nord – toujours aussi gentils avec moi, les flics.

 

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Je m’y suis rendu. Il n’y avait pas de shelter, mais au moins un porche (avec lumière et électricité). Ce n’était pas le gros confort, mais c’était ok. Et durant la veillée, j’ai soupiré de soulagement en constatant que mes maux de ventre des deux soirs précédents étaient révolus, ainsi que la douleur à ma cheville gauche qui m’inquiétait tant depuis quelques jours : le danger de l’infection – ma hantise – semblait donc avoir été une fausse alerte – fiou !.

 

Mercredi, 27 juin

 

Je ne la sentais pas tellement cette journée-là…

 

Le temps était très incertain, et je savais que des montagnes m’attendaient encore. Et je commençais sérieusement à en avoir un peu marre des montagnes. Ce qui représentait des lamentations tout à fait inutiles puisque j’allais justement rester dans une région montagneuses pendant plusieurs jours encore – et d’autant plus inutiles que c’était moi-même qui avais choisi de marcher dans ces conditions !

 

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Et il y a eu effectivement des montagnes – mais pas de cols, au moins. Et la pluie m’a fait stopper trois fois. Heureusement, j’ai toujours eu la chance de me protéger sous des abris de fortune (gracieusetés de mon Ange gardien, bien sûr). Même qu’une fois, il s’agissait d’un hangar à tracteurs et que le fermier est venu me jaser ça en m’apportant une chaise pliante pour me reposer, ainsi qu’une boisson gazeuse.

 

Service 5 étoiles !

 

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Mais tout cela m’a fait perdre au moins deux bonnes heures de marche. Je n’ai donc fait que 44 km, cette journée-là.

 

Ah oui ! J’allais oublier de raconter quelque chose…

 

Et en fait, si j’ai failli l’oublier, c’est probablement parce que mon subconscient voulait l’oublier… Et y’a de quoi, oublier, en effet !

 

J’ai assisté aujourd’hui au spectacle le plus affreux, le plus dégueulasse et le plus répugnant, de toute ma vie. Spectacle qui m’a d’ailleurs inspiré le titre de cette chronique…

 

J’ai commencé par voir « la chose » de loin, sur le bord de la route, et j’ai rapidement deviné de quoi il s’agissait : c’était un cadavre de chevreuil.

 

Jusque là, ça allait. Des cadavres d’animaux, j’en avais rencontrés et contournés à la tonne depuis mon départ de La Nouvelle-Orléans (oiseaux, écureuils, tortues, serpents, ratons laveurs, chiens, chats, grenouilles, crapauds, chevreuils, mouffettes, marmottes, dindons, et mettez-les tous). De sorte qu’ils ne m’émouvaient plus.

 

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Mais celui-là me semblait bizarre. Et plus je m’approchais de lui, et plus ma curiosité était titillée. Il était tout d’abord évident que cet animal avait été frappé depuis peu de temps. Ensuite, de l’endroit où j’étais, il m’apparaissait recouvert d’une sorte de… de « toile d’araignée »… Ou de… ou de « mousse » ? De la mousse blanche…

 

C’est au moment où je me suis retrouvé à deux mètres de lui que j’ai vu ce que c’était réellement. Et j’en ai eu un haut-le-cœur immédiat !

 

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La carcasse de cette pauvre bête était recouverte de centaines de milliers d’asticots vivants !!

 

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Ça grouillait de partout dans cette masse immonde, et ça faisait un bruit de… je sais pas trop, de succion ? de boue que l’on remue ? C’était affreux. Pour donner une idée de la vision de cette scène de cauchemar, j’ai trouvé  cette vidéo sur le Web qui représente très bien ce dont j’ai été témoin. Cœurs sensibles, abstenez-vous et continuez sans cliquer.

 

Ça a été long avant que je m’en remette. Je n’avais plus qu’une question en tête depuis cette scène : est-ce que c’est ça qui nous arrive, À NOUS, que je me demandais, lorsque nous sommes enterrés après notre mort ? Si oui, ma décision est prise : ce sera l’incinération sans aucune hésitation !

 

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Je me suis arrêté à Orbisonia, ce soir-là, et je me suis installé sous un immense shelter municipal, à l’orée du village. Mais l’électricité avait été coupée – bien ma chance.

 

La première chose que j’ai faite en arrivant, ça a été de me déchausser. Mes pieds me faisaient atrocement souffrir.

 

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Ça ne m’a jamais réellement lâché depuis le début de cette aventure, mais ça empire au fur et à mesure de mon avancée. Mes plaies prennent de l’ampleur, dirait-on. Et mes ongles d’orteils sont tous mauves-noirs-gris-bruns-caca-jaunes foncés.

 

À minuit, j’ai été réveillé par une assourdissante cataracte. La pluie tombait tellement fort autour de moi que je me suis mis à m’imaginer en train d’être emporté par un glissement de terrain…

 

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Jeudi, 28 juin

 

Un nouveau petit coup de mou (moral pas très haut), aujourd’hui. Était-ce parce que je sentais que je me rapprochais de mon but, mais que celui-ci était encore trop éloigné pour que ça m’emballe ?

 

Faut dire tout d’abord que la scène cauchemardesque de la veille me trottait toujours dans la tête.

 

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Ce qui n’aidait pas pantoute à m’égayer l’esprit.

 

Et pis – juste pour en remettre une couche –, la journée a été grise. Une pluie m’a même retenu pendant une heure sur la galerie d’une maison résidentielle qui était désertée de ses habitants.

 

Bref, c’était pas la joie…

 

Mais d’un autre côté, une chance qu’il ne faisait pas beau, car c’était excessivement humide.

 

Toujours est-il que je suis parvenu à Lewistown au bout de 53 km d’une marche sans incident particulier – à part la pluie et mes maux de pieds. J’ai arrêté dans un McDonald’s, bien sûr, et ma Domi – pauvre elle – a été témoin de mes lamentations-de-mec-découragé-et-qui-se-sent-tout-seul-au-monde. Elle a fait de son mieux pour me remotiver.

 

Mon Ange gardien s’est sûrement rendu compte qu’il était temps pour lui de faire un petit miracle avant que la journée se termine sur cette note un peu triste.

 

Je me suis rendu à l’église que j’avais spottée sur Google Street View : la Evengel Baptist Church of Lewistown. La salle communautaire, à l’arrière, était immense, comme pour beaucoup d’églises aux États. Il n’y avait aucun shelter, mais le porche était suffisamment large et loin de la foule pour que je puisse m’y installer à l’aise.

 

Un homme est arrivé peu de temps après : Steve Jeanes. Il venait faire quelques bricoles dans le bâtiment. Il m’a donné la permission d’entrer en attendant qu’il contacte le pasteur pour régulariser la situation. Il m’a en outre autorisé à me servir de la salle de bain, et il m’a offert quelques victuailles.

 

Puis un deuxième type s’est pointé. Il s’appelait Bob Espigh, celui-là, et il était vraiment rigolo. Les deux ont finalement réussi à parler au pasteur. Celui-ci nous a appris, au téléphone, qu’il était lui-même un Canadien d’origine. En fait, il était Newfi ! Il m’a évidemment permis de m’installer.

 

Une activité avait lieu ce soir-là, dans l’édifice : des musiciens préparaient un spectacle de musique religieuse pour le lendemain. Ils venaient se pratiquer. Et c’est là que j’ai vu l’intérieur de la salle où allait se dérouler l’événement.

 

Mazette !

 

Ce n’était pas juste une tite sa-salle. C’était ni plus ni moins qu’un immense auditorium. Une salle de spectacle aussi grande que la salle Wilfrid-Pelletier ou que l’Olympia de Paris !

 

J’exagère, bien sûr – j’aime ça en mettre. Mais quand même : la salle ressemblait plutôt à celle-ci, genre :

 

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J’ai passé un moment très agréable, au final. J’ai entre autres aidé mes deux nouveaux compagnons dans leurs travaux. M’enfin, « aider » est un bien grand mot. Je leur tenais plutôt compagnie en jasant avec eux autres pendant qu’ils s’activaient eux-mêmes. Autrement dit, j’étais un pion complètement inutile. Mais ils n’ont pas eu l’air de s’en offusquer une miette.

 

Cette très sympathique soirée s’est évidemment terminée par un selfi.

 

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De gauche à droite : Steve, Bibi, Bob

 

Cette soirée m’a remonté un peu le moral. Ainsi que les paroles de ma Domi de tout à l’heure, que j’entendais encore en arrière-fond de ma conscience, pendant que j’entrais dans mon sleeping : « Courage Yvan, tu es presque rendu ! »

 

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DU 26 AU 28 JUIN 2018

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23/11/2018
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