Les maudits vents

Les maudits vents

Mont Mou

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De : Yvan Yvan – Nouméa

Date : dimanche, 11 octobre 2015

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

Au moment où je commence à écrire ces lignes, croyez-le, croyez-le pas, je ne peux plus bouger un seul muscle de mon corps, hormis mes deux index qui ne font qu’effleurer les touches du clavier. Complètement courbaturé, suis-je, et à demi étendu sur le lit. Et si je souffre ainsi le martyre en lieu et place de m’étendre complètement et de dormir, c’est pour satisfaire mon lectorat – c’est-à-dire vous tous qui attendez impatiemment, je le sais, une autre de mes palpitantes aventures.

 

Alors, voilà : Indiana Jones (Yvan-Yvan) et sa blonde ont escaladé le Mont Mou, aujourd’hui… Et ils ont du mérite, qu’on se le dise, car l’escalade du Mont Mou, eh bien, c’est pas de la tarte.

 

Mais avant tout, réglons ça tout de suite : pourquoi cette montagne s’appelle-t-elle le Mont Mou ? Je n’en sais absolument rien. Je n’en ai pas trouvé l’origine. Par contre, j’ai une théorie que je vous exposerai un peu plus loin.

 

Le Mont Mou, donc : 1219 mètres d’altitude (4000 pieds), ce qui est assez haut, vous en convenez ? Par comparaison, le Mont Albert, au Québec, par exemple, fait 1151 mètres.

 

Le sentier débute déjà à une altitude d’environ 415 mètres. Cela donne néanmoins un dénivelé significatif de 800 mètres (2600 pieds) d’escalade. Ce qui n’est pas rien. Et on fait ça sur une distance de 3,5 km (7 km aller-retour). La documentation qualifie cette rando de « difficile ». Ce n’est pas exagéré.

 

Le début du sentier se trouve à 38 km du sud de Nouméa, en s’en allant vers le nord du Caillou. Ça prend trois quarts d’heure d’auto pour s’y rendre. Nous y sommes arrivés à 8h15 du matin. L’avenir appartient aux lève-tôt, dit-on…

 

Nous avons garé l’auto, nous avons pris nos affaires, nous avons trouvé l’entrée du sentier (facile, pour une fois), et… et nous avons commencé à monter ! Le tout premier pas que nous avons fait dans le sentier s’est fait dans un angle de quarante-cinq degrés vers le haut ; et le deuxième itou. En fait, c’est comme ça que ça s’est passé tout au long de cette randonnée. Le guide sur Internet disait : « Le sentier débute avec une franche montée » – les mots franche montée avaient été sciemment surlignés en gras. Une personne avertie en vaut deux, devait-on s’être dit en écrivant le prospectus.

 

Nous avons donc grimpé alors que nous étions en pleine forêt. Nous avons soufflé, nous avons haleté, mais nous nous sommes extasiés – je parle pour moi – à tous les deux pas parce que nous nous trouvions dans une forêt à la végétation exotique. Nous avons entre autres croisé quelques banians du Pacifique, arbres que je ne me lasse jamais d’admirer.

 

En passant… toute petite parenthèse sur le banian, OK ? Cet arbre, extrêmement impressionnant au coup d’œil, est malheureusement un prédateur et un parasite pour les autres espèces. Il nait à partir d’une graine lovée dans le creux d’un arbre quelconque – qu’un oiseau a sans doute déposée là par hasard. Puis, la graine éclot, et elle se développe très rapidement : vers le haut, mais aussi vers le bas, pour y planter ses racines dans la terre. L’arbre qu’il parasite lui sert ainsi de support. Et pour ce faire, le banian l’entoure graduellement, l’enserre, l’asphyxie ; tant et tellement que le pauvre arbre exploité finit par mourir, parfaitement étouffé, au fil des ans. Le banian n’en a toutefois aucune pitié, car une fois son arbre hôte décédé, il est désormais assez fort pour se tenir debout par lui-même. Et il en profite allègrement

 

Une des photos annexée montre le pied d’un banian moyen. Elle a été prise le long du sentier du Mont Mou. Mais il en existe des variétés beaucoup plus impressionnantes. Il y en a quelques-uns qui sont très majestueux ici même, à Nouméa, en pleine ville. Je vous les montrerai un de ces quatre. Patience ! Patience !

 

Bon, revenons à nos moutons : le sentier. Vous ai-je dit qu’il montait ? Pour monter, ça monte : dans la pierraille et dans les racines. Mais au début, comme ça, durant la première heure, on est en forme, on a le vent en poupe, on est motivé et on se croit les maîtres du monde. Haut les cœurs et vient-en, montagne, que je t’escalade le flanc !

 

Au bout d’une demi-heure, nous sommes sortis de la forêt et nous nous sommes retrouvés dans ce qu’ils appellent ici un maquis minier (formations végétales sur terrain minier n’appartenant pas aux forêts) : arbustes rabougris, flore abondante, fougères à moitié séchées au ras du sol, et terre rouge à profusion au milieu de la rocaille. « La majorité du parcours se fera alors en plein soleil », qu’ils disaient dans le guide. « Pensez à vous protéger et à emporter une quantité suffisante d’eau ». Par chance, la journée n’était pas très ensoleillée : les nuages alternaient avec le soleil, et un bon vent du sud-est nous rafraichissait de temps en temps. Faire ça en été, par contre, en plein cagnard, avec la chaleur et l’humidité, s’avérerait probablement du suicide. À partir de décembre, donc, vaut mieux se contenter d’aller à la plage plutôt que d’entreprendre une telle randonnée.

 

« De plus, le sentier monte de manière assez soutenue, tout le long du parcours », disait encore le guide. Avertissement superflu : rien qu’à voir, on voyait bien. Le parcours était très difficile par bouts. Ça relevait même de l’escalade à plusieurs reprises. Il fallait prendre garde de ne pas glisser sur la rocaille. Et puis, les fougères séchées nous grafignaient joyeusement les mollets.

 

MAIS… Mais le fait de ne plus être en forêt nous permettait dorénavant de voir autour de nous – de voir en dessous de nous, surtout. La vue était littéralement à couper le souffle. Imaginez un panorama s’étendant à plus de 50 km avec : au sud-est, la ville de Nouméa, au loin ; la mer en face, avec ses ilots et la barrière de corail ; et les montagnes au-delà de l’aéroport de Tontouta, au nord-ouest. De toute beauté. Il y a eu, bien sûr, beaucoup de pauses-kodak-clic-clic – beau prétexte pour reprendre notre souffle. 

 

En plein milieu de la montagne (à 860 mètres), on nous avait avertis qu’on verrait la tombe d’un jeune Mélanésien, mort à 15 ans, apparemment, mais on ne sait pas de quoi. Nous l’avons vue, effectivement, cette sépulture, mais ça a été tout juste : il s’agissait de quelques pierres empilées, d’une petite plaquette grise de commémoration, et de quelques pièces de monnaie déposées là par superstition. Il y avait aussi, au milieu des pierres, un sac à dos militaire (!)… Nous avons bien failli passer tout droit sans l’apercevoir – nous l’avons d’ailleurs loupée en descendant du reste… M’enfin…

 

À environ 500 mètres du but, nous sommes de nouveau rentrés dans une forêt. Et ça n’a pas été long que nous sommes parvenus dans ce qui fait la beauté de cette randonnée. Ils l’appellent la « forêt de mousse ».

 

C’est la dernière partie de la montée – le dernier pic – qui est la plus difficile à accomplir, mais la plus belle à voir aussi, peut-être. Cette portion de sentier est une véritable jungle luxuriante. Le sol est boueux, les arbres sont tapissés de mousse. Il y a des lianes qui trainent partout. On avance là-dedans en grimpant des pans de rochers, en enjambant des racines qui courent partout sur le sol, en s’accroupissant pour passer sous des troncs d’arbres morts, en écartant des filets de lianes et en pataugeant dans la bouette. Plaisant, hein ? Heureusement qu’il n’y a pas de serpents dans ce pays. Il y a juste de grosses araignées grandes comme la moitié de la main.

 

Je crois par ailleurs que c’est pour ça qu’ils ont appelé cette montagne le Mont Mou : à cause de la mousse qu’il y a partout à cet endroit. Mais je dis n’importe quoi. Ne vous fiez pas à moi si cette question vous est posée un jour dans un examen.

 

Nous sommes enfin arrivés en haut, au faite de cette montagne, assez vannés, merci. En parlant de faite, c’était un peu décevant. D’habitude, lorsqu’on parvient tout en haut d’une montagne, on a une vue en plongée sur tout le paysage alentour. Mais ici : nenni ! On a une vue sur absolument rien. Pour la simple et bonne raison qu’on est encore dans le milieu de la forêt. Une chance qu’il y a un poteau – même s’il est sorti de son axe et tout croche – pour nous aviser qu’on est bel et bien arrivé.

 

Mais qu’à cela ne tienne, une fois rendus là, nous avons déposé nos sacs par terre et nous nous sommes assis sur une roche pour boire une bonne rasade d’eau, et manger un sandwich. Et pour nous reposer les jambes, également, car elles étaient un peu molles : les jambes molles sur le Mont Mou, c’est assez logique… Ha !

 

Il était midi presque juste. Ça nous avait donc pris trois heures et trois quarts pour en arriver là. Internet parlait de deux heures et demie. Mais bon… Quand on sait que nous sommes un peu lents de nature – avec les pauses-kodaks, surtout – et que nous avons l’âge que nous avons – surtout moi –, eh bien, j’estime que c’est pas pire pantoute dans l’ensemble.

 

C’est surtout le froid qui nous a incités à ne pas nous attarder trop longtemps à cet endroit. En effet, étrangement, une fois immobiles, on caillait dans cette forêt très humide. On caillait = on pelait… On pelait = on se les gelait, quoi… Alors, au bout d’une petite demi-heure, go pour la descente.

 

Houla houla… Si la montée avait été difficile, la descente l’a été tout autant. Pas pour le cœur, bien sûr, qui ne pompait plus autant que l’ascension, mais pour les jambes ; et plus particulièrement pour les genoux… les pôôôôvres genoux… Une heure avant d’arriver, nous avons même eu un gros coup de mou – un gros coup de mou sur le Mont Mou, hi hi ! Et nous avons parcouru les deux derniers kilomètres sur les fesses, comme on dit.

 

Résultat : nous avons en ce moment de la misère à nous lever le popotin et nous marchons tout croche, tandis que notre vocabulaire se limite aux mots « Aïe ! Aïe ! Aïe ! » Nos conversations ne sont donc pas très élaborées ce soir…

 

C’est sur ce que je vous dis au revoir, car même mes deux index n’en peuvent plus de bouger…

 

À plus !

 

Yvan-Yvan

 



23/03/2017
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