Les maudits vents

Les maudits vents

Parc des grandes fougères

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De : Yvan Yvan – Nouméa

Date : dimanche, 2 mars 2014

À : parents et amis

 

N’écoutant que son courage, Yvan-Yvan s’aventure de plus en plus profondément au cœur de la Grande Terre, en pleine brousse. Voilà à peine quelques jours, dans un de ses périples, il a vu – de ses yeux vu – des fougères aussi hautes que des séquoias géants d’Amérique ainsi que des araignées tellement monstrueuses qu’elles auraient fait fuir un troupeau d’éléphants.

 

Il vous en rapporte aujourd’hui un compte-rendu détaillé...

 

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Bonjour à tous,

 

Ben non, c’est même pas vrai ! Les fougères n’étaient pas hautes comme des séquoias, et les araignées n’étaient pas si grosses que ça. C’était juste un appât pour vous inciter à lire ma chronique. Binne, binne !

 

Mais c’était quand même un peu impressionnant...

 

La place où j’ai vu ça, ça s’appelle le Parc des grandes fougères, et ça se trouve en dehors de Nouméa : à très exactement 128 km de l’appart où je vis, vers le nord de l’île. En distance, c’est comme aller de Trois-Rivières à Québec en passant par la vieille route – au km près. Ça prend 1 ¾ heure pour s’y rendre. Ça se fait donc relativement bien. Et puis, comme pour visiter la belle ville de Québec, il faut partir de bonne heure si on veut avoir le temps de savourer l’endroit.

 

Ça fait que nous sommes partis genre vers 9h00.

 

Pour commencer, il faut prendre la Voie express no 2 (E2), une autoroute qui est aussi appelée la Route du Nord et qui permet de sortir rapidement de la ville. À la sortie de la grande agglomération de Nouméa, la E2 rejoint la Route territoriale no 1 (RT1) avec laquelle elle se fusionne. Elle prend alors le nom de cette dernière. Et la RT1 nous emmène presque jusqu’à la pointe nord du Caillou (jusqu’à Koumac).

 

Passionnant, hein ? De toute façon, que ça vous intéresse ou non, vous devez apprendre tout ça par cœur pour l’examen de fin d’année...

 

La RT1 est une route ordinaire, à deux voies. Elle est large et très bien entretenue jusqu’à Tontouta, là où se trouve l’aéroport international. Après ça, l’état de la chaussée se détériore rapidement. Ça finit par ressembler à nos routes du Québec qui sont souvent déformées et sur lesquelles on n’arrête pas de tressauter. Et elle n’est pas très large non plus, étant donné qu’il n’y a presque pas d’accotement de chaque côté.

 

La limite de vitesse est de 110 km/hre ; c’est-à-dire 20 km/hre de plus que chez nous pour des routes équivalentes. Mais même à ça, laissez-moi vous dire que ceux qui roulent à cette vitesse-là sont des ‘tits pépères du dimanche. Si tu roules à 110, tu te fais rapidement coller dans le derrière et dépasser par la trâlée de 4X4 et de pick up qui sont légions en brousse – tasse-toi mononcle, pis ça presse !

 

J’essayais de m’imaginer ce que ce serait que de faire cette route-là en vélo. Et j’en suis venu à la conclusion que ce serait peut-être faisable, mais à ses risques et périls. Vaudrait sans doute mieux mettre ses papiers en ordre avant de partir. Et d’ailleurs, je n’en ai vu aucun (vélo), ni à l’aller, ni au retour. Zéro absolu. Néant à la puissance dix. Ça doit sans doute vouloir dire quelque chose, ça...

 

Longer la côte ouest vers le nord, ce n’est pas vraiment dépaysant – ni vraiment intéressant non plus. La mer est loin. En fait, on ne la voit pas, la mer. Et si ce n’était des palmiers qui apparaissent dans le décor de temps en temps, les paysages ressembleraient étrangement aux nôtres – ceux de l’Estrie, mettons (avec beaucoup moins d’arbres).

 

Quand on s’en va vers le nord, donc, il y a la mer à gauche, qu’on ne voit pas parce qu’elle est trop loin. Entre la mer et la route défilent des terres plutôt vallonnées et défrichées sur lesquelles paissent des vaches et des chevaux. Elles appartiennent surtout aux Caldoches qui se les ont appropriées au fil des années, en refoulant les autochtones ailleurs. Caldoches qui se sont surtout fait éleveurs de bétails et teneurs de ranchs.

 

Et de l’autre côté de la route, à droite, il y a la chaîne de montagnes qui traverse la Nouvelle-Calédonie du sud au nord. On la longe de tout son long presque tout le temps.

 

Passé la banlieue de Nouméa, et avant d’arriver à destination (la destination étant le Parc des grandes fougères, vous vous rappelez ?), on traverse quatre villages : Tontouta, Boulouparis, La Foa et Farino.

 

Pour ce qui est de Tontouta, une chance qu’ils ont le bruit des avions pour se désennuyer, car il ne semble pas y avoir grand-chose d’intéressant à faire là. Quant à Boulouparis et La Foa, une de leurs particularités, c’est que ce sont d’anciens bagnes importants de la Nouvelle-Calédonie.

 

Ah oui, à propos... Un moment donné, je vous parlerai de l’histoire de ce pays. Vous apprendrez alors que la Nouvelle-Calédonie a été un bagne important de la France au XIXe siècle. Et que ce pays a été colonisé en grande partie par des bagnards libérés. Là, je sais que je viens de vous mettre l’eau à la bouche et que vous voudriez en apprendre tout de suite davantage à ce sujet... Désolé, mais chaque chose en son temps, OK ?

 

La Foa, en plus, est un petit village d’environ 1500 habitants, en pleine brousse. Mais quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre qu’il se tenait un important festival du cinéma dans cet endroit-là. Sur le coup, j’ai eu du mal à le croire, mais c’est quand même ça qui est ça. Ça se passe à la fin juin, et un acteur ou un cinéaste important de ce monde-là est invité à venir le présider. Ça m’a rappelé notre festival de la chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie. Comme quoi des gens (des genres d’illuminés) peuvent avoir de drôles de visions des fois, et métamorphoser alors des petits bleds perdus comme ceux-là en des endroits reconnus... Je lève mon chapeau à leur témérité et à leur ténacité.

 

Et finalement, 6 km avant d’arriver au Parc, il y a le tout petit village de Farino – la plus petite commune du Caillou... Niché en plein cœur de la montagne, paraît que c’est le rendez-vous des amateurs de calme et de détente. Avec les 30 km de sentiers tranquilles du Parc des grandes fougères, juste à côté, on n’a pas de misère à comprendre ce qu’ils entendent par là...

 

Avant de passer à ce fameux Parc, juste vous dire qu’à Farino, il se tient là aussi un festival assez spécial : le festival du ver de bancoule. Ça, mes amis, le ver de bancoule, sachez que c’est une bibitte très peu ragoûtante qui se mange – crue ou cuite, selon les goûts. Si je m’essaie à la croquer un jour – au festival de Farino, par exemple, pourquoi pas ? –, je vous en reparlerai, OK ?... glup...

 

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Il y a donc 6 km à faire à partir de Farino pour se rendre au Parc. Mais ces 6 km-là prennent presque une vingtaine de minutes à parcourir. Le chemin est en terre – nids de poule et planches à laver compris – et c’est tout en lacets. Les 4x4 ont certes du plaisir là-dedans, mais une petite Fiat 500 s’amuse, elle... un peu moins, disons...

 

LE PARC, maintenant !

 

Pour commencer, il faut préalablement savoir qu’il y a une zone côtière sur la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie qui est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour protéger cette zone, les Calédoniens ont instauré deux zones tampons de chaque côté : une dans l’océan, et une autre à l’intérieur des terres. Et le Parc des grandes fougères en fait partie.

 

Bon, bref, nous y sommes arrivés après une montée assez heavy, comme je disais. Rendu à la cabane d’accueil, je ne sais pas pourquoi, mais l’entrée était gratuite cette journée-là. Tu parles d’un heureux hasard, toi. Ça commençait bien, en tout cas – même si le temps était à la pluie...

 

Le gars nous a donné une carte des sentiers qui était très bien détaillée. « Yes ! » que je me suis aussitôt exclamé. « On va pouvoir marcher là-dedans les yeux fermés. » Mais comme il fallait le prévoir, ça n’a pas pris de temps qu’on ne savait plus où on était. Rien de nouveau sous le soleil, hein ? On fait une belle équipe, tous les deux... Ce qui fait qu’on a marché un peu au hasard en espérant revenir à la gate avant qu’il fasse noir. L’histoire finit bien, ne vous en faites pas. Mais ça n’a pas été sans mal... à cause des araignées géantes – hou-hou...

 

Avant de vous parler des araignées (car je garde le suspense pour la fin, hi hi), je veux vous dire un mot sur les fougères... même si ça va être très rapide, car je n’y connais rien en botanique.

 

Disons simplement que... heu... disons qu’il y en a de toutes les sortes... Houla, ça vous aide à vous en faire une idée, ça, hein ?

 

Allez plutôt jeter un coup d’œil sur les photos ci-jointes ; vous verrez un peu ce que ça a l’air. Il y en a même qui sont grandes comme des arbres – d’où leurs noms. Ça fait des têtes de violons qui, chacune, nourriraient une famille complète pendant une semaine.

 

Mais il n’y a pas que des fougères, dans ce parc. Il y a plus de 500 espèces végétales différentes, dont 70 % sont endémiques (qu’on ne retrouve pas ailleurs). C’est de toute beauté. Et on déambule à travers tout ça grâce à des sentiers très dégagés, dont certains sont permis aux VTT – mais on n’a pas été dérangé par aucun, rassurez-vous.

 

Un détail... Dans les sentiers pédestres de la Nouvelle-Calédonie, il n’y a pas de ponts pour traverser les creeks (les ruisseaux). Alors, s’il n’y a pas assez de roches pour servir de pont, ben t’enlèves tes godasses pis tes chaussettes, pis tu traverses directement dans la flotte. On a été obligé de le faire une fois. C’est un peu tannant, mais que voulez-vous, l’aventure est à ce prix...

 

Et parmi toute cette flore, il y a des animaux et des insectes. Je vous fais l’inventaire de ceux que j’ai vus moi-même, OK ?

 

Pour commencer, et ce dès la sortie de l’auto, on s’est fait harceler par des grosses mouches qui nous tournaient autour chaque fois qu’on avait le malheur de s’arrêter deux secondes. Ça ressemblait à un croisement de frappe à bord et de guêpe. Je ne sais pas si ça piquait, car je ne leur ai jamais laissé la chance de m’approcher de trop près pour en faire l’expérience.

 

Pis ensuite, j’ai vu une multitude de minuscules lézards qui nous filaient entre les pieds. Ils étaient longs d’à peine 5 cm, et cutes à mort. On en a même sûrement écrasé quelques-uns par mégarde... J’aurais aimé en attraper un pour le garder dans un bocal, mais ma blonde n’aime pas qu’on emprisonne ainsi les animaux. Ça fait que j’ai laissé faire.

 

Pis imaginez-vous donc que nous avons eu la chance de croiser un cagou. Ça mes amis, paraît que c’était une sacrée chance, en effet. Le cagou est un oiseau endémique de la Nouvelle-Calédonie. Et il est malheureusement en voie de disparition. En 1991, sa population estimée n’était plus que de 654 individus... Autant dire qu’il n’y en avait plus. Aujourd’hui, je ne sais pas combien il en reste, mais ils sont encore présents. Et ça, c’est parce qu’ils sont hyper méga full protégés au cube.

 

C’est un drôle d’oiseau, ça, le cagou. Il a la grosseur d’un gros poulet. Il ne vole pas – ben non. Pis ensuite, il jappe – ben oui... wouf-wouf ! Curieux, hein ?

 

Les araignées, maintenant... Vous aviez hâte, hein ? Mais vous allez sans doute être déçus...

 

Anyway, c’est quand même eux-autres qui m’ont le plus impressionné. Je les ai appelées les araignées géantes, car le Québécois que je suis n’en a jamais vu – de visu – des aussi grosses. Elles faisaient sûrement entre 7 et 10 cm d’une patte à l’autre. Brrr... Et il fallait constamment faire attention pour ne pas leur foncer dedans, car elles tissent leur toile un peu n’importe où ; notamment en-dessous des branches d’arbres qui se trouvent en plein sur les sentiers. Alors, si tu marches en ne faisant pas attention, te v’là soudain la face en plein dans leur toile... et l’araignée elle-même en plein dans tes cheveux – ou ailleurs... Re-brrrr.....

 

Pour en finir avec mon inventaire faunique personnel de cette jungle, j’ai aussi vu une espèce d’animal très rare – du moins, cette journée-là en particulier. Et je parle des deux seuls homos sapiens que nous avons rencontrés dans toute notre randonnée. Et ils ne nous ont même pas salués – fallait le faire...

 

Bon, voilà pour le moment. Mon petit périple vous a plu ? Alors, j’espère que vous serez là à mon prochain rendez-vous.

 

Yvan-Yvan

 



23/03/2017
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