Les maudits vents

Les maudits vents

Monts Koghis --- Sentier de la cascade

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De : Yvan Yvan - Nouméa

Date : dimanche, 16 février 2014

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

Je me suis enfin décidé de sortir de la ville de Nouméa. Il était temps, vous direz. C’est comme ça : je suis en vacances ; et je ne suis pas pressé.

 

Mais bon, tout vient à point à qui sait attendre. Alors voilà, c’est fait. Et pour ma première sortie en brousse, je me suis tapé une randonnée dans les Monts Koghis.

 

Koghis, ça se prononce Ko-gi ; comme Yogi (l’ours), mais avec un K au lieu d’un Y.

 

Les Monts Koghis, donc...

 

Les Monts Koghis sont une petite chaîne de montagnes qui s’étendent juste au nord de Nouméa. On les voit très bien de la ville, pour peu qu’on se trouve sur une quelconque élévation. Ça prend environ une demi-heure pour s’y rendre. Pour être plus précis, le trajet à partir du sud de Nouméa jusqu’à l’auberge des Mont Koghis (d’où partent les sentiers) s’étend sur 23 km – 35 minutes en auto. Un pet.

 

Les deux plus hauts sommets de la chaîne s’élèvent à 1075 mètres pour le mont Moné, et à 1059 mètres pour le mont Bouo. Il y a un autre sommet – le pic Malaoui –, qui est une destination de rando assez populaire, et qui s’élève, lui, à 635 mètres. Les trois offrent une vue imprenable sur la ville de Nouméa.

 

Question quiz, maintenant : selon vous, lequel des sommets avons-nous entrepris de monter ?

 

Biiiip....... Eh bien, non, ce n’est pas la bonne réponse. Nous n’avons monté aucun des trois... lalalalalèèère...  Pour ma première rando depuis des lustres, je n’ai pas voulu me la jouer trop dur, et j’ai opté pour le Sentier de la cascade. Voici ce qu’en disait Internet :

 

Difficulté : facile

Distance aller-retour : 2 km

Temps estimé aller-retour : 2 heures

Dénivelé : 150 m

 

Facile, donc...

 

Pour le temps estimé, il faut dire que nous ne sommes pas vite-vite, ma blonde pis moi, lorsque nous sommes en rando. Tous les deux un peu accros du kodak, nous sommes souvent arrêtés pour faire des clic-clic ici et là. Ce qui fait que ces fameux temps estimés de randonnées ne veulent pas dire grand-chose pour nous – il nous faut souvent compter le double, si ce n’est plus.

 

Cela dit, avant de commencer à marcher, il faut évidemment faire un bout de brousse en auto. Et juste ça, ça mérite le déplacement. En sortant de la ville, on se trouve tout de suite sur une route à la végétation très épaisse, très luxuriante ; une végétation tropicale dans laquelle sont érigées des demeures difficiles à discerner tant toute cette verdure est dense et fournie. On devine que les gens qui habitent là préfèrent la tranquillité et l’isolement (et l’humidité !) plutôt que la foule et la mer. C’est un choix comme un autre.

 

Le dernier tronçon avant d’arriver à l’auberge grimpe, grimpe, et grimpe encore. C’est tout en lacets et en virages serrés. L’an passé, à pareille date, de fortes pluies avaient endommagé la route entre l’auberge et le bas de la côte ; ce qui avait entraîné la fermeture temporaire de l’établissement. On voit aujourd’hui où ça s’est passé à cause des réparations récentes. Il y a là, à cet endroit, un gouffre qui s’ouvre dans le vide, et où ils n’ont pas encore eu le temps d’ériger de garde-fou. Quand nous sommes passés à côté – tant à l’aller qu’au retour – j’ai eu un petit frisson, je vous avoue, en pensant qu’une seule fausse manœuvre de la part de ma chauffeuse privée, et ça aurait été zip en bas ! Mais heureusement, elle a bien géré tout ça – comme d’hab.

 

Deux minutes après avoir stationné l’auto, nous sommes entrés de pleins pieds dans la forêt tropicale. Et nous avons tout de suite été accueillis par le cri strident d’une horde de cigales dans les arbres. C’était assourdissant, et peut-être même, à la limite, un peu épeurant. Tellement que – vous savez comment je suis – tellement que je les imaginais tapis tout autour de nous, et pas trop certain de leur réaction. Et là, comme de raison, mon imagination s’est mise à vagabonder sur un scénario de film... Après The birds, Arachnides, Snakes, voici maintenant The crickets, que je me disais... pfff...

 

Mais les cris se sont tus d’un coup sec, comme par enchantement... Ben coup donc... Ça a fait ça tout le long, d’ailleurs... c’est-à-dire : déchaînements brutaux de hurlements de cigales, entrecoupés de silences qui laissaient la place aux chants mélodieux des ‘tits oiseaux. Je m’y suis fait rapidement...

 

Bon, nous étions donc dans la forêt tropicale. C’est dommage que je ne connaisse pas la botanique. La forêt de la Nouvelle-Calédonie n’a évidemment rien à voir avec nos forêts du nord. Certaines espèces d’arbres sont même endémiques d’ici. Ils passaient malheureusement inaperçus à mes yeux de profane. Ce qui est fort dommage pour certains de mes lecteurs – et je sais qu’ils sont nombreux – qui s’intéressent, eux, à tout ce qui s’appelle végétation.

 

Personnellement, les plantes qui m’ont le plus impressionné, ce sont les fougères géantes, dont les feuilles font plus de 2 mètres de haut. C’est saisissant. J’essayais de m’imaginer la grosseur des têtes de violon (crosses de fougère) que cela pouvait donner – et le festin approprié – miam-miam...

 

Pour ce qui est des animaux, en tout cas ce n’est pas eux qui sont menaçants, ici, dans ces forêts. Il n’y aurait apparemment que des cerfs, des sangliers et des roussettes (chauves-souris géantes), et pas grand-chose d’autres. Quant aux bibittes, eh bien les moustiques et les mouches ne sont pas légions – ce qui est une excellente chose quant à moi. Et les oiseaux... ben on les entend constamment, mais on ne les voit pas souvent...

 

Revenons au sentier. Il est rapidement devenu un peu difficile à marcher : pierreux, racineux (c’est un mot, ça ?), un peu boueux et très glissant par endroits. Avec des montées et des descentes passablement escarpées. Vers la fin, il y a même des endroits où il fallait s’agripper aux arbres alentour pour ne pas dégringoler dans des ravins sans fond...

 

Ben non, j’exagère... Pas des ravins sans fond, bien sûr... Juste des descentes où il aurait été fâcheux de se salir le derrière – et dangereux de se blesser le dos (je parle évidemment pour les gens de mon âge)...

 

En plein milieu de la randonnée, il y a eu une éclaircie où les arbres étaient à peu près absents. Ce qui nous a permis de bénéficier d’une vue imprenable sur la ville de Nouméa. Petite pause clic-clic, évidemment...

 

Si vous regardez les photos ci-jointes, vous remarquerez la couleur rouge de la terre. Cela ne vous évoque-t-il pas l’Île-du-Prince-Édouard ? Mais d’après moi, la terre d’ici est encore plus rouge que celle de notre minuscule province (la photo ne la rend pas bien).

 

J’ai lu que cette couleur des sols était due à la latérite ; elle-même due aux gisements de nickel, riches en cobalt, et présents partout sur le Caillou. Mais je ne saurais pas trop vous expliquer ça en détails, car je ne suis pas géologue. Je ne suis que spectateur de cet étrange phénomène. Sachez à tout le moins que cette terre colle aux souliers et n’en déloge pas facilement. Il se peut donc que vous me voyiez revenir au Québec avec mes belles shoe-claques beiges repeintes en rouge...

 

Le but de cette randonnée, comme le nom du sentier l’indique, était une petite et jolie cascade d’une dizaine de mètres de hauteur. Elle se déversait dans une cuvette ronde, pas bien bien grande, mais remplie d’une eau cristalline pure, et dans laquelle personne n’a eu le goût de se saucer tellement elle était froide. Nous y sommes parvenus au bout d’environ une heure et demie – ce qui est pas trop pire en ce qui nous concerne.

 

Une fois rendus là, et comme nous n’avions pratiquement pas vu personne dans le sentier, nous pensions bénéficier à nous tout seuls de ce petit coin de paradis. Mais manque de pot : il y avait déjà deux randonneurs masculins sur le spot, ainsi qu’une famille complète en train de pique-niquer sur les rochers. Nous ne sommes pas restés là très longtemps, car l’endroit était petit et la famille occupait à elle seule pratiquement toute la place – fallait le faire...

 

Nous avons rencontré davantage de monde pendant le trajet du retour. J’ai remarqué que certains randonneurs – autant des femmes que des hommes – faisaient le trajet en gougounes (!). Ben oui, vous savez ? En tapettes ! Ou en claquettes, comme ils disent ici. Mais comment faisaient-ils pour marcher avec ça dans ces conditions ? Autant marcher pieds nus... Je n’en revenais pas... Et puis je me suis dit, un peu découragé : « Est-ce que je me fais si vieux pour ne plus être capable de marcher moi-même dans la pierraille sans mes souliers de marche ? »

 

Et c’est sur cette question existentielle que ma chronique d’aujourd’hui se termine, chers amis.

 

La prochaine fois, nous ferons peut-être le Sentier du pic Malaoui, qui est un peu plus long, et un peu plus difficile.

 

Il y aurait aussi le Tour des crêtes, c’est-à-dire le sentier qui mène au faîte des deux plus hauts sommets des Koghis (Moné et Bouo), mais on ne le nous conseille pas, celui-là. Mal balisé, semble-t-il – donc possibilité de se perdre –, et fait pour les randonneurs chevronnés. De toute façon, il faut compter une bonne journée (5 à 6 heures) à ces sortes de marcheurs. Alors, je ne nous vois pas, nous, avec nos arrêts fréquents – clic clic clic –, entreprendre cette piste. Ou alors, il faudrait apporter notre matériel de camping pour y passer la nuit.

 

Je vous tiens au courant pour la suite des choses, promis.

 

Yvan-Yvan

 



23/03/2017
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