Les maudits vents

Les maudits vents

Chemin de fer des Japonais

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De : Yvan Yvan – Nouméa

Date : dimanche, 13 septembre 2015

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

Pendant que l’hiver bat encore son plein en Nouvelle-Calédonie, nous avons décidé de faire le plus de randos possible. Dans quelques mois, ce sera en effet moins tentant, à cause de la température. L’été, ici, ressemble habituellement à nos étés au Québec : très chaud et très humide. Faire des randos, dans ces conditions-là, c’est encore faisable, mais ça demande du courage, et des litres de bouteilles d’eau ! Vous en savez quelque chose, hein ?

 

Cela dit, aujourd’hui, dimanche, il faisait environ 23 degrés, pas d’humidité, et c’était plutôt nuageux. Les conditions idéales pour marcher dans la nature, quoi. Alors, go. Destination, ce coup-ci : le sud ; pour se taper le « sentier du chemin de fer des Japonais » ; un sentier à peu près inconnu des touristes.

 

Les détails techniques du sentier sont ceux-ci :

 

Distance : 8 kilomètres, aller-retour – pas la mer à boire ;

Temps de marche : 3 heures (théoriquement) – disons 5 heures, en ce qui nous concerne, nous, car nous sommes plutôt lents ;

Dénivelé : 150 mètres – ce qui représente de la gnognote (un pet) ;

Niveau de difficulté : moyen – moyen, à cause des mini-canyons, j’expliquerai.

 

Un peu d’histoire, avant tout, si vous permettez, d’accord ?

 

Dans les années 30-40, les Japonais faisaient de l’exploitation forestière dans le sud du Caillou. Pour ce faire, ils ont construit un chemin de fer rudimentaire le long de la rivière des Pirogues, en pleine brousse, afin d’évacuer le bois à l’aide de wagonnets. Décembre 1941 : suite à l’attaque japonaise de Pearl Harbor, la guerre a été déclarée entre le Japon et les États-Unis. Les Japonais de la Nouvelle-Calédonie ont alors été arrêtés et emprisonnés – ou exilés. L’exploitation a cessé d’exister par le fait même. Le chemin de fer ne servant plus à rien, les rails en acier ont été enlevés pour être recyclées, mais tout le reste (le bois) a été laissé là, à l’abandon.

 

Les vestiges subsistent encore aujourd’hui malgré la végétation sauvage, les feux de forêt et les cyclones qui se sont succédé au cours des décennies. C’est directement sur le parcours de cet ancien chemin de fer que serpente ce qu’ils appellent ici le « sentier pédestre du chemin de fer des Japonais » ; du moins en partie, car si on veut faire une boucle de ce sentier, on doit le délaisser un moment donné pour revenir à notre point de départ en empruntant les montagnes – ce que nous avons nous-mêmes fait.

 

Commençons par le commencement. S’y rendre en auto représente un voyage de 45 km à partir de Nouméa, vers le sud, à l’intérieur des montagnes. C’est désert à cet endroit-là, car à peu près personne n’habite dans le sud.

 

Un moment donné, écoutez ben ça, on traverse un col qui s’appelle le « Col des deux tétons ». Ben oui, je vous le jure. Non, mais faut-tu pas avoir l’esprit obsédé pour avoir vu, au départ, dans deux monticules de verdure, les deux machins en question ? La route passe carrément entre les deux pseudo-lolos.

 

Autre particularité de cette route : sur un tronçon récemment rénové, on nous signale qu’il y a de l’amiante dans l’asphalte, et on nous demande de garder les fenêtres fermées. On se croirait à Tchernobyl, ma foi. Pour peu qu’on respirerait l’air de cet endroit, est-ce qu’on se liquéfierait comme sous l’effet d’un acide ? L’ex-résident d’Asbestos que je suis – ville minière à ciel ouvert d’amiante – a bien ri à cette mise en garde.

 

Bref. À l’arrivée de l’intersection de cette route et de la rivière des Pirogues, c’est là qu’on se stationne, et c’est là qu’on sort les sacs à dos et qu’on commence à marcher. Le chemin est bien balisé du fait qu’on aperçoit sans arrêt les vestiges du chemin de fer. On marche en fait en plein dessus – difficile de le manquer.

 

Pourtant, et comme de raison, nous avons perdu une vingtaine de minutes à en trouver le début. Le problème avec nous deux, c’est qu’il faudrait qu’il y ait toujours une énorme pancarte bien en évidence – genre enseigne lumineuse Las Vegas –, avec les mots « LE SENTIER DÉBUTE ICI », et une grosse flèche qui indiquerait clairement l’endroit où il faut commencer à marcher. C’est comme ça – on ne se refait pas.

 

Une fois bien engagé, par contre, c’est le top. Le chemin est intéressant. Premièrement parce qu’il longe une belle petite rivière à l’eau cristalline verte. Mais aussi à cause de la mini aventure qu’il nous fait vivre.

 

Mini aventure du fait qu’il y a une multitude de creeks (ruisseaux) qui se jettent dans la rivière et qu’on est obligé de traverser. Les creeks (à sec ou non) coulent au fond de petits canyons qui font eux-mêmes entre deux et six mètres de profondeur. Le chemin de fer les enjambait jadis à l’aide de ponceaux rudimentaires. Mais aujourd’hui, ces ponceaux n’existent plus, ou ils sont à l’état de ruines.

 

Les solutions qui s’offrent à nous sont alors de descendre et de grimper le long des parois, ou encore – parfois – de jouer les funambules sur les poutres qui tiennent encore debout – et qui ne paraissent pas trop pourries pour céder sous notre poids. Le tout ne manque pas de piquant à certains endroits. Il y en a une vingtaine comme ça, si ce n’est plus, tout au long du parcours.

 

Je mentionnais que nos balades à nous étaient toujours un peu plus longues que la normale. Cela tient à deux raisons majeures :

 

1) La première raison est que nous nous arrêtons constamment pour prendre des photos. Les sujets ne manquent jamais. Cette fois-ci, il y a eu, entre autres, les vestiges du « pont des Japonais » qui enjambait jadis la rivière des Pirogues ; et les fameuses araignées de la Nouvelle-Calédonie – je tripe ben raide sur ces araignées-là, qui sont dans le genre géant. 

 

2) La deuxième raison de notre lenteur tient au fait que nous nous trompons souvent de chemins. Ça ne nous prend pas grand-chose pour nous emmêler le pompon, en effet : juste une intersection sans indications (et Dieu sait que ce n’est pas ça qui manque en Nouvelle-Calédonie), une trail pas évidente, ou un moment d’inattention (ce qui est très fréquent). Heureusement, nous parvenons chaque fois à nous retrouver, mais cela ne va pas toujours sans mal. Nous nous sommes justement et complètement perdus l’an passé, une fois, dans une forêt. Est-ce que je vous l’ai déjà raconté, celle-là ? Heureusement, il y avait eu plus de peur que de mal. Mais le temps que ça avait duré, ça avait été un peu paniquant.

 

Une fois au bout du sentier, nous avons eu le choix de revenir par le même chemin ou de couper à travers les montagnes. Nous avons opté pour couper à travers les montagnes via une trail de 4 x 4. Ça a valu la peine. Ça montait pas mal, mais c’est justement ça, le fait de monter, qui rend le paysage magnifique par endroits, non ? Et pis, ça garde en forme.

 

Bon, bien sûr, il y a eu encore une fois des intersections pas du tout évidentes qui nous ont causé des problèmes d’orientation, mais grâce à mon expérience de survie – qui date du temps où j’étais dans l’armée, ha ! –, nous avons finalement fini par arriver à bon port, comme d’habitude. Comme je dis des fois : « Je nous perds souvent, mais je finis toujours par nous retrouver. » Et c’est ça qui compte, hein ? Mais là, ce coup-ci, nous n’avions pas intérêt à nous perdre pour de vrai : nous étions apparemment les deux seuls êtres humains sur cette piste cet après-midi-là, dans cette cambrousse du bout du monde.

 

Il y a eu finalement le retour à Nouméa par le Col des deux tétons – vous allez vous en rappeler de celui-là, hein ? Ensuite, il y a eu la douche pour tenter d’enlever cette terre rouge qui nous colle à la peau de façon tenace. Et finalement, il y a eu une bonne petite Heineken – bien sûr –, pour nous remettre de nos émotions.

 

Ciao, tout le monde ! Et au plaisir de vous revenir éventuellement avec une autre aventure de…

 

Yvan-Yvan

 

PS) Les Japonais viennent toujours en Nouvelle-Calédonie aujourd’hui, mais non plus pour construire des chemins de fer de brousse ou pour faire la guerre, mais plutôt pour… se marier !

 

Un hôtel, le Méridien, a même fait construire une petite chapelle derrière leur établissement, juste pour eux. N’est-ce pas assez romantique ?

 



23/03/2017
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