Les maudits vents

Les maudits vents

2014-04-16 --- Au bout du monde

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De : Yvan Yvan – Koumac

Date : mercredi, 16 avril 2014

À : parents et amis

 

Yvan-Yvan poursuit son voyage en brousse. Il s’est enfin rendu au bout du monde. M’enfin, pour aller plus au nord que ça, il aurait fallu qu’il continue à l’aide d’un autre moyen de transport – un bateau, genre, ou un sous-marin... Il raconte sa journée qui s’est avérée quelque peu... poussiéreuse, disons...

 

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Bonjour à tous,

 

Y’a pas à dire, un peu de confort dans un hôtel ordinaire de temps en temps – avec douche –, ça fait du bien. Surtout que la chaleur (humide) ne diminue pas cette semaine. Un peu dur de ce côté-là... La nuit de sommeil à l’air clim a été appréciée, en tout cas.

 

Nous avons planifié la journée en prenant le petit-déj sur le balcon de notre chambre. Notre but, aujourd’hui : nous rendre au point qu’ils appellent ici le « bout du monde ».

 

Le bout du monde, ce n’est évidemment que le bout de l’île. Mais quand même, y’a quelque chose de particulier qui se passe dans nos têtes quand on dit qu’on se trouve sur un point géographique spécial, non ? L’endroit géographique le plus au sud de la planète, par exemple, celui le plus près de ceci, celui au carrefour de cela, etc... Ça m’avait fait cette impression, l’an passé, quand j’avais mis les pieds en plein sur la ligne équatoriale.

 

Ben là, aujourd’hui, c’était rendu le temps du point géographique le plus au nord de la Grande Terre. Je trouvais que la journée s’annonçait solennelle... Que voulez-vous, j’ai toujours été un peu romantique...

 

Nous sommes donc partis vers le nord. Ça n’a pas été long qu’on s’est retrouvé dans des travaux de construction. Ce n’était pas la première fois. Il y a beaucoup de travaux de construction sur l’île, c’est temps-ci. C’est un peu tannant. Tannant dans le sens que tout au long des travaux, les routes sont difficilement praticables pour une Titine qui ne ressemble en rien à un 4x4 ou à un pick up.

 

Elle a du mérite, la Titine, en passant, je vous jure. Et c’est un miracle que nous n’ayons fait aucune crevaison jusqu’à maintenant. Y’a un paquet d’endroits où ça aurait pu arriver et où ça nous aurait mis dans l’embarras pis pas à peu près. On croise les doigts pour que ça reste comme ça jusqu’à la fin...

 

Et dire qu’on avait songé à la laver avant de partir, ce matin. Ça aurait été complètement inutile, finalement, étant donné son état quand nous sommes revenus de notre périple de la journée. On aurait dit que nous revenions d’un rallye dans la cambrousse (ce qui était un peu le cas)...

 

Juste en sortant de Koumac, donc, bong ! en plein dans les travaux de construction... Et dans la gravelle, et dans la planche à laver, et dans les nids-de-poules, et puis quoi encore ? Ah oui : de la poussière en veux-tu en v’là. De la poussière rouge, à part ça. Car ici, dans cette partie du pays – comme dans l’extrême sud, apparemment –, la terre est rouge. Et pas rouge comme à l’Île-du-Prince-Édouard... Elle est plus orangée, ici. En tout cas, c’est beau. Avec les différentes teintes de vert qu’il y a partout, le mélange est spécial. Si j’étais peintre, j’aurais eu envie de mettre ça sur une toile. Je me suis contenté de prendre des photos.

 

Un moment donné, ils ont étendu de l’eau sur la terre de la route, probablement pour empêcher la poussière de lever. Mais ça a fait un dégât du tabarnouche sur la Titine. Vous jetterez un coup d’œil sur les photos pour voir ce que ça a donné, OK ?

 

Bon, à part ça : avant d’arriver à l’extrême nord, nous avions prévu faire un arrêt à Poum. Ben oui : Poum. Poum, ça s’écrit comme « boum ! », mais avec un p à la place du b...

 

Poum, c’est une commune de 1400 habitants. Elle comprend le village comme tel + un paquet de territoires inhabités + des tribus. Poum c’est aussi 85 % de Kanaks.

 

Nous sommes arrivés dans le village de Poum en même temps que la pluie. Ça a adonné de même. De la grosse pluie. Mais ça n’a duré qu’une vingtaine de minutes. C’est comme ça, la pluie, ici. Il fait beau, et tout à coup, poum ! heu... boum ! de la pluie... Et tout à coup, boum ! le soleil.

 

Je ne sais pas si c’était à cause de la pluie, mais Poum m’a paru lugubre comme tout. Ce village a beau être sur le bord de la mer, il a beau y avoir une belle plage, mais tabarnouche que ça semble plate ! Il y a bien un OPT (Office des postes et des télécommunications), une gendarmerie (eh oui : une gendarmerie) et quelques maisons, mais c’est à peu près tout. Quand j’arrive dans des bleds perdus comme ça (c’est la même chose au Québec), je ne peux jamais m’empêcher de me demander : mais qu’est-ce que les gens font de toutes leurs journées ? Il faut aimer la solitude, en tout cas...

 

Bon, ça a donc été Poum. Et presque tout de suite après, ça a été le départ de Poum pour le vrai but de notre expédition : le nord du nord, le bout du monde...

 

Ça n’a pas été évident... Dans le sens que c’est extrêmement mal indiqué.

 

J’ai d’ailleurs un reproche à faire ici à la Nouvelle-Calédonie : la plupart du temps, vos trucs sont très mal indiqués. Pourquoi ne mettez-vous pas des écriteaux qui sont clairs aux endroits stratégiques ? Aux intersections, par exemple ? Me semble que c’est élémentaire, ça, non ? Tout le monde n’habite pas votre patelin. Tout le monde ne connaît pas les routes par cœur dans votre région. Les touristes étrangers aimeraient bien suivre la route avec confiance et arriver à bon port en suivant des indications claires.

 

M’enfin... On est parvenu à destination, rassurez-vous, mais non sans mal.

 

La route s’est rapidement transformée en un (autre) sentier de brousse. Sans trop d’indications. Sans trop de maisons dans le coin. Et quand il y en avait (des maisons), ça n’inspirait pas du tout de s’y arrêter pour demander notre chemin.

 

Un moment donné, nous nous sommes arrêtés à une intersection, et nous sommes demeurés là quelques minutes, perplexes, tout seuls au monde, à nous demander si nous devions prendre à droite ou à gauche. Mais on a eu la chance de rencontrer presque la seule et unique auto qui roulait dans le coin. Le jeune Mélanésien au volant, extrêmement sympathique, s’est poliment arrêté et nous a indiqué la bonne route. Merci man...

 

Et puis, plus loin, alors que nous nous questionnions de nouveau à savoir où nous étions exactement, nous avons vu un Mélanésien (louche) qui se tenait seul sur le bord du chemin (de la trail) avec une carabine dans les mains, comme s’il gardait quelque chose. J’ai toute de suite suspecté qu’il gardait un champ de pote... J’ai passé tout droit avec, désormais, une sorte d’inquiétude dans le creux du ventre... Est-ce que nous étions quelque part où nous n’avions pas d’affaire, par hasard ? Glup...

 

Après quelques kilomètres supplémentaires dans un paysage toujours de fond de brousse, il a été question qu’on retourne de bord, étant donné qu’on commençait à désespérer d’arriver à bon port. Faut dire qu’on était encore devant une fichue intersection avec zéro panneau pour nous indiquer où aller.

 

Et puis, non, on a décidé de continuer en prenant une chance vers la gauche. Nous nous sommes aussitôt retrouvés sur un chemin de terre rouge très vaseux et extrêmement glissant qui longeait la mer. Inquiet de m’enliser, je me suis dit que j’allais continuer un peu, le temps de trouver une place pour faire un u-turn – et tant pis pour le bout du monde. Eh bien, savez-vous quoi ? Le bout du monde ne se trouvait finalement qu’à une centaine de mètres à peine devant nous.

 

Et nous y sommes parvenus comme ça, bong ! sans trop savoir comment. Il y avait même déjà une famille de touristes dans la place qui admirait le paysage. Mais ils avaient un 4x4, eux-autres, faut dire. Ils pouvaient aller n’importe où avec ça...

 

Nous y étions donc. La route coupait là, et la mer (la Boat Pass) s’étendait devant nous, bleue émeraude. Et en face, au loin, émergeaient deux immenses îles qui bloquaient la vue de l’horizon maritime – les îles (apparemment habitées) Yenghebane et Baaba.

 

Nous sommes restés là pendant une petite demi-heure, le temps de nous restaurer en savourant notre victoire sur l’adversité – et en admirant la place, bien sûr. Puis, nous sommes repartis.

 

Le chemin de retour a été effectué plus rapidement, et avec plus de confiance, mais avec autant de poussière. Nous avons bien rencontrés cinq Mélanésiens qui prenaient toute la largeur de la route, un moment donné, avec chacun une carabine sous le bras, mais nous avons fait semblant de rien, et zap ! (et glup !), on a passé à côté sans nous attarder. Ça a été OK...

 

Une fois revenus à Koumac, et pour ne pas perdre le reste de la journée, nous avons décidé d’aller visiter les « grottes de Koumac ».

 

Je ne sais pas ce que vous en auriez vous-mêmes pensé, mais déjà, avec les indications du Petit Futé, ça commençait très mal pour s’y rendre du premier coup. Voyez plutôt : « À 8 km du centre de Koumac, prenez à droite au rond-point de l’église [à droite de quoi ?], puis suivez une nouvelle fois la droite à la patte d’oie [la quoi ??], avant de tourner à gauche au panneau [quel panneau ?]. 400 mètres plus loin, suivez la droite [la droite de quoi ?] et passez le pont-gué. Bifurquez à droite 900 mètres plus loin. Prenez la piste de droite au bout de la route. »

 

Batêche...

 

Comme on ne comprenait rien aux indications du Petit Futé, et comme il n’y avait aucun panneau à la première intersection qu’on a frappée, et comme on y est allé au pif, eh bien, ça nous a pris quasiment une heure pour nous y rendre.

 

Rendu là, on savait qu’il y avait une petite grotte, accessible facilement. Et une grande grotte, difficilement accessible. On l’avait lu : « Cette dernière [la grande grotte] est plus difficile à trouver », disait le Petit Futé. Bon, ça promettait. Déjà que leurs affaires simples à trouver sont compliquées.

 

Et comme de raison, encore une fois, on n’a jamais trouvé la grande grotte. Il y avait pourtant – au début – un panneau très évident qui nous indiquait le chemin à suivre. « Grotte », qu’il disait, avec une flèche. Mais après ça : plus rien. Le sentier aménagé s’arrêtait au pied de rochers éboulés. On a eu beau monter les rochers, regarder partout, il n’y avait rien qui faisait penser à une sorte de sentier, ni aucun repère sur les arbres ou sur les pierres. Rien. Et le terrain était difficilement praticable. Les rares touristes qui se trouvaient là étaient aussi perplexes que nous.

 

Ça fait qu’on en a été quitte pour admirer seulement que la petite grotte.

 

Bravo Koumac pour toute cette peine que vous vous êtes donné pour nous faire visiter vos grottes. Une bonne main d’applaudissements au syndicat d’initiative.

 

Drôle de journée... Mais quand même, je suis heureux : je me suis au moins retrouvé au bout du monde, et ça m’a fait un petit frisson. Juste ça, ça a valu la peine, non ?

 

Yvan-Yvan

 

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22/03/2017
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