Les maudits vents

Les maudits vents

2014-02-25 --- Regard sur les populations

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De : Yvan Yvan – Nouméa

Date : mardi, 25 février 2014

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

Bon, oui, j’aimerais aujourd’hui vous parler des principales ethnies qui peuplent la Nouvelle-Calédonie. Je vais tenter de le faire sans porter de jugements. C’est difficile, ça, je sais. Mais j’essaierai de rester impartial en me basant sur deux choses : 1) sur des statistiques passionnantes ; et 2) sur l’objectivité de l’étranger avisé que je suis... pfff...

 

Si je dérape un peu, je demanderais quand même un peu d’indulgence aux quelques Calédoniens qui me lisent, d’accord ?

 

On commence sur la case départ, OK ? Les habitants de la Nouvelle-Calédonie s’appellent les Néo-Calédoniens. Mais dans les faits, on peut simplement dire Calédoniens.

 

Cela dit, les Calédoniens se divisent eux-mêmes en différentes ethnies, mais il y en a deux principales qui monopolisent à eux-seuls près de 70 % de toute la population : ce sont les Mélanésiens et les Européens. Deux mondes...

 

Les Mélanésiens...

 

Premièrement, savez-vous ce que c’est que la Mélanésie ? Si vous êtes comme moi, vous l’avez appris à l’école, mais vous ne vous en rappelez pas. C’est ça, hein ?

 

La Mélanésie, c’est l’un des trois grands regroupements des îles de l’Océanie – l’Océanie étant le nom donné à l’ensemble des îles de l’océan Pacifique. Les deux autres grands regroupements sont la Polynésie et la Micronésie.

 

Schématiquement, ça donne ça :

 

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Ce classement a été établi au XIXe siècle et avait pour but à l’époque de regrouper les îles de l’Océanie selon les caractéristiques morphologiques des ethnies en place et de leurs langues.

 

Tous les géographes rejettent aujourd’hui ce système – qui comporte quelques lacunes –, mais les noms sont quand même restés.

 

La Nouvelle-Calédonie faisant partie des îles mélanésiennes, les autochtones d’ici sont donc des Mélanésiens – logique. Mais les Mélanésiens qui habitent spécifiquement ici, en Nouvelle-Calédonie, se nomment les Kanaks. Sur place, on les appelle indifféremment les Kanaks ou les Mélanésiens – c’est kif kif. Et ils constituent aujourd’hui environ 40 % de la population du territoire.

 

40 %, c’est beaucoup. C’est pour ça que, contrairement à chez nous, les autochtones, ici, ben on les voit. Et on les voit même partout. Dans la ville de Nouméa, un habitant sur quatre est un Kanak. On ne peut donc pas les louper.

 

Les Mélanésiens ont subi le même sort que tous les autochtones du monde entier. C’est-à-dire que dès que les Blancs sont arrivés chez eux, ils ont été dépossédés de leurs terres et honteusement exploités. Ben oui. Est-ce que ça vous étonne ? C’est pour ça qu’ils se sont révoltés à plusieurs reprises (et violemment), et qu’ils ont réclamé (et qu’ils réclament encore) leur indépendance. Est-ce que ça vous étonne, ça aussi ?

 

Ils habitent en majorité dans le nord du Caillou – la région la moins riche de la Nouvelle-Calédonie –, et dans les îles Loyauté, où ils vivent selon un système tribal traditionnel. Ils se retrouvent également dans le sud de l’île (là où est située Nouméa), mais ils sont toutefois en minorité dans cette région-là. À Nouméa, ils habitent pour la plupart dans les quartiers les plus populaires (au nord de la ville) ; si ce n’est carrément dans les squats.

 

Les Kanaks ont la peau foncée. En règle générale, ils sont longilignes, élancés et dégagent une allure souple et féline. Leur barbe – lorsqu’ils en portent une – est plutôt broussailleuse ; ainsi que leurs cheveux. Ils sont souvent coiffés avec des locks (les hommes autant que les femmes).

 

D’après ce que j’ai constaté, les jeunes Kanaks établis en ville ont tendance à s’habiller de couleurs vives, avec des T-shirts bariolés et avec des vestes et des pantalons aux motifs de camouflage.

 

Parlant des jeunes Kanaks, un fait qui m’a sauté aux yeux a été d’en voir plusieurs vêtus comme si on gelait ben raide dans ce pays. Ils portent souvent des jeans et un gilet en coton ouaté avec une capuche qu’ils rabattent systématiquement sur leur tête. Même en plein jour ! Même en plein soleil !! Même en pleine canicule !!!... J’en ai même vu quelques-uns avec plusieurs épaisseurs sur le dos, et – le comble –  avec un anorak ! Le nordique que je suis est éberlué chaque fois qu’il voit ça... Il se dit qu’ils doivent cramer (rôtir) ben raide là-dessous...

 

Paraît cependant que ce phénomène est relativement nouveau. Ils feraient peut-être ça pour se différencier – et/ou pour provoquer. Un peu comme nos jeunes, chez nous, en somme, qui se promènent l’hiver, à -30º, nue tête, nues mains, shoe-claques délacées, manteau dézipé, la falle à l’air, j’ai même pas froid, c’est cool... Ici, en Calédonie, ce serait la même chose, mais le contraire, c’est-à-dire : j’ai même pas chaud, c’est cool...

 

Les femmes, elles, déambulent, jolies comme des cœurs, dans leurs « robes mission » de toutes les couleurs et qui font très exotiques. Je vous en reparlerai un jour de ces robes mission. Pour l’instant, l’espace me manque.

 

Au premier abord, les Kanaks adultes ont le regard un peu fuyant et méfiant. Mais ils sont finalement polis comme tout. Ils disent très facilement bonjour – et avec le sourire. Et pour peu qu’on les aborde pour leur poser une question, ils répondent très aimablement –, et avec le sourire, toujours.

 

Les jeunes, par contre, font souvent un peu craignos, menaçants, de par leur look général – et ils le font probablement exprès. Mais je ne sais pas encore que penser des dessous de cette façade. Jusqu’à aujourd’hui, il ne m’est arrivé qu’une seule anecdote pour m’en faire une idée...

 

C’était l’autre jour. Nous marchions dans la rue, en plein centre-ville. Devant nous, il y avait deux Kanaks, jeune vingtaine, baraqués comme des armoires à glace, habillés comme je les ai décrits plus haut, faciès de petite pègre, craignos grave au cube. Un moment donné, il y en a un qui nous a coupés sans le faire exprès et qui nous est presque rentré dedans. Lorsqu’il s’en est rendu compte, ben il s’est excusé gros comme le bras – gros comme son bras, qu’il avait énorme –, l’air sincèrement désolé. Ne voyant plus que de la gentillesse dans son regard, j’ai spontanément répondu : « Pas de problèmes, mon ti-t’homme »...

 

Ben non, je n’ai pas dit ça, vous vous en doutez bien... Mais son attitude m’a quand même (agréablement) surpris. Je ne m’attendais pas du tout à ça.

 

Comme quoi, les apparences, des fois...

 

Les Européens...

 

Quant aux Européens, ben ce sont évidemment les Français – en grande majorité. Ils constituent 29 % de la population calédonienne (mais 43 % de la population nouméenne). Il y en a deux sortes...

 

Premièrement, il y a les Français de souche ; c’est-à-dire ceux qui sont nés ici, et dont les familles sont établies sur le Caillou depuis plusieurs générations. On les appelle les Caldoches, mais apparemment qu'ils n'aiment pas se faire appeler comme ça. Ils préfèrent le terme Calédoniens. Alors, va pour Calédoniens, OK ?

 

Les Caldoches... heu... les Calédoniens sont surtout installés en brousse – c’est-à-dire à l’extérieur de Nouméa – vers le nord. Plusieurs possèdent des terres tout le long de la côte ouest, et font l’élevage de bétail. Ceux-là, ce sont les cow-boys de la Nouvelle-Calédonie – ils organisent même des rodéos.

 

Et puis, il y a les Zoreilles. Drôle de surnom, hein ? L’étymologie exacte de ce mot est un peu confuse. On dit aussi les Métropolitains. Les Zoreilles sont les Français qui ne sont pas nés ici et qui sont seulement de passage dans l’île.

 

Plusieurs Français, en effet, ne viennent ici que pour occuper un emploi (un contrat) d’une durée limitée : des éducateurs, des ingénieurs, des professionnels de toutes sortes. Ils s’établissent pendant trois ou quatre ans, et puis zip, ni vus ni connus, ils s’en retournent chez eux – en métropole, comme ils disent – après avoir passé du bon temps au soleil.

 

Quelques-uns – tel que l’a fait ma charmante hôtesse – décident de rester et de s’installer à demeure. Mais ça n’en fait pas des Caldoches pour autant. Si tu n’es pas né ici, Zoreille tu es, et Zoreille tu resteras toute ta vie.

 

La très grande majorité des Zoreilles vivent dans l’agglomération de Nouméa.

 

Cela dit, j’ai rapidement compris que les deux communautés – Kanaks et Européens – n’entretiennent pas vraiment de liens étroits entre eux. Et ils ne fréquentent pas trop les mêmes lieux. Ils cohabitent, sans plus. À Nouméa, les Kanaks vivent surtout au nord et nord-ouest de la ville (quartiers plus populaires) ; les Européens au sud et nord-est (quartiers plus opulents). Les Kanaks sont plutôt pauvres. Les Européens sont plutôt riches. Et ainsi de suite. Et ainsi va la vie.

 

Mais heureusement, les enfants se partagent les mêmes classes, dans les mêmes écoles...

 

Les autres...

 

Les 30 % restants de la population se subdivisent en plusieurs petites communautés, dont les métis (8 %), mi-Kanaks, mi-Européens, qui ne savent pas trop sur quel pied danser question identité.

 

Parmi les communautés ethniques les plus visibles, citons les Wallisiens (9 %), qui viennent des îles Wallis-et-Futuna, dans l’Océanie polynésienne ; îles qui appartiennent – celles-là aussi – aux Français.

 

Physiquement, les Wallisiens sont reconnaissables à la charpente impressionnante de leurs corps. Très costauds en général (les femmes autant que les hommes), ils sont souvent embauchés – pour cette raison – comme gardiens de sécurité (les hommes, pas les femmes).

 

Fait à noter : les Kanaks et les Wallisiens se regardent en chiens de faïence, paraît-il. Autrement dit, ils ne s’aiment pas vraiment...

 

Et puis, il y a aussi les Asiatiques (3 %), qui sont surtout des Chinois, des Vietnamiens et des Indonésiens. Ils ont même leur propre quartier dans la capitale... M’enfin, quartier, quartier... faut le dire vite. En réalité, il s’agit plutôt de quelques rues du centre-ville...

 

Les Asiatiques gèrent surtout des commerces. Ils détiennent entre autres le monopole des dépanneurs (ben oui, ici aussi...). À propos, ici, on ne dit pas qu'on va au dépanneur. Non, on dit plutôt qu'on va chez le Chinois.

 

Ils tiennent aussi des magasins de guenilles et de cossins. Quand les Nouméens ne veulent pas payer un produit trop cher, encore une fois, ils vont « chez les Chinois », où ils trouvent un peu de tout, en vrac. Mais faut pas être difficile sur la qualité de la marchandise – made in China, tsé veux dire...

 

Voilà, ça fait un petit topo très rapide des gens qui m’entourent. Avant de vous quitter, je vous fais cadeau de ce magnifique tableau de statistiques ; tableau qui fait le résumé de ce que je vous ai dit précédemment... C’est gentil, non ? À noter que les chiffres sont tirés du recensement de 2009.

 

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À plus, les amis

 

Yvan-Yvan

 



24/03/2017
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