Les maudits vents

Les maudits vents

2014-02-06 --- Sur le minuscule îlot Canard

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Nouvelle-Cal--donie--diverses-chroniques--05a.jpg

 

De : Yvan Yvan – Nouméa

Date : jeudi, 6 février 2014

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

La Nouvelle-Calédonie, c’est un ensemble d’îles dont on ne finit jamais d’en faire le décompte. Il y en a quelque chose comme... je ne sais pas, moi... entre 150 et 200, environ (peut-être même plus). Certaines sont de dimensions plus qu’appréciables – comme le Caillou et les Îles Loyauté. Tandis que d’autres ne sont à peine que de simples récifs.

 

Entre les deux, il y en a une panoplie dont on peut vite faire le tour à pied. Beaucoup sont accessibles librement ; tandis que d’autres sont interdites, étant des réserves écologiques pour oiseaux protégés, ou pour d’autres motifs...

 

Bref, il y en a une pis une autre.

 

Au large de la capitale (ai-je dorénavant besoin de spécifier le nom de cette capitale ?), on en compte moins d’une dizaine, dont deux qui sont facilement accessibles : l’îlot Canard et l’îlot Maître.

 

L’îlot Canard est situé à environ 1 km de la terre ferme. Quant à l’îlot Maître, mettez à peu près 2 ½ km de plus. Les deux sont aménagés pour recevoir les visiteurs. Et des visiteurs qui veulent s’y rendre, ben c’est pas ça qui manque dans le coin – surtout pendant les jours de week-end. Des bateaux-taxis y font la navette aller-retour plusieurs fois par jour (prix des billets : îlot Canard = 15,50$ ; îlot Maître = 35,50 $ ; comme pour tout le reste, c’est pas donné).

 

Sur l’îlot Maître – la plus éloignée et la plus grande des deux – est érigé un hôtel sur pilotis. Vous voyez le genre ? C’est beau, mais sortez vos bidous, bien sûr, si ce genre de trip vous intéresse.

 

On peut par contre très bien se rendre sur l’îlot Maître sans séjourner dans cet hôtel. Beaucoup le font juste pour profiter des plages et de certaines autres commodités Je le ferai sans doute moi-même un jour pour vous en reparler, mais pour le moment, comme on ne peut pas tout faire en même temps, je me suis contenté de me rendre au plus petit, c’est-à-dire l’îlot Canard

 

L’îlot Canard, donc... Bizarre de nom étant donné qu’il n’y a aucun canard qui cancane sur cette île ; et qu’on n’y danse pas non plus la danse des canards... L’affaire c’est que, autrefois, la baie de l’Anse Vata s’appelait la baie des Canards. Et l’île portait le même nom par extension. Un puis un beau jour, la baie des Canards a changé de nom. Mais pas l’îlot. Cherchez pas à comprendre pourquoi.

 

Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « l’îlot », cependant. Il mesure environ 150 mètres par 60 ; pour une superficie de 0,02 km2. Même s’il y a quelques arbres dessus, c’est pas sur ce grain de poussière qu’on risque de se perdre.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Ilot-Canard-1.jpg

 

C’est par un dimanche matin ensoleillée que nous avons décidé de nous y rendre en kayak moi et ma blonde. Le ciel était bleu, la marée était haute, le vent était faible. Bref, les conditions étaient idéales. Alors, go.

 

Pour ma part, j’étais prêt à m’élancer vers le large comme ça, pagaie à la main, voilà tout. Mais avec une veste de sauvetage, quand même. Ne pas savoir nager inspire une certaine prudence. Mais à part ça, rien de plus : on embarque pis on part !

 

C’est ma charmante hôtesse, davantage habituée que moi à ce genre d’expédition, qui m’a ramené à l’ordre et qui nous a un peu plus équipés : casquettes, lotion antisolaire, eau, vivres, appareils-photos, palmes, tubas, carnets de note, bouquins...

 

D’accord...

 

La traversée s’est bien déroulée : seulement que quelques vagues, causées par les bateaux-taxis qui s’en donnaient à cœur joie tout autour de nous. Mais pour ma toute première expérience en kayak solo – et en pleine mer –, je trouve que je m’en suis tiré comme un pro, vitesse en moins.

 

Le bateau-taxi et le kayak ne sont pas les seuls moyens de transport pour se rendre à cet endroit. Entre autres, des gens s’y rendent et en reviennent à la nage, en palmes, en stand up paddles, en bateaux à moteur, en moto marines, en planches à voile, et j’en passe. De sorte que nous n’étions pas seuls dans la baie. Ça aurait même pris un agent de circulation, genre, pour prévenir les accidents de la route... heu, de la mer... – ben non, je vous niaise un peu, là...

 

Et du coup, plus on approchait, et plus je me rendais compte que l’île était déjà surpeuplée. Il y avait du monde partout : sur la plage, et dans l’eau. Ayoye ! Accoster dans ces conditions relevait du défi. « Où » accoster, premièrement ? J’ai proposé de faire le tour et de tenter notre chance de l’autre côté. Pas de problèmes...

 

Ce petit détour m’a permis d’admirer la mangrove à marée haute. La mangrove, en gros, c’est un écosystème de marais maritimes présents dans les zones de marées. Dans ces endroits, les arbres près du littoral poussent directement dans l’eau.

 

Cette minuscule mangrove-là – celle du sud de l’îlot Canard – est interdite au public dans un but de gestion durable de l’environnement.

 

Rendus de l’autre côté de l’île, bong ! il y avait presque autant de monde qu’en avant. Et moi qui pensais vivre une expérience d’île déserte (musique hawaïenne, ici), tout seul au monde avec ma blonde, allongés tous les deux sur les plages de sable fin... Eh bien, ce plan a foiré.

 

On a accosté là où la plage se terminait et où la mangrove débutait. Le coin devait paraître plutôt sauvage pour ceux déjà en place, car il était libre. Tant mieux pour nous, en tout cas. Mais quand je dis que le coin était libre, on s’entend, hein ? Comme dimensions, ça ressemblait étrangement à celles de mon cubicule lorsque j’étais fonctionnaire du gouvernement – jadis, hi hi...

 

Aussitôt débarqués, aussitôt prêts à aller explorer ce nouveau territoire. Je suis donc parti en pionnier, machette à la main, pour ouvrir un chemin à travers la brousse, et en faisant fi des animaux sauvages peuplant la jungle.

 

Ben non, je vous niaise encore !

 

En fait, un petit sentier était aménagé pour se rendre au milieu de l’îlot, là où se dressait un resto-bar. Et à peine trente secondes ont suffi pour s’y rendre.

 

C’était sympathique comme tout. La place est très jolie, très bien aménagée, avec des tables sous un faré (case traditionnelle polynésienne), et des œuvres d’art mélanésiennes exposées un peu partout. Les serveuses et serveurs derrière le bar vous accueille avec un « Bonjour m’sieur-dame ! » tout enjoué.

 

De l’autre côté de l’île, là où il y a la plus grande plage... ben disons que c’était très... très touristique... Il y avait des dizaines et des dizaines de transats alignées en deux ou trois rangées, certains avec parasols, d’autres pas... Pas vraiment moyen de s’installer à cet endroit et de profiter de la plage, en étendant une natte directement par terre, par exemple. J’ai fait un peu le saut, je vous avoue... C’est que je ne suis déjà pas trop habitué à la plage... alors, encore moins à ce genre de plage là...

 

Ça fait que nous avons décidé de revenir sur nos pas en longeant le bord de l’eau. Ça nous a pris cinq minutes à retrouver nos embarcations – l’île est petite, je vous l’ai dit.

 

Il y a un sentier sous-marin de corail au nord de l’île – en face de la plus grande plage et des transats – que l’on peut explorer avec palmes et tuba. Mais encore une fois, il y avait beaucoup trop de monde à mon goût. J’ai laissé faire, mais en me promettant de revenir durant la semaine. Paraît que c’est moins full côté foule (jeu de mots).

 

Après une petite pause soleil durant une heure, ça a été le départ pour le retour sur le Caillou.

 

Mais houla houla houla ! Le vent s’était levé entretemps et la marée était dans son descendant (on dit reflux, jusant, èbe ou perdant – parlons bien). Le voyage de retour ne s’annonçait pas du tout aussi facile que celui d’aller. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

 

Si vous aviez vu les vagues ! Au bout d’une dizaine de minutes à peine, j’étais mouillé comme un pitou piteux sous la douche.

 

Bon, OK, OK, pour quelqu’un d’habitué, c’est sûr qu’il aurait ri de ces petites vaguelettes de même pas bonnes pour surfer. Mais pour moi, pauvre kayakiste en herbe et ne sachant pas nager, et me sachant au-dessus d’une mer dont je ne voyais pas le fond, ben c’était plutôt impressionnant. Surtout que ma partenaire disparaissait régulièrement et presqu’entièrement derrière les vagues, à ma gauche.

 

Pourtant, le premier moment de surprise passé, et voyant que rien ne voulait chavirer, j’aurais finalement pris plaisir à ces nouvelles sensations – j’aurais même trippé comme un gamin. L’affaire, c’est que je voyais également avec horreur l’étui de mon appareil-photo qui s’imbibait d’eau, ainsi que mon sac à dos rempli de choses dont il aurait été préférable qu’elles restent sèches.

 

Le retour a pris... je ne sais pas... peut-être une demi-heure ou trois-quarts d’heure ? Avec une marée qui tirait l’embarcation vers la droite, au large. De sorte que je devais donner deux coups de pagaie à droite pour un coup de pagaie à gauche. Sur le coup, j’ai cru que je musclerais difforme – tout ce qui nous passe par la tête, des fois, c’est pas possible...

 

Mais on en est venu à bout – on vient toujours à bout de tout (ça, c’est Lao Tseu qui l’a dit).

 

Bilan de la sortie : très positif dans l’ensemble. Le seul hic a été la foule. Mais que voulez-vous : on n‘est vraiment pas seul au monde...

 

J’ai hâte d’y retourner lorsqu’il y aura moins de monde. Le sentier de corail m’a manqué – d’autant plus que j’aurais bien voulu vous en parler. Mais il n’en tient qu’à moi : l’îlot Canard n’est qu’à une demi-heure d’ici, finalement...

 

J’espère que cette petite aventure vous a plu.

 

À notre prochain rendez-vous !

 

Yvan-Yvan

 



23/03/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi