Les maudits vents

Les maudits vents

2012-01-18 --- Fortifications, mosquée et foule

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De : Yvan Yvan – Delhi

Date : mercredi, 18 janvier 2012

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

On me dit que la température est le fun par chez-vous… tempête de neige, quelquefois plus froid que - 20o et tout le reste de ces belles joies de l’hiver…Profitez-en bien, car ça achève… Mon auto doit être gelée ben raide dans son stationnement, et enterrée dans un banc de neige. Pauvre elle… hi hi…

 

Bon, aujourd’hui…

 

Marguerite et Daniel sont partis de leur bord, en petit couple ; et moi, je suis parti du mien, en single. Mes deux compagnons, étant très amateurs d’art contemporain, tenaient à voir des galeries de ce genre-là pendant qu’ils étaient à Delhi. Pour ma part, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Ça fait qu’on s’est séparé à midi, en se donnant rendez-vous au pied de l’India Gate à 19h00.

 

J’ai pris un rickshaw et je me suis dirigé tout droit dans le quartier de Chandni Chowk. J’ai commencé par visiter un fort : le Red Fort. Pourquoi ce nom de Red Fort ? Parce que c’est un fort rouge… (Ah ! Je suis certain que vous vous attendiez à quelque chose de plus compliqué…) Ben oui : ses remparts sont faits de grès rouge.  Il est aussi appelé le Palais-fort de Shahjahanabad ou encore Lal Qil’ah. Pour plus de commodités, je crois qu’il serait préférable de continuer à l’appeler le Red Fort. Prix d’entrée pour les Indiens : 10 roupies (20 ¢). Prix d’entrée pour les étrangers : 250 roupies (5 $). Ben coup donc… Une fois leur ticket en poche, les visiteurs font la file devant une barricade dans laquelle se tient un homme armé d’une mitrailleuse : les gars à droite, les filles à gauche, pour la fouille corporelle (yes) par l’armée. J’ai même dû vider mon sac à dos et allumer ( ! ) mon laptop…

 

Je vous épargne l’historique du fort (qui date de plus de quatre siècles) pour ne pas vous endormir, mais je vous réfère à Internet si le sujet vous intéresse. Une chose peut-être… En 1947, lorsque l’Inde a obtenu son indépendance, c’est du balcon de Lahore Gate (la porte principale du fort) que le grand Nerhu a fait son discours officiel (« Je déclare officiellement la naissance de notre pays, blablabla »). Moi qui ai beaucoup lu sur cet épisode, ça m’a ému de l’imaginer, là, en haut, juste devant moi. Le fort est aussi un des sites patrimoines mondial de l’UNESCO.

 

Ah oui… Voilà à peine onze ans (en décembre 2000), des terroristes ont procédé à une attaque à cet endroit en tirant dans les gens. Il y avait eu trois morts. De là, les précautions extrêmes de sécurité qui sont prises à l’entrée.

 

Bon, Après ça… Après ça, c’est là que j’ai pogné une sorte de spleen….

 

Je voulais faire le trajet proposé dans le Guide Voir : descendre Chandni Chowk, tourner dans des ruelles-bazars jusqu’à la mosquée Jami Masjid. Ça s’avérait du gâteau (sur papier)… Mais la réalité m’a rattrapé au bout de seulement trois pas.

 

J’ai premièrement vu un mur devant moi (la foule). J’ai foncé sur le mur. Et celui-ci m’a aspiré en lui – zzzzziiiiipppp ! C’est là que je me suis retrouvé dans un autre monde, un monde parallèle ; pas ici sur Terre, en tout cas. Je croyais avoir vu de la foule compressée et de la circulation démente à Calcutta, mais là je crois que ça a battu tous les records. Plus que ça, tu te retrouves avec mille personnes squizées dans un ascenseur. En comparaison, la Fifth Avenue de New York en pleine effervescence ressemble au désert du Sahara.

 

Tout en étant sollicité et harcelé par les vendeurs de cossins à tous les dix pas, j’avançais comme je pouvais, en surveillant ma gauche, ma droite, en haut, en bas, en avant, en arrière, en dedans… Pas moyen d’arrêter une seconde, car je me faisais aussitôt rentrer dedans, bousculé, piétiné, écrasé… Marcher sur le bord de la rue était quasiment suicidaire : un seul faux mouvement du côté des autos et je risquais de me faire faucher par la cohue motorisée qui filait au plus fort la poche à travers le monde. Lorsque j’ai voulu traverser une rue, j’ai fait semblant de rien et je me suis accroché aux basques d’un Indien qui semblait habitué. Ils le sont tous, de toute façon – habitués. Ils s’en vont là-dedans comme si de rien n’était : en jasant, en riant, en avançant nonchalamment… Probablement qu’ils sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits. En parlant de petits, les enfants vont et viennent dans ce capharnaüm, apparemment seuls, tout autant que les adultes. Les parents occidentaux deviendraient complètement paniqués et capotés de voir ça.

 

Ce que j’ai vu de plus cocasse pendant cette marche effrénée… Un père qui avançait en tenant la main de sa fillette de 3-4 ans (qui ne voyait évidemment rien du tout devant elle). Tout à coup paf ! elle trébuche. Entraînée par son père, elle replace sa tuque et continue sans dire un mot. Tout à coup paf ! elle se cogne le front sur une barre de métal. Entraînée par son père, elle replace sa tuque et continue sans dire un mot encore une fois. Et ainsi de suite, de paf ! en paf ! (replace sa tuque et continue sans dire un mot) jusqu’à temps que je les perde de vue.

 

Ce que j’ai vu de plus inusité… Un brosseur de dents (les dents des autres) en plein travail au milieu de la foule (indifférente) – imaginez cette scène au Québec. Et des nettoyeurs d’oreilles, eux aussi en pleine action. Comme vous voyez, il y a toutes sortes de métiers dans le coin… Nettoyeur d’oreilles bouchées en plein air, ça ne vous tenterait pas de partir cette sorte de business-là par chez vous ?

 

Rendu au bout de Chandni Chowk, je n’en pouvais plus. M’enfoncer dans les ruelles-bazars surpeuplées ne me disait plus rien (Y’en a marre des bazars, Balthazar)… J’ai préféré faire demi-tour et revenir sur mes pas (autre périple, mais en terre connue, cette fois). Et je me suis rendu à la mosquée Jami Masjid par un chemin un peu plus tranquille

 

Juste avant, faut que je vous dise qu'il fallait laisser nos souliers (contre quelques roupies, évidemment) à l'entrée de cette mosquée. En voyant la pile de souliers et de sandales qui se trouvaient déjà là, dans un indescriptible fouillis, je me suis dit que je ne les retrouverais jamais et que j'en serais quitte pour retourner à l'hôtel nu-pieds...

 

La mosquée était grandiose. C’est la plus grande de l’Inde. Elle peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. Et il paraît que les vendredis, pour la prière, elle est envahie par une « marée humaine » (expression du Guide Voir). On est mercredi. Je l’ai donc échappé belle… Si ça avait été vendredi, Allah m’aurait emmené dans son royaume, c’est sûr…

 

Après ça, je me suis senti dû pour un repos dans une place tranquille (dans une bulle, seul, seul, seul…). Ma chambre d’hôtel me paraissait le seul endroit disponible. Mais avant de m’y rendre, mes peines n’étaient pas encore terminées. Nouvelle balade en rickshaw… qui a sûrement duré le double du temps de ce matin (il était dans les 16h30, je crois). Assis juste derrière le chauffeur, je me suis imaginé en train de conduire moi-même ce minuscule bidule à moteur et me débrouiller dans cette apocalypse. C’était juste en pensée, et j’ai failli virer complètement débile. Qu’est-ce que ça aurait été en vrai ? Quand quelqu’un vous dira qu’il y a surpopulation en Inde, ne le croyez surtout pas : il sera bien en-dessous de la réalité……

 

Comme convenu, à 19h00, j’ai rejoint mes compagnons à l’India Gate et nous avons fini ça dans un restaurant.

 

Nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas du tout passé la même sorte de journée. Pour leur part, Marguerite et Daniel se sont payés les services d’un chauffeur de rickshaw privé pour toute la journée (traitement VIP, svp). Celui-ci, gentil comme tout – je le confirme –, les a trimballés dans les galeries d’art et dans les marchés de quartiers riches. Ils ont vu l’opulence de la ville. Paraît que Delhi est très belle par endroits : grandes artères, propreté, arbres, espaces verts... Je les crois sur parole, en attendant de le constater moi-même. Ce que je ferai peut-être demain.

 

Et c’est sur ce que se termine cette nouvelle page des aventures d’un Occidental toujours aussi dépaysé qu’à son arrivée.

 

Ici, Yvan-Yvan, l’Occidental en question, en direct d’une galaxie près de chez vous.

 

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18/03/2017
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