Les maudits vents

Les maudits vents

(13) 4 juin 2018 - Goodbye Alabama

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3 000 km avec une poussette (ou ma longue marche en solitaire dans les USA)

Chronique # 13 – Goodbye Alabama

Lundi soir, le 4 juin 2018

Gaylesville (Alabama, USA), dans un garage (Riverside Line)

 

Quatre jours se sont écoulés depuis que j’ai fait ma petite et très rapide visite touristique de la ville de Selma, en plein milieu de l’état de l’Alabama…

 

Je me trouve présentement dans un « village » qui s’appelle Gaylesville. J’ai mis le mot village entre guillemets, car il s’agit à mon avis d’une exagération. D’après moi, il y avait un trop gros vide sur la carte routière, que les autorités ont voulu combler en inscrivant n’importe quoi dessus

 

Le « coin de rue » de Gaylesville, donc, comprend un Town Hall aux portes barrées, une station-service fermée et abandonnée, un commerce d’autos usagées qui semble fermé lui aussi, et une maison où je n’ai perçu aucune activité. À part ça, il y a une école dans un champ, d’accord, mais je me demande d’où viennent les enfants qui étudient dedans, car il ne doit pas y avoir plus d’une trentaine de maisons dispersées ici et là dans de petites rues adjacentes.

 

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Mais qu’à cela ne tienne, j’ai quand même réussi à me trouver un toit pour la nuit dans cet endroit paumé. Dans un garage. La la lèèè re…

 

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Et les propriétaires de cet abri rudimentaire – un couple de retraités d’une extrême gentillesse – m’ont permis de m’y installer. Ils m’ont même offert de prendre une douche dans leur maison – en face –, et ils m’ont également préparé un souper complet qui m’a fait extrêmement de bien. Eh oui : comme on peut le constater, ma journée s’est encore une fois très bien terminée, malgré l’absolue « désertitude » de l’endroit.

 

Cela dit, je me trouve en ce moment à 11 km de la frontière de la Géorgie. Je franchirai cette dernière demain matin, très tôt (voir la capsule encyclopédique à la fin de cette chronique).

 

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Et c’est à partir d’ici que mes comptes-rendus de voyage prendront une nouvelle forme…

 

J’avais mentionné, au début, que les deux premières semaines de mon périple avaient été heavy métal, dans le sens que tout plein de problèmes m’étaient tombés dessus en même temps, et drette à ce moment-là. On conviendra par ailleurs que ça a effectivement été le cas : une agression dès le premier soir, les mouches des bayous de l’enfer, des ampoules aux pieds grosses comme des œufs de Pâques, une infection à la jambe, un séjour à l’hôpital, la canicule, une menace de tempête subtropicale, des orages… Mazette, j’avais hâte d’avoir un petit lousse un moment donné.

 

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Eh bien, on dirait bien que ça y est (et je dis ça en croisant les doigts) : presque tous les gens que je rencontre sont maintenant extrêmement gentils, les mouches ne sont plus revenues m’achaler, mon infection est chose du passé, Alberto est parti jouer ailleurs, et la canicule s’est un peu apaisée (du moins aujourd’hui).

 

De sorte que mon voyage ressemblera désormais à quelque chose d’un peu pantouflard. Et pour ne pas assommer les lecteurs avec des propos redondants, je ne vais dorénavant raconter que quelques moments forts qui sont survenus ici et là… De cette façon, l’on risquera moins de s’endormir d’ennui à la lecture de mes futurs écrits…

 

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Du moins, je l’espère !

 

Et ça commence ainsi…

 

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Fin de la canicule ? (on peut toujours rêver…)

 

La canicule a évidemment continué de sévir. Mazette ! Je serai toujours surpris de constater à quel point le corps s’adapte à toutes les situations. Car il s’est adapté, oui – m’enfin plus ou moins –, à cette chaleur d’étuve. L’humidité n’a pas lâché, sauf aujourd’hui.

 

Ça a été en effet la première fois depuis mon départ où j’ai bénéficié d’un peu d’air frais. Il faisait encore chaud, certes, mais le taux d’humidité m’a au moins laissé un peu de répit. Ce qui a été le bienvenu ! Et en espérant que ça va continuer comme ça…

 

Mon premier col

 

J’ai franchi mon premier col, hier : une côte à pic (environ 8 %) d’environ 2 km de long. C’était un genre de pratique pour l’avenir. J’en ai sué une claque en poussant mon pout-Pout à bout de bras. Mais en haut, une petite brise m’a accueilli, gracieuseté sans doute de mon Ange gardien qui voulait me récompenser de mon effort !

 

Dodo à l’air climatisé

 

Et hier également, à Ahsville, je me suis arrêté à une église, comme j’essaie toujours de le faire à la fin de mes journées.

 

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J’ai été chanceux : le pasteur était sur place. Et je lui ai demandé la permission d’installer mes pénates sous le large porche situé derrière l’édifice.

 

Faisant preuve d’une générosité toute chrétienne, il m’a plutôt offert de coucher dans l’église !

 

Bong !

 

J’en ai pleuré aux larmes – discrètement, bien sûr. Et j’ai pu ainsi profiter de la salle de bain pour me laver à fond, de l’air climatisé pendant toute la nuit, et de la chapelle pour me recueillir pendant quelques minutes avant de m’étendre à l’arrière, sur mon matelas.

 

La chienne Alabama

 

Mais l’anecdote la plus singulière de ces quatre derniers jours est survenue avant-hier, samedi, le 2 juin…

 

En sortant du petit village de Jemison, ce matin-là, une agréable surprise m’attendait…

 

Je marchais bon train sur la route lorsqu’un bruit insolite m’a fait me retourner. Et quelle n’a pas été mon étonnement de voir un chien qui me suivait. En fait, c’était une chienne. Une chienne sans race précise, mais qui physiquement, se rapprochait du Labrador retriever. Elle ressemblait vaguement à la photo ci-dessous (même couleur) :

 

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Elle était sortie de je ne sais où, et elle s’était attachée à mes pas. Elle semblait m’avoir spontanément adopté, comme ça, par instinct…

 

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Sur le coup, j’ai trouvé ça rigolo. Mais j’ai rapidement commencé à m’inquiéter, car elle courait un peu n’importe où et n’importe comment : sur le bas-côté, certes, et dans les fourrés, mais aussi sur la route. De sorte que les autos étaient quelquefois forcées de faire des écarts, et même d’arrêter carrément pour ne pas la frapper. Et les conducteurs klaxonnaient, évidemment, en s’en prenant à moi, croyant que cette chienne m’appartenait – d’autant plus qu’à cause des DRR-DRR, je prenais moi-même beaucoup de place avec mon Pout-Pout dans le chemin.

 

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Mais comme ce genre d’incident n’arrivait pas trop souvent, et comme cet animal semblait vouloir demeurer avec moi, je me suis rapidement fait à l’idée que j’allais faire tout le reste du voyage avec elle par la force des choses. Je lui ai même donné un nom : Alabama. Et je me suis mis à lui parler tout au long de la route tout en tentant de prévoir ce que cette adoption impliquerait en termes de responsabilités à long terme.

 

Je n’ai pas été long, par contre, à réaliser qu’il s’agissait d’une vieille chienne. Étant donné la vitesse à laquelle j’avançais (plus ou moins 7 km/hre en moyenne sur le plat), elle haletait et elle avait peine à me suivre. De sorte que lorsque nous sommes arrivés au prochain village (Calera) et que je suis entré dans une station-service pour procéder à quelques achats, elle s’est écrasée à côté de mon Pout-Pout, visiblement exténuée.

 

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Et j’ai bien vu que ce serait irréaliste qu’elle me suive jusqu’au Québec de cette façon. Et cela m’a bien embêté. Qu’est-ce que j’allais faire ? L’abandonner à son sort ? Je n’étais pas du tout à l'aise avec cette idée…

 

Lorsque je me suis remis en marche, elle s’est de nouveau élancée derrière moi. Mais avant de partir pour de bon, j’ai dû demander des renseignements à deux jeunes hommes Noirs sur le bord du trottoir pour connaitre la façon de sortir de cette ville. Une fois en possession de mes informations, je suis venu pour repartir lorsque les deux m’ont interpelé en me disant que j’oubliais mon chien.

 

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Alabama était en effet restée assise entre les deux mecs, la langue pendue jusqu’à terre, et elle ne semblait plus vouloir bouger de là.

 

Je leur ai expliqué que ce n’était pas mon chien, et à tout hasard, je leur ai demandé si ça leur tenterait de l’adopter. Et à mon grand étonnement, l’un des deux a accepté d’emblée ! Et c’est comme ça que le problème a été réglé.

 

Je me suis alors dit que ça avait été ma mission de la journée : cette chienne, qui avait probablement été abandonnée, avait besoin d’un nouveau maître, et je l’avais conduite jusqu’à lui.

 

Belle histoire, hein ?

 

Au moment où j’écris ces lignes, j’aime à penser qu’elle se trouve toujours entre de bonnes mains.

 

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Rides en pick-up

 

Pour terminer, juste dire que j’ai bénéficié de deux autres lifts en pick-up ces quatre derniers jours :

 

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- J’ai rapidement regretté d’avoir accepté le premier, par contre. Une fois dans le véhicule, je me suis rendu compte que les trois mecs qui y prenaient place étaient légèrement pompettes. Même que le conducteur tenait le volant avec une bière entre ses deux jambes – comme dans le bon vieux temps des années 70, au Québec. Et je me suis mis rapidement à être nerveux. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps : comme ils tournaient pour se rendre à Birmingham et que je continuais moi-même tout droit, vers le nord-est, ils m’ont débarqué au bout de seulement 15 km. Merci, et bonne chance, les mecs !

 

- Le deuxième lift – cet après-midi – a été beaucoup plus sympathique. Deux vieux joyeux lurons du nom de Bill et Marvin m’ont embarqué dans leur pick-up datant de l’époque antédiluvienne et m’ont conduit sur une distance de 37 km. Ils m’ont débarqué pas loin d’ici après avoir fait un détour pour m’accommoder.

 

Les deux rides mises bout à bout m’ont fait gagner une journée de marche.

 

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Sur la carte ci-dessous, la flèche rouge indique tout le chemin que j’ai parcouru jusqu’à maintenant (après un peu plus de 2 semaines complètes – 16 jours)

 

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J’avance bien, hein ? Mine de rien, j’ai déjà complété 30 % de mon voyage. Mais faut dire que là-dessus, j’ai fait 214 km en pick-up (l’équivalent d’environ 4 jours de marche) et que j’en ai marché 710.

 

Curieusement, c’est dans le sud des États que les offres de lift auront été les plus fréquentes. En fait, 75 % de tous mes kilomètres faits en pick-up l’auront été dans le Mississippi et en Alabama.

 

En d’autres termes, je marcherai dorénavant pas mal tout le temps d’ici la frontière du Québec – notamment dans les montagnes de la Virginie-Occidentale, là où des lifts auront pourtant été les bienvenus, justement !

 

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SAMEDI, 1er JUIN À LUNDI 4 JUIN 2018

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LA CAPSULE ENCYCLOPÉDIQUE

DES MAUDITS VENTS

 

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Demain matin, j’entre donc en Géorgie…

 

Ne pas confondre ici la Géorgie, un état des États-Unis, et la Géorgie, un pays de l’Europe de l’Est, dans le Caucase.

 

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Juste au cas où ce ne serait pas clair, je ne suis pas du tout dans le Caucase en ce moment.

 

Population de la Géorgie : environ 10,4 millions

 

La capitale de la Géorgie est également sa plus grande ville : Atlanta. Cette ville compte environ 420 000 habitants, mais si on inclut son agglomération au grand complet, on parle plutôt de 6 millions. C’est la grosse éclaboussure rouge sur la carte ci-dessous. C’est big : en fait, 60 % de la population de la Géorgie habite cette zone.

 

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Parlant d’Atlanta, j’ai appris que cette ville est dans le top 10 des villes les plus dangereuses des États-Unis.

 

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Raison de plus pour l’éviter soigneusement.

 

La Géorgie (celle des USA) doit son nom à George II, un roi d’Angleterre.

 

À propos, je sais pas pourquoi ils mettent un accent aigu sur le e. Car logiquement, ce nom devrait s’écrire Georgie, et non Géorgie. Beaucoup de gens se posent la question sur le Net, mais personne n’a de réponse.

 

La Géorgie est le plus vaste état des États-Unis à l’est du Mississippi. Et pourtant, je n’y demeurerai que quelques jours à peine du fait que je ne ferai que l’effleurer – voir mon itinéraire approximatif à travers son relief sur la carte ci-dessous :

 

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Le début officiel de la très célèbre Appalachian Trail se trouve ici, en Géorgie : à l’entrée du Amicalola Falls State Park, à une centaine de kilomètres au nord d’Atlanta.

 

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Des millions de selfis ont sans doute été pris devant la fameuse arche de départ.

 

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Plusieurs personnes m’ont demandé pourquoi je ne l’empruntais pas moi-même plutôt que de marcher sur les routes. C’est bien simple : mon Pout-Pout ne voulait rien savoir de rouler dans des trails de bois. Et j’ai respecté ses volontés.

 

Pour l’instant, ce n’est pas un ver d’oreille, mais j’ai peur que ça le devienne, car quand le mot Georgia me vient en tête, il me vient également cette chanson-ci.

 

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J’ai récemment appris que cette chanson était devenue l’hymne national de la Géorgie en 1979, et qu’elle avait été sacrée « la plus belle chanson de tous les temps » selon une enquête nationale.  Cliquez ici si ce potin vous intéresse.

 

 



14/08/2018
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