Les maudits vents

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(07) 23 mai 2018 - Arrêt obligatoire

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3 000 km avec une poussette (ou ma longue marche en solitaire dans les USA)

Chronique # 07 – Arrêt obligatoire

Mercredi soir, le 23 mai 2018

Poplarville (Mississippi, USA), Pearl River County Hospital, chamber 13

 

J’écris en ce moment de… Non, je ne vous donnerai ce détail seulement qu’à la fin. J’irai plutôt par ordre chronologique, comme d’habitude. Chaque événement en son temps. OK ?

 

En ce début de cette 4e journée de marche, je suis encore une fois parti très tôt, au lever du soleil, après m’être rapidement restauré d’un egg-muffin dans une station-service, pas loin de ma cabane en veneer. J’ai aussi acheté ma réserve de nourriture et d’eau pour la journée. Comme je l’avais décidé la veille, cette fois je me suis procuré un pack de plusieurs bouteilles d’eau que j’ai arrimé bien serré sur mon Pout-Pout en espérant que celui-ci tiendrait désormais le coup avec cette charge supplémentaire sur son dos.

 

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Excuse-moi d’insister mon Pout-Pout, mais à partir d’aujourd’hui, tu seras fort, hein ? Je compte vraiment sur toi, n’oublie jamais ça.

 

D’autre part, je ne voulais pas encore l’admettre, mais c’était en outre évident que je n’irais plus très loin avec ma jambe. Celle-ci était toujours aussi – sinon plus – enflée et rouge que la veille. Et elle était dure comme de la roche. Je l’avais de nouveau strippée avant de prendre la route, mais je n’étais même pas encore officiellement parti que je marchais déjà en boitant, et que j’avançais au pas de l’escargot… 

 

Mon plan d’aujourd’hui était malgré tout de me diriger vers Wiggins (75 km) par le plus court chemin, c’est-à-dire en prenant des petites routes de campagne.

 

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En temps normal, j’y serais parvenu le lendemain. Mais avec cette jambe, ça allait sûrement prendre plus longtemps que ça. À moins que je tombe sur un cabinet de médecin en passant. Ce que j’espérais, mais ce qui m’apparaissait très peu probable…

 

Ma crainte des DRR-DRR s’est au moins dissipée dès que j’ai eu quitté la ville de Kiln par le nord, sur la même route que la veille, c’est-à-dire la 603. En fait, il n’y en avait plus – de DRR-DRR. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas d’accotement !

 

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Contrairement à hier, la 603 était en outre devenue une petite route ordinaire à deux voies, sans trop de trafic. Je me suis donc enhardi à marcher directement dans la rue, mais à contresens, toujours, afin de voir arriver les autos vers moi.

 

Celles-ci – et les camions – me contournaient heureusement sans trop rouspéter. Ils se rendaient bien compte que si je marchais dans la rue, c’était parce qu’il n’y avait pas d’accotement et que je n’avais pas le choix. Pour les remercier, je leur envoyais la main. La plupart me répondait de la même façon. C’était plutôt cool.

 

Et puis, au bout d’une quinzaine de kilomètres, allez comprendre la logique là-dedans, les DRR-DRR ont refait leur apparition ! Ben oui… Probablement parce qu’il y avait maintenant un accotement de quelques centimètres. Il s’agissait donc sûrement là, pour les gens responsables des travaux publics, d’un espace qu’il avait fallu absolument combler – par des DRR-DRR, notamment, bien sûr.

 

Ça n’a pas changé grand-chose à ma méthode de marche, toutefois, puisque je marchais déjà dans la rue…

 

D’autre part, je n’ai pas été long à me rendre compte que j’étais effectivement dans la campagne profonde (à ce propos, quelqu’un me le confirmera au cours de la journée ; il me dira en effet ceci : « You are in the middle of nowhere here »). Les villages qui étaient indiqués sur ma carte ne voulaient absolument rien dire. Par exemple, une de mes étapes était un petit village du nom de Necaise. Mais un moment donné, je me suis demandé si je l’avais dépassé sans même m’en apercevoir.  Jusqu’à ce que, tout à coup, un peu plus loin, un terrain de baseball apparaisse sur le bord de la route, dans un champ, comme ça, sans rien d’autres alentour.

 

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C’était peut-être ça, Necaise, finalement, que je me suis dit. Original…

 

J’ai d’ailleurs fait une pause à cet endroit. J’ai mangé mon lunch dans la cabane des joueurs, la seule place où il y avait de l’ombre dans cette campagne, car il faisait encore une canicule d’enfer. Mazette, c’en était même étouffant.

 

Le ciel s’est soudain obscurci peu de temps après avoir repris ma route. Un orage s’en venait directement sur moi. Je me suis mis d’urgence à chercher un coin où je pourrais m’abriter. Un garage de mécanique (Fairplay Tire) est tout à coup apparu – au milieu de nulle part, lui aussi –, et juste pile au moment où il le fallait, car la pluie s’est mise à tomber comme une cataracte. Je me suis engouffré dans la bâtisse en courant comme une gazelle malgré l’état de ma jambe.

 

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Mon Pout-Poutomètre indiquait que je venais de parcourir 32 km. Je ne le savais pas encore, mais je n’en ferais pas un seul de plus en marchant aujourd’hui.

 

En attendant que le temps se calme, j’ai fait la connaissance de deux mécaniciens très sympathiques, dont un, du nom de Robert King (environ 50-55 ans, le visage buriné, bronzé, mince, tout en nerfs), qui m’a tenu compagnie et qui était d’une verve intarissable.

 

Il s’est tout de suite intéressé à mon voyage, et il m’a appris qu’il avait jadis entrepris une carrière de cycliste professionnel lorsqu’il était jeune. Mais juste avant d’en arriver à son premier Tour de France, des problèmes de hanches avaient mis fin prématurément à sa carrière. Il m’a montré le vélo qu’il avait fabriqué lui-même de A à Z en investissant des milliers de dollars.

 

Pendant ce temps, la pluie a fini par se calmer. Au bout d’une heure environ, et même si le ciel conservait son allure très menaçante, j’aurais pu reprendre la route, mais le fait de ne plus être en mouvement avait décuplé le mal de ma jambe. De sorte que lorsque le moment de repartir est arrivé, j’étais pratiquement incapable de faire un pas de plus.

 

J’étais découragé au max. Qu’allais-je bien faire maintenant ?

 

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Je m’apprêtais à demander aux gens présents – et sans trop d’espoir – si je pouvais éventuellement demeurer là pour le reste de la journée et monter ma tente à cet endroit ce soir. C’est alors que Robert, après s’être concerté avec son copain, est revenu vers moi et m’a proposé de me conduire à un hôpital dans son pick up. Tous les deux avaient évidemment remarqué mon état, et ils avaient vraisemblablement pris pitié de moi.

 

Même si j’étais un peu honteux de cette faiblesse, j’ai accepté sans me faire prier, car j’étais au bout du rouleau, et je comprenais qu’il s’agissait là d’une chance inespérée dont je devais profiter pour me sortir du pétrin dans lequel j’étais enlisé.

 

Mon Pout-Pout dans la boîte du pick up, Robert m’a aussitôt conduit au Pearl River County Hospital, un modeste et sympathique centre hospitalier située dans une ville du nom de Poplarville (environ 3 000 habitants), elle-même située à environ 25 km plus au nord du garage de mes deux nouveaux amis.

 

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Lorsqu’il m’a déposé à la porte de l’établissement, je l’ai remercié au moins une bonne dizaine de fois ; d’autant plus qu’il m’avait conduit ici sur ses heures de travail. Après quoi, il est reparti en me souhaitant bonne chance Et je suis entré dans la clinique avec mon Pout-Pout.

 

Le reste a été un peu long à cause de considérations administratives. J’ai dû en effet, et avant tout, contacter mes assurances pour les aviser de la situation et obtenir leur autorisation pour me faire soigner. Mais une fois cela fait, la suite s’est déroulé rondement.

 

J’ai enfin vu un jeune médecin qui, rien qu’en jetant un coup d’œil sur ma cheville, a tout de suite diagnostiqué une importante infection bactérienne.

 

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Une infection bactérienne ? Eh ben… J’avais toujours pensé que j’avais fait un faux mouvement quelque part, sans m’en apercevoir, et qu’il s’agissait simplement d’une sorte de foulure ou d’entorse.

 

Et comment cela s’était-il produit ? Fouillez-moi, aucune idée. Peut-être que les mouches des bayous de l’enfer avaient quelque chose à voir là-dedans. Mais ça m’étonnerait, car le mal avait – un peu – commencé la veille, pendant ma traversée de La Nouvelle-Orléans – avant les mouches, donc.

 

Un mystère, en fin de compte (et qui allait le rester)…

 

Mais au moins, je n’avais rien au niveau du cœur, comme le pseudo pharmacien de la veille l’avait diagnostiqué avec l’assurance d’un expert patenté. En passant, une chance qu’il n’avait pas étudié la médecine, celui-là. Je n’aurais pas donné cher de la peau de ses éventuels patients…

 

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On m’a aussitôt fait une prise de sang et passé une échographie pour connaitre l’ampleur des dégâts dans mon organisme.

 

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La charmante préposée à l’échographie, du prénom de Kim, s’est tout de suite intéressée à mon histoire et s’est spontanément et très généreusement offerte de me venir en aide de toutes les façons possibles. Elle a été d’une extrême et exquise gentillesse. Tellement que, depuis ce temps, elle est devenue une amie Facebook.

 

Résultat des examens : rien de trop dramatique dans l’ensemble, mais je devais absolument recevoir une dose massive d’antibiotiques et laisser reposer cette jambe pendant les prochaines heures. Le médecin m’a avisé qu’il me garderait sous observation jusqu’au lendemain – il en avait avisé mes assurances, qui avaient donné leur accord encore une fois.

 

Je dois ici avouer qu’il s’agissait là d’une nouvelle inespérée en ce qui me concernait, car il était tard, et j’aurais été bien mal pris de me retrouver dans la rue à cette heure-là, la jambe toujours remplie d’infection, avec juste une prescription d’antibiotiques à la main (alors que les pharmacies venaient de fermer pour la journée), l’orage toujours menaçant à l’extérieur, et ne sachant pas trop où j’aurais planté ma tente dans un endroit sécuritaire – car pour faire exprès, il n’y avait aucun motel ou gite dans cette petite ville…

 

Et enfin, il faut bien le dire : j’étais complètement vanné – et toujours pas mal découragé…

 

Du coup, j’ai fermé les yeux pendant quelques secondes et j’ai pris de longues respirations de soulagement. J’aurais enfin quelques heures de répit pour laisser retomber l’extrême tension que je vivais depuis quatre jours maintenant. En fait, j’avais du mal à croire à ce qui se passait, et je m’attendais à tout instant à sortir d’un rêve et à me réveiller dans la cabane dans laquelle j’étais encore caché ce matin, à Kiln.

 

Mais quand le personnel infirmier s’est mis en branle pour me prendre médicalement en charge, j’ai fini par admettre cette réalité, et je me suis laissé couler dedans sans plus me poser de questions. On m’a transporté dans une chambre, et on m’a suggéré de me laver tout de suite avant de passer à la suite des choses. Je ne me le suis fait pas dire deux fois, car j’en avais effectivement grand besoin !

 

Et c’est ainsi que j’ai pu enfin prendre une douche pour la première fois depuis mon départ ! L’EXTASE…

 

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Une fois cela fait, on m’a aussitôt perfusé (antibiotiques et sérum).

 

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On m’a en outre servi un repas chaud, que j’ai englouti comme un goinfre, en deux minutes à peine, comme si je n’avais pas mangé depuis des lustres – ce qui était un peu le cas, tout bien considéré..

 

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Et j’ai passé le reste de la soirée sur Internet. J’ai pu enfin donner des nouvelles aux miens, et Skyper avec ma Domi.

 

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Autrement dit, je me prélassais soudain dans une sorte de Club Med, genre…

 

Chose curieuse, encore une fois… Dans la salle de bain, en m’observant dans le miroir, je me suis rendu compte que j’avais cinq ou six grosses taches rouges dans le cou.

 

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Le médecin était certes intrigué, mais il n’a pas semblé, heureusement, s’en inquiéter. Je suis à peu près certain, cette fois, que c’était l’œuvre des mouches des bayous de l’enfer. Par chance, ces taches finiront pas disparaitre au cours de la semaine suivante sans que cela ne me cause aucun problème particulier… Fiou….

 

Et autour de 21h00 – je ne sais plus trop –, je me suis laissé sombrer dans le sommeil dans un lit avec un matelas de 10 pouces d’épais, recouvert d’un drap immaculé, la tête appuyée sur un oreiller moelleux, en sécurité, entouré de soins, et propre.

 

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Quelle différence d’avec les trois soirées précédentes !

 

Je me réveillerai un moment donné au cours de la nuit en entendant un autre orage gronder à l’extérieur, et la pluie tomber comme un déluge.

 

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Et ce sera là, pour la première fois, que je prendrai nébuleusement conscience qu’un Ange gardien avait peut-être été responsable de cette incroyable tournure des événements, aujourd’hui.

 

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Je me mettrai en tout cas à être beaucoup plus attentif, désormais, à cette possible « présence » à mes côtés.

 

Et même à lui parler de plus en plus souvent.

 

 

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 MERCREDI, 23 MAI 2018

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25/07/2018
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