Les maudits vents

Les maudits vents

(06) 22 mai 2018 - DRR-DRR et autres avatars

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3 000 km avec une poussette (ou ma longue marche en solitaire dans les USA)

Chronique # 06 – DRR-DRR et autres avatars

Mardi soir, le 22 mai 2018

Kiln (Mississippi, USA), dans une cabane

 

J’écris mon journal de bord en ce moment à l’intérieur d’une cabane en contreplaqué – en construction ou abandonnée, je ne sais trop –, quelque part dans une toute petite ville – une « ville » qui n’a d’ailleurs de ville que le nom. Je ne sais pas non plus si y’a des gens qui savent que je suis enfermé là-dedans. Mais je m’en fous complètement, car je ne veux plus rien savoir de rien.

 

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Quelle journée, encore une fois !

 

Lorsque j’ai abandonné l’abri d’Eugene, ce matin, aux aurores, j’ai commencé par quitter la Louisiane pour faire officiellement mon entrée dans l’état du Mississippi.

 

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Je me suis ensuite ravitaillé en eau et en nourriture dans une station-service ouverte – aux aurores aussi – à Pearlington, de l’autre côté du pont.

 

Jusque là, ça allait ben, hein ?

 

Tellement bien que je n’avais pas enfilé mon filet-moustiquaire, ni mon gilet à manches longues. J’avais encore fait de la pensée magique. Je m’étais dit que les mouches d’hier étaient peut-être des Louisianaises de souche, et qu’elles resteraient de l’autre côté de la frontière. Optimiste, le gars, hein ?

 

Eh ben, la pensée magique, ça n’a pas encore fonctionné…

 

Après même pas une quinzaine de minutes de marche dans le Mississippi, et toujours sur la 90, le même scénario qu’hier s’est reproduit : quelques mouches ont commencé à me tourner autour, et des milliers d’autres ont aussitôt accouru à l’appel des premières. Et ça a été la curée...

 

NOOOOONNNNNNN !

 

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Et me revoilà encore une fois sur l’accotement de la 90 en train de hurler mon désespoir tout en sortant mon filet et mon gilet de mon Pout-Pout (heureusement, je ne les avais pas enfouis trop profondément, cette fois, en prévision). Et me revoilà avec ce filet autour de la tête, avec mon gilet à manches longues sur le dos, et avec mon tee-shirt enroulé autour de mes mains. Et me revoilà tentant de ne plus voir ces mouches qui me collent de partout et qui me rendent fou-brak-dingue-crakpote…

 

Qu’est-ce que je vais faire ? Mais qu’est-ce que je vais faire ? Je ne serai jamais capable de traverser les États-Unis au grand complet dans ces conditions ! Les mouches des bayous de l’enfer, la chaleur, la soif, ma jambe qui est toujours enflée…

 

Car elle l’était toujours, enflée, cette jambe, en effet. Comme hier. Pour ça non plus, la pensée magique n’avait pas fonctionné. Et elle me faisait déjà un peu boiter, en même temps que je crachais sur les mouches qui réussissaient à toucher ma figure à travers le filet.

 

Le seul espoir qu’il me restait, c’était que ces sales bestioles de mouches de merde disparaitraient de ma vie lorsque je passerais à un autre tronçon de la 90.

  

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Sur ma carte routière, je voyais en effet que je laisserais alors les marais derrière moi. Dans ce cas, peut-être que…

 

Mais d ici là, je n’ai eu que ce leitmotiv en tête : Endure jusque là, Yvan. Rendu là, ce sera fini. Endure jusque là, Yvan. Rendu là, ce sera fini. Endure jusque là, Yvan. Rendu là, ce sera fini…

 

Et j’ai fini par atteindre la fameuse intersection après deux heures d’une marche effrénée vers l’avant, et sans rien voir du paysage autour de moi – belle balade touristique, ça, hein ? J'empruntais maintenant une route à quatre voies qui était beaucoup plus dégagée par rapport aux arbres que la première partie.

 

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Eh bien, croyez-le ou non, au fur et à mesure que j’avançais sur cette nouvelle route, les mouches m’ont quitté une à une ! Un petit vent (chaud) a même eu tôt fait de me débarrasser des dernières…

 

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Je ne le croyais pourtant tellement pas que j’ai gardé mon filet et mon gilet à manches longues pendant encore quelques kilomètres – de peur de les provoquer, aurait-on dit… Et tout à coup que c’était une ruse, hein ?

 

Un moment donné, j’ai fini par prendre une chance, et je me suis de nouveau déshabillé sur le bord de la route, mais à l’envers ; c’est-à-dire que j’ai enlevé mon filet-moustiquaire et que j’ai remis mon tee-shirt – et plus calmement, aussi.

 

Le voyage pouvait enfin commencer !

 

Heu… Pas tout à fait… Le soleil de plomb et la canicule étaient malheureusement toujours bien présents, eux. Et la soif aussi (ma réserve d’eau s’épuisait déjà, misère…). Ainsi que ma jambe qui ne lâchait pas le morceau. Tellement que plus j’avançais, plus je ralentissais. Bref, même si les mouches avaient disparu, ça n’allait quand même toujours pas ben pantoute.

 

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Au bout d’une dizaine de kilomètres supplémentaires, une agglomération de commerces est peu à peu apparue autour de moi. J’entrais vraisemblablement dans la banlieue d’une ville de moyenne envergure. J’approchais en fait de Bay St Louis (environ 13 000 habitants), une ville portuaire du Mississippi sur le bord du golfe du Mexique.

 

Au milieu de tous ces commerces, il y avait une pharmacie. Je m’y suis arrêté et j’ai demandé un bandage élastique dans le but de stripper ma cheville.

 

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Quand le pharmacien a vu la chose, croyez-le ou non, il m’a dit ceci avec une désarmante assurance : « Si c’était votre jambe droite, ce ne serait rien du tout. Mais malheureusement, c’est votre jambe gauche. Alors, dans ce cas, c’est grave, car c’est votre cœur qui a un problème. Je vous conseille d’aller vite consulter un médecin. »

 

Mon cœur ?!

 

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C’est vraiment n’importe quoi, ça ! Tu l’as obtenu où, ton diplôme de pharmacien, bonhomme ? Dans une boîte de Cracker Jack ?

 

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Je ne me suis pas mis à la recherche d’un médecin. J’ignorais tout d’abord où en trouver un. Et puis ensuite, cette enflure n’était évidemment que temporaire. Mon cœur, mon œil ! On aura décidément tout entendu ! Je me suis contenté de la stripper, comme je l’aurais fait si ça avait été une foulure – ce qui était d’ailleurs sans doute le cas…

 

N’empêche que ce pseudo pharmacien de pacotille avait quand même réussi à me mettre dans le doute. Et je me suis surpris à commencer à porter attention au rythme de mes pulsations… Pff…

 

Un peu plus loin, j’ai tourné sur la 603 – une autre route à quatre voies –, dans le but d’éviter la ville de Bay St Louis – je n’avais pas d’affaire là, de toute façon –, et de me rendre à Kiln, plus au nord.

 

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Il ne me restait alors qu’une quinzaine de kilomètres à compléter avant la fin de cette journée. Allez, haut les cœurs !

 

Mais sur la 603, une nouvelle surprise m’attendait. Et là, mes amis, je prends quelques instants pour expliquer ce qui s’est passé. C’est trop grave. Je ne le savais pas encore, par contre – que c’était TRÈS grave –, mais c’était effectivement le début d’un long calvaire qui allait me suivre jusque dans l’état de la Pennsylvanie, rien de moins !

 

Je fais ici référence aux DRR-DRR

 

PAUSE-EXPLICATION : QU’EST-CE QU’UN DRR-DRR ?

 

J’utilise cette onomatopée pour désigner les « bandes rugueuses » qui sont faites intentionnellement le long des autoroutes, et dont le but est de réveiller les gens qui s’endorment au volant, avant qu’ils ne s’envoient dans les fossés.

 

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Quand les pneus des autos passent dessus, ça fait DRR-DRR – vous voyez ce que je veux dire ?

 

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Eh bien, c’est pour cette raison-là que je leur ai donné le nom de DRR-DRR. Mais si je n’avais pas été un garçon si bien élevé, je les aurais baptisés d’un autre nom – beaucoup moins mignon.

 

Dans les états du sud, des DRR-DRR, sachez qu’ils en mettent partout. Littéralement. Et quand je dis partout, c’est PARTOUT : sur les autoroutes, comme chez nous, mais aussi sur toutes les routes secondaires. Je crois même qu’ils en mettent sur les pelouses, et sur le toit des maisons, et dans le salon des gens. Je vous jure !

 

Le problème, c’est que sur les routes secondaires – comme celle où j’étais en ce moment –, il n’y a pas beaucoup d’accotement. Et ces accotements, qu’ils soient inexistants ou raisonnablement larges, eh bien, ils sont pratiquement tous remplis de DRR-DRR.

 

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Ce qui veut dire qu’en marchant directement dessus, mon Pout-Pout risquait de se casser avant même d’avoir parcouru un kilomètre. Même chose pour les vélos, j’imagine. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, que je ne verrai aucun vélo sur les routes d’ici la Virginie

 

Mais les vélos, je m’en foutais complètement. La question existentielle était : qu’est-ce que je devais faire, moi, avec mon Pout-Pout, hein ?

 

Eh bien, je n’avais que deux solutions : ou bien je marchais directement dans la rue, ou bien je marchais dans la gravelle et dans le foin. Mais jamais dans l’accotement – dont c’était pourtant la vocation initiale.

 

Génial ! Vraiment génial de génial !

 

Je n’avais absolument pas prévu ça – et loin s’en fallait – lorsque j’étais chez moi à tenter d’anticiper toutes les difficultés qui m’attendaient. Et cela s’avérera un méchant fichu de problème pendant des semaines et des semaines de marche.

 

RETOUR AU RÉCIT…

 

Comme il y avait un trafic monstre sur cette route 603 à cette heure-ci, j’ai tout d’abord choisi de marcher dans la gravelle et dans le foin. 15 km de gravelle et de foin, mes amis, je vous assure que c’est long en ta quand on pousse un Pout-Pout chargé comme un lama des Andes. Tellement que quelquefois, danger ou pas, je marchais plus ou moins dans la rue, mais à contre-trafic – pour voir arriver les autos.

 

C’était la croix et la bannière. J’avançais à pas de tortue, avec la trouille constante soit qu’un conducteur distrait ne me voie pas lorsque je marchais à demi sur la route, soit de faire (minimalement) une crevaison lorsque je marchais dans la schnoute.

 

Et puis, pour en remettre une xième couche sur cette journée de merde (n’en jetez plus, la cour est pleine !), la pluie s’est mise de la partie et elle m’est tombée dessus pendant une vingtaine de minutes.

 

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Je me suis retrouvé mouillé comme si j’avais plongé dans un lac. Je voulais hurler de désespoir.

 

Mais j’avançais toujours, envers et contre tous, et en boitant de plus belle.

 

Et c’est comme ça que je suis venu à bout d’arriver dans la petite ville de Kiln, une agglomération composée seulement – aurait-on dit –, de deux stations-service l’une en face de l’autre.

 

Où allais-je maintenant m’installer pour me remettre de mes émotions de la journée, pour tenter de me sécher, et pour enfin laisser reposer ma jambe qui commençait sérieusement à demander grâce ?

 

J’ai tout à coup aperçu une bicoque abandonnée, faite de planches de contreplaqués. On aurait dit un petit bâtiment en construction à la finalité totalement inconnue. Je m’y suis dirigé et, ni vu ni connu, je suis entré dedans.

 

J’ai tout de suite trouvé l’endroit convenable et j’ai décrété que ce serait là que je passerais la nuit. À moins que de quelconques autorités m’y voient et qu’elles m’en chassent. Mais il aurait fallu qu’elles aient de fichus de bons arguments – et de bons bras ! – pour me sortir de là.

 

Une fois assis par terre, le dos appuyé contre le mur, et pas loin du total découragement, j’ai fait l’inventaire de tous les problèmes qui se présentaient à moi après seulement trois jours de marche, et en tentant de leur trouver froidement une solution :

 

- Les mouches…

 

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Ça avait été la géhenne pendant deux jours, mais j’ai osé en venir à la conclusion que ce fléau était dorénavant révolu. En espérant évidemment que je ne me réjouissais pas trop vite… Gloup…

 

- La soif…

 

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Acheter mes bouteilles d’eau à l’unité n’était décidément  pas une bonne idée. Je devrais dorénavant les acheter en paquets de 25. J’y pensais depuis le début, mais j’avais toujours craint de trop surcharger mon Pout-Pout et qu’il casse sous l’excès de poids. Mais là, je n’avais plus le choix.

 

Alors, mon Pout-Pout, prépare-toi à vivre la vie de mulet de bât à partir de demain. Et sois fort, hein ? Ne me laisse surtout pas tomber, je t’en prie…

 

- Les DRR-DRR…

 

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Comme je le mentionnais précédemment, voilà un problème que j’étais loin de m’attendre lorsque j’étais chez moi et que je tentais de tout prévoir…

 

Si la 603 continuait de la sorte le lendemain, je ne voyais pas du tout comment j’allais marcher des dizaines et des dizaines de km dans ces conditions. Allais-je risquer de casser mon Pout-Pout en marchant direct dedans ? Ou dans le foin ? Ou dans la gravelle ? Ou dans les fossés ?

 

Ou allais-je risquer ma vie en affrontant le trafic, comme cet après-midi, en me faisant klaxonner sans arrêt comme le malade que je devais paraître ? Dans ce dernier cas, de toute façon, la police ne tarderait sûrement pas à m’interpeler un de ces quatre.

 

Pour ce problème-là, je ferais une prière tout à l’heure en demandant que cette expérience que je venais de vivre n’ait été qu’une exception. Gloup encore une fois…

 

- Ma jambe…

 

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Même si ça ne me tentait pas une miette, je devais finalement me résoudre à voir un médecin pour savoir ce qui se passait exactement. Je venais d’enlever ma bande élastique, et rien n’avait bougé par rapport à l’enflure – et à la rougeur. Il ne s’agissait probablement pas d’une foulure, comme je l’avais toujours pensé. Mais alors, quoi ?

 

J’ai pris la décision de m’arrêter à la première clinique que je rencontrerais sur ma route à partir du lendemain. Ce qui risquerait d’être long, par contre car un coup d’œil sur ma carte routière m’indiquait que je n’atteindrais une ville de moyenne envergure (Wiggins) qu’après-demain. D’ici là, selon toute apparence, c’était visiblement la campagne profonde…

 

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Et c’est sur ce que j’ai monté ma tente dans ma cabane. Et que je suis entré dedans pour tenter de dormir. En espérant que je ne me trouvais pas dans un repaire de junkies, genre, qui se donnaient rendez-vous ici tous les soirs… Je ne voyais pas de seringues par terre, au moins… L’endroit était même relativement propre pour une cabane vide.

 

De toute façon, comparée à tous mes autres soucis, convenons que cette dernière inquiétude ne représentait que de la gnognote sans aucune espèce d’importance.

 

Et c’est en espérant que la journée de demain serait meilleure que j’ai fermé les yeux sur celle-ci…

 

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MARDI, 22 MAI 2018

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LA CAPSULE ENCYCLOPÉDIQUE

DES MAUDITS VENTS

 

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Jusqu’en Virginie, je traverserai les états qui sont traditionnellement considérés comme les plus traditionnalistes, les plus racistes et les plus religieux de tout le pays. Ce sont des clichés, évidemment, mais je verrai peut-être jusqu’à quel point ils comportent une part de vérité.

 

Je fais ici référence à cette région particulière qui est appelé le « Sud des États-Unis » (aussi surnommée Dixie ou Dixieland), dont les frontières varient selon les sources, mais qui, grosso modo, englobent surtout les états qui se sont séparés du reste de l’Union américaine, jadis, provoquant ainsi la guerre civile de 1861.

 

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Une partie de la mentalité actuelle de cette région est (encore) intimement liée à ce conflit qui a eu lieu de 1861 à 1865, et qui a opposé ces 11 états du sud (les Confédérés) au reste des états des États-Unis (l’Union). De ce fait, cette même mentalité a un rapport très étroit avec la notion de « ségrégation raciale ».

 

C’est à cet endroit, en effet, jadis vaste territoire de propriétaires terriens cultivant le coton, que l’on a pratiqué l’esclavage à grande échelle pendant près de 250 ans.

 

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La Guerre de Sécession a d’ailleurs eu pour principale cause cette notion d’esclavage : le nord des USA voulant l’abolir. Ce à quoi – bien évidemment – s’était opposé le sud.

 

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Drapeau de l’Union américaine           Drapeau des Confédérés

 

Après un conflit sanglant qui a duré quatre ans, le sud a perdu. Abraham Lincoln a ensuite fait voter le 13e amendement en 1865, mettant officiellement fin à l’esclavage.

 

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Fin de l’histoire ?

 

Pff…

 

De crainte que les Noirs se vengent de tous les affronts que les Blancs avaient commis à leurs égards, et n’acceptant surtout pas qu’ils deviennent tout à coup leurs égaux – une insulte –, les états du Sud ont tout simplement contourné le fameux amendement en instaurant ce qu’ils ont appelé les « lois Jim Crow », qui imposaient des restrictions incroyables à la nouvelle communauté d’affranchis.

 

La la la lalèèèère…

 

Et le comble, c’est que ces lois ont été entérinées par la cour suprême du pays en 1896. La ségrégation raciale d’état, officielle et légale a commencé à ce moment-là, qu’on pourrait dire. Pour s’en faire une idée assez précise, il suffit de penser à l’Apartheid de l’Afrique du Sud. Pratiquement du pareil au même. Même que l’Apartheid s’était inspiré des lois Jim Crow pour instaurer son propre système.

 

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À noter que la ségrégation était légale partout aux États-Unis, au sud comme au nord. Bien qu’elle ait été extrêmement violente, barbare et sans aucune subtilité au sud, que l’on ne s’y trompe pas : elle prévalait également dans le nord des États-Unis, de façon plus hypocrite certes, mais bien présente quand même. Elle était généralisée, quoi.

 

Dans le sud, la violence brute n’a jamais vraiment cessé durant un siècle et elle a quelquefois atteint des sommets inégalés en regard de la répression policière et des actions psychopathes du Ku Klux Klan – et même de la population en général.

 

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Spectacle de l’être humain sous son jour le plus noble

 

Cela a duré jusqu’en 1964 – c’est pas si loin de nous, ça –, c’est-à-dire jusqu’à ce que le président Johnson, suite aux troubles très violents qui sévissaient partout dans le sud – et au-delà – y mette fin officiellement en signant la loi sur les droits civiques et, un an plus tard, le Voting Rights Act, donnant à tout le monde le droit de voter.

 

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Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis ces mesures présidentielles. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

La ségrégation « primale » a disparu – au moins. L’on ne voit plus d’écriteaux, en effet, ordonnant aux Noirs de suivre telle file d’attente, ou de boire à telle fontaine ou de pisser dans telle salle de bain. Mais elle persiste toujours, bien sûr, de façon plus sournoise, comme le dévoilent les statistiques officielles traitant de tous les aspects de la vie sociale et économique américaine : taux de chômage, niveau d’éducation, proportion de détenus Noirs dans les prisons, espérance de vie, etc.

 

D’autre part, les tensions entre Noirs et Blancs sont toujours extrêmement vives dans le sud. On se regarde constamment en chiens de faïence, et ça peut péter à la moindre étincelle. Ce qui survient de temps en temps, par ailleurs. Des émeutes éclatent en effet régulièrement (au sud comme au nord) lorsque des Noirs sont pris à partie – ou même carrément tués – par les policiers…

 

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Et c’est dans cette région que je marche candidement ces jours-ci. J’exhibe ouvertement mon drapeau canadien de façon à bien  montrer à la population que je suis un outsider dans ce conflit qui dure depuis trois siècles. J’espère que l’on me considèrera comme un casque bleu, en quelque sorte, genre…

 

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23/07/2018
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