Les maudits vents

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Le grand pillage universel - l'exemple pathétique de Nauru

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Voulez-vous avoir une petite idée de l’endroit où s’en va le monde aujourd’hui en ce qui a trait à ses richesses naturelles ? C’est un peu difficile à concevoir mentalement étant donné l’étroitesse de notre cerveau et la démesure de la Terre en termes de superficie.

 

Un des moyens de l’entrevoir, c’est de réduire la surface de notre planète à quelque chose de plus accessible géographiquement et de vous pencher sur cette mini parcelle d’univers. On appelle celle-ci un microcosme. Un microcosme, c’est un monde complet, mais en miniature, et il a ceci de particulier qu’il est représentatif du monde grandeur nature – appelé macrocosme. Ainsi, en observant le microcosme, on observe le macrocosme au grand complet.

 

Et pour répondre à l’interrogation initiale – où s’en va le monde aujourd’hui en ce qui a trait à ses richesses naturelles ? –, je vous invite à porter votre regard vers un point très précis du globe terrestre et à vous rendre compte de ce qui est survenu là-bas. Le microcosme en question se nomme Nauru.

 

En prenant connaissance de ce qui suit, retenez vos larmes, ou votre rage, d’accord ?

 

* * * * *

 

La République de Nauru – prononcez Na-ou-rou – pourrait en fait s’appeler la République du GTI, soit la République du gâchis total et intégral. Ce « pays » – pour un millier de raisons, il est même complètement ridicule et indécent de qualifier ce pays de pays – ce pays, donc, représente en effet l’exemple type de ce que l’homme est capable d’accomplir en frais d’Hommerie, c’est-à-dire de bêtise humaine, de cupidité, de manque d’envergure et de décadence.

 

Si j’adhérais à une forme de croyance spirituelle populaire, je dirais – pour pardonner un tant soit peu les habitants de cet endroit – que leur karma collectif a été de se sacrifier pour montrer au reste de l’Humanité quel sera le destin de celui-ci s’il ne prend pas aujourd’hui un virage à cent quatre-vingts degrés par rapport à la route qu’il poursuit actuellement.

 

De toute façon, même si cette théorie ésotérique correspondait à la réalité, j’ai bien peur que ce sacrifice n’ait servi à rien pantoute. Qui, tout d’abord, connait ce pays ? Et qui, en plus, est au courant de ce qui s’est passé là-bas au cours des cinquante dernières années ? Pas grand-monde. Et finalement, parmi ceux qui savent, quels sont ceux qui ont fait le lien entre ce minuscule pays – considéré, avons-nous dit, comme un microcosme – et la Terre entière – prise en tant que macrocosme ? Pas grand-monde, là non plus, n’est-ce pas ? À part quelques écolos.

 

* * * * *

 

Bon, voilà…

 

La République de Nauru est l’un des plus petits pays au monde. Il s’agit d’une île minuscule située en plein cœur de l’océan Pacifique, à quarante-deux kilomètres au sud de la ligne équatoriale et à un millier de kilomètres au nord-est des Îles Salomon.

 

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Si ce n’était du contenu de son sous-sol, il n’y aurait probablement pas de République de Nauru en ce moment. Nous n’aurions affaire qu’à un quelconque îlot rattaché à un quelconque archipel plus vaste. Ou pire encore : qu’à un quelconque caillou océanique aujourd’hui déserté de toute présence humaine.

 

Cette crotte de mouche à l’échelle de la Terre mesure à peu près six kilomètres dans sa plus grande largeur. La route qui en fait le tour fait à peine dix-sept kilomètres. Sa population s’élève aujourd'hui à environ dix mille habitants. C’est un petit village, quoi. Un petit village pauvre, qui plus est.

 

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Mais le plus aberrant, c’est que ce n’est pas un village, justement. C’est bel et bien un pays ! On croirait rêver, non ? Ce qui prouve encore une fois que la réalité peut à l’occasion dépasser la fiction dans ce bas monde.

 

Et il s’est passé là, dans cette république oubliée, quelque chose d’hallucinant. Quelque chose qui devrait faire réfléchir la planète tout entière. Pour le comprendre, je fais un très rapide topo historique.

 

* * * * *

 

Comme pour à peu près toutes les îles du Pacifique, Nauru a tout d’abord été peuplé par les indigènes. Puis, les Blancs sont arrivés avec leurs grands voiliers – et surtout leurs grands sabots – et, comme de raison, ils ont asservi lesdits indigènes. Parmi ces fiers conquérants, il y a eu les Anglais ; ensuite les Australiens ; puis les Allemands ; de nouveau les Australiens ; sans compter les Japonais ; et finalement – toujours eux ! – les Australiens.

 

Les Nauruans ont enfin obtenu leur indépendance en 1968. Bien mal leur en prit, lorsqu’on connaît la suite.

 

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Mais bon…

 

Ils se sont dotés d’une constitution, d’un drapeau et d’un gouvernement. Et ils sont partis comme des oisillons quittant leur nid pour entreprendre la grande aventure de la vie. Les débuts de ce pays ont été impressionnants – d’une certaine façon –, accordons-leur au moins ça –, avant la dégringolade ultime dans les bas-fonds de la misère. L’histoire de la République de Nauru, c’est un peu la même histoire que celle de Rome – gloire et décadence –, mais condensée en une période d’à peine trente ans.

 

Le grand responsable des événements qui se sont produits là porte le nom de phosphate.

 

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 * * * * *

 

Le phosphate est une sorte de sel très recherché dans le monde entier. Entre autres choses, il entre dans la composition chimique de certains engrais. Or il s’avère que les sous-sols de l’île de Nauru regorgeaient de cette précieuse ressource naturelle. Et que celle-ci était d’une excellente qualité, par surcroit. Il n’en fallait pas davantage, évidemment, pour attirer vers cet endroit perdu tous les rapaces occidentaux. Rapaces qui se sont immédiatement mis à exploiter et le phosphate et les Nauruans. La première pelletée de terre a eu lieu en 1880.

 

Les Nauruans ont bien sûr rouspété avec le temps, car ils en avaient marre que l’on vide ainsi leur île de sa seule ressource sans tirer eux-mêmes aucun bénéfice de la manne monétaire qui allait avec. Et ils ont tant et si bien revendiqué leurs droits qu’ils ont acquis leur indépendance en 1968 – cela a déjà été mentionné – et qu’ils en ont profité pour nationaliser la compagnie qui s’enrichissait à leurs dépens.

 

D’exploités, ils sont devenus exploitants.

 

Les dollars ont immédiatement afflué dans cette toute nouvelle municipalité… Heu, pardon… dans cette toute nouvelle nation… Et à un point tel que ça n’a même pas pris deux ans avant que Nauru parvienne, du jour au lendemain, au rang du pays avec le revenu annuel moyen par habitant le plus élevé de la planète – après l’Arabie Saoudite ! 

 

C’était comme si les dollars s’étaient soudainement mis à pousser dans les arbres.

 

Il y avait tellement d’argent, tout à coup, que tout le monde est devenu fou braque sur cet îlot : du plus haut dirigeant de cette lilliputienne république jusqu’au citoyen le plus lambda. Tout le monde au grand complet que je vous dis !

 

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Il s’est produit en fait là-bas un phénomène identique à celui qui se produit quelquefois lorsqu’un plouc ordinaire gagne un million de dollars à la loterie et qu’il vire sur le top. Les gens se sont mis à dépenser à gauche et à droite comme des débiles mentaux, comme des poules sans tête, comme de vrais malades, sans aucune retenue, sans discernement, et sans penser aux conséquences à long terme.

 

Le gouvernement a tout d’abord versé une rente viagère à tous ses citoyens qui n’avaient, dès lors, plus besoin de travailler. Il les a également exonérés d’impôts, et il leur a fourni gratuitement tous les services sociaux : logement, électricité, eau…

 

Ces gens-là, qui n’avait jusqu’alors connu que la pauvreté, ne savaient plus maintenant comment gérer tout cet argent qui leur tombait soudainement du ciel. Et ils ont opté pour plonger à fond dans la consommation à outrance.

 

Ils avaient des domestiques – étrangers – pour s’occuper à leur place de toutes les tâches de maison. Ils se gavaient de nourriture – dont du caviar – qu’ils se procuraient par cargaisons entières. Ils achetaient plusieurs automobiles par famille qu’ils laissaient pourrir sur le bord de la route à la moindre légère défaillance mécanique.

 

Bref, ils menaient une vie de pacha et de décadence.

 

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Les dirigeants du pays, ceux qui auraient dû donner l’exemple, en fait, pas plus intelligents, et pas davantage habitués que les gagne-petit à disposer de tant d’argent, se sont mis eux aussi à dépenser comme des fous furieux. Et sans discernement, eux également.

 

Entre autres aberrations, ils ont construit un aéroport international sur cette île microscopique. Ils ont fondé une compagnie d’aviation – la Air Nauru – qui comprenait cinq Boeing. Ils ont investi dans le secteur immobilier à travers le monde en procédant à des transactions souvent douteuses et loufoques. Dans cette optique, ils ont fait construire à Melbourne le plus haut gratte-ciel de toute l’Australie – la Nauru House – en haut duquel flottait le drapeau du pays, comme si celui-ci était l’une des plus grandes puissances de l’univers.

 

Mais le phosphate, comme toutes les richesses naturelles du monde entier, n’est pas une ressource inépuisable.

 

En 1968, au moment de l’indépendance, les dirigeants savaient déjà que leur nouveau pays ne pourrait bénéficier des avantages financiers du précieux sel que pendant une trentaine d’années, tout au plus. C’est pour cette raison que leurs intentions, à cette époque, étaient de multiplier les investissements un peu partout sur la planète pour ensuite en tirer eux-mêmes profit, et assurer une continuité dans le bien-être de leurs citoyens.

 

Mais c’était sans compter la folie des grandeurs, l’incompétence chronique et la corruption des élus qui se sont rapidement succédé à la tête de cette république de bananes du phosphate. De sorte qu’une vingtaine d’années plus tard, en même temps que l’avènement – prévu – de l’épuisement du phosphate, se sont ajoutés la chute des prix et l’effondrement quasi général des investissements gouvernementaux sans queue ni tête des années précédentes.

 

Résultat : le pays a été ruiné aussi promptement qu’il s’était enrichi.

 

Ses habitants sont maintenant plus pauvres que les pauvres d’entre tous les pauvres de la planète. Ayant acquis de très mauvaises habitudes hygiéniques et alimentaires pendant la période faste, les Nauruans sont en outre presque tous obèses et aux prises avec le diabète. L’espérance de vie est sous le seuil des soixante ans. Et le taux de chômage y est de plus de quatre-vingt-dix pour cent.

 

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Ironique non ?

 

Mais ce n’est pas tout…

 

Pour réussir à survivre financièrement, le pays a commencé par se départir de tous ses biens, y compris la loufoque Air Nauru ainsi que sa tour de mégalomane à Melbourne.

 

Il s’est ensuite adonné à toutes sortes d’activités plus ou moins légales et plus ou moins éthiques pour continuer de se renflouer. Entre autres choses, il a vendu des passeports à prix fort, et il est devenu un paradis fiscal pour tous les escrocs du monde qui se sont servis de cette couverture pour blanchir de l’argent. À cet égard, notons que la mafia russe de Saint-Pétersbourg a blanchi à Nauru plus de soixante-dix milliards de dollars !

 

Nauru vend aussi son vote au plus offrant à l’ONU, exactement comme le ferait une pute sur la rue. Et contre de substantielles subventions, il reçoit des réfugiés illégaux clandestins – qu’il garde dans une prison – que l’Australie lui envoie, ne les acceptant pas elle-même chez eux.

 

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Gâchis économique sur toute la ligne, donc. Et gâchis écologique également…

 

Car l’île n’est plus maintenant qu’une sorte de caillou desséché et crevassé par une centaine d’années d’exploitation qui ont détruit pratiquement toute sa vie végétale ainsi toutes ses terres cultivables.

 

Fascinant, oui… C’est le moins que l’on puisse dire.

 

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* * * * *

 

Bref, nous voici rendus à la morale de cette histoire invraisemblable…

 

Cela ne paraît pas, comme ça, à l’échelle planétaire, parce que la Terre est immensément vaste et que la valeur du temps est proportionnelle à celle-ci, mais nous sommes tous en train de vivre en cet instant précis la même folie des grandeurs que la petite République de Nauru. Et nous nous dirigeons, nous également, tout droit vers la catastrophe.

 

Comme eux, nous extrayons nos ressources naturelles – qui sont loin d’être inépuisables – à une vitesse folle.

 

Et nous aussi nous les extrayons seulement que dans un but de profits financiers immédiats pour nous procurer toutes sortes de biens matériels de luxe éphémères. Nous aussi nous dépensons comme des poules pas de tête, sans penser à l’avenir. Nous aussi, en fait, nous nous foutons complètement du lendemain pourvu que nous puissions nous payer du bon temps dans le moment présent, drette là, tout de suite, sans aucune responsabilité envers les générations qui vont suivre.

 

Nous ne leur laisserons, à elles, qu’un champ desséché de ruines, exactement comme l’est aujourd’hui l’île de Nauru

 

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Amen

 

Yvan Yvan

 

Si vous avez 28 minutes à votre disposition et si vous désirez pleurer sur la réalité de ce qui se passe là-bas, à Nauru, je vous invite cordialement à écouter ceci.

 



11/04/2017
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