Les maudits vents

Les maudits vents

L'homme qui marche --- par Jean Béliveau

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L’HOMME QUI MARCHE

11 ans autour du monde, 54 paires de chaussures usées, 75 000 kilomètres à pied

Par Jean Béliveau

Aux Éditions Flammarion Québec

2013

252 pages

 

Aux Éditions Arthaud – Collection Traversée des mondes

2013

252 pages

 

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SYNOPSIS (4e de couverture)

 

Jean Béliveau est parti le jour de ses quarante-cinq ans, le 18 août 2000, de Montréal. Il est rentré chez lui le 16 octobre 2011 après avoir parcouru 75 543 km à travers 64 pays. Sa marche a été reconnue par l’Unesco dans le cadre de la décennie internationale dédiée à la paix pour les enfants.

 

Durant ces 11 années, le marcheur porte turban et grande barbe au Soudan, mange des insectes en Afrique, du chien en Corée et du serpent en Chine. Il dort sous les ponts, dans des foyers pour sans-abri, voire dans des prisons, mais la plupart du temps chez des gens séduits par son aventure.

 

Ce livre dévoile la belle histoire d’un homme qui a transformé sa vie en une véritable odyssée. Ses nombreux fans ont pu le suivre sur le site Internet que sa compagne Luce a animé pour le soutenir. Son périple a fait l’objet d’un documentaire, Des ailes aux talons. Depuis son retour, Jean Béliveau rencontre les jeunes dans les écoles et présente partout ses conférences.

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 photo : site wwwalk.org

MES COMMENTAIRES

 

J’ai rencontré cet homme-là en personne. Du moins, j’en suis presque sûr, même si ne m’en souviens plus. C’est quasiment impossible autrement. Voyez plutôt : nous avons pratiquement le même âge et nous venons de la même petite région (Asbestos, Québec). Si ça se trouve, nous avons sans doute fréquenté l’une ou plusieurs de nos écoles respectives en même temps. Par ailleurs, il m’est parfois arrivé (lors de mariages ou de randonnées de ski de fond) de me rendre à la salle de réception tenue par son père, à Danville, là où il raconte avoir lui-même travaillé lorsqu’il était jeune. Je ne serais pas du tout surpris d’apprendre qu’il m’ait déjà servi une bière au bar de cet établissement, par exemple, pourquoi pas ?

 

Bref, à cette époque, si j’avais vu dans une boule de cristal ce que cet individu allait accomplir plus tard, je lui aurais porté une attention particulière, et je lui aurai demandé d’avance un autographe !

 

Venons-en justement à ça, maintenant – à ce qu’il a accompli. Mazette, on rit p’us !

 

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Le 18 août 2000, le jour anniversaire de ses 45 ans, Jean Béliveau (aucun rapport avec le célèbre joueur de hockey) a quitté femme, enfants, job et tout son confort moderne pour entreprendre un trip autour du monde sur ses deux pieds et en transportant un maigre bagage dans une voiturette de bébé. Un trip qui allait durer plusieurs années – 11, au total.

 

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 photo : site wwwalk.org

 

En fait, au début, il avait envisagé de le faire en moins de temps, car il avait tout calculé en fonction d’accomplir cet exploit en courant – comme Forrest Gump ! Ce qu’il a d’ailleurs fait jusqu’à Atlanta (Géorgie, USA). À cet endroit, son corps n’en pouvant plus, il a décidé de ralentir la cadence, en marchant, désormais. Une sage adaptation aux circonstances, sans aucun doute.

 

Mais quelle mouche l’avait donc piqué de mettre ainsi les voiles sur un « coup de tête » ? Car il avait vraiment décidé non seulement de tirer sa révérence du jour au lendemain, mais également de partir sans préparation, sans ressources financières, et sans trop savoir comment il se débrouillerait concrètement.

 

Difficile à saisir, mais il faut dire aussi qu’il était alors aux prises avec un ensemble de facteurs psychologiques tordus dont, entre autres, une dépression nerveuse profonde, une plongée dans l’étape du « mitan de la vie », et une prise de conscience majeure envers le non-sens de son quotidien routinier, de sa situation matérielle et de son rapport avec la notion de l’argent.

 

Il s’agissait en tout cas de motifs très personnels qui ne regardaient apparemment que lui. Qui ne regardaient même pas sa femme, Luce, apprend-on. Car il ne lui a annoncé son intention – ou plutôt sa décision – de larguer les amarres qu’à la toute dernière minute, à celle-là. Un comportement quelque peu égocentrique et irrespectueux, ont jugé d’aucuns…

 

Et à propos de sa femme, arrêtons-nous un moment sur… sur cette sainte (ça existe vraisemblablement en dehors des couvents de bonnes sœurs)…

 

Après l’avoir écouté, elle a accepté qu’il parte ainsi, sans tambour ni trompette. Et elle a accepté de rester à la maison en attendant qu’il revienne. Et elle a en plus accepté de l’aider : en lui inventant une cause, tout d’abord, celle de la paix pour les enfants dans le monde ; et en facilitant son cheminement à distance, c’est-à-dire en s’occupant de tous les trucs administratifs, en créant un site Internet et en lui faisant de la publicité (par téléphones et courriels…) pour qu’il soit attendu et reçu dans les régions où ses pas le menaient.

 

Elle s’est sacrifiée en quelque sorte pour qu’il puisse lui-même vivre sa vinaigrette. Une sainte, ai-je dit.

 

L’homme le reconnait, toutefois. Il sait que, sans elle, il n’aurait jamais accompli ce trip personnel. Du moins, ce dernier n’aurait pas perduré pendant cette extravagante période de 11 années. Et il lui rend hommage : son amour pour elle revient quelquefois le long de son récit.

 

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 photo : site wwwalk.org

 

Les chapitres du livre suivent l’ordre chronologique de son périple : d’année en année, de pays en pays. Et comme les carnets de voyage de tous les globe-trotteurs du monde entier rassemblés en un minuscule recueil, celui-ci décrit – beaucoup trop – rapidement les pays concernés ; ce qui est extrêmement frustrant pour les lecteurs. Mais comment s’y prendre autrement ? Misère… Comment détailler, en effet, une marche intercontinentale de 64 pays échelonnée sur 11 ans en quelques malheureuses 250 pages ?

 

Le voyageur a été aidé dans la rédaction de son bouquin par une journaliste française, Géraldine Woessner, qui n’a pas signé en tant qu’auteure, mais qui a pris la peine d’écrire quelques mots en préface.

 

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 photo : site babelio.com

 

Sans doute Béliveau lui doit-il l’angle de présentation de son odyssée. Si tel est le cas, elle a très bien réussi, au moins, à nous faire partager la palette d’émotions vécues par cet homme à travers ses millions de pas. Il n’y a aucune description touristique dans cet ouvrage – ou sinon très peu. Mais d’atmosphère, d’ambiance, ah ça oui.

 

En tant que lecteur assis bien confortablement dans notre salon, nous sommes plongés dans l’univers intérieur profond du marcheur et de tous les sentiments qui lui sont passés par la tête au fur et à mesure de son avancée. De cette façon, nous vivons avec lui, tour à tour :

 

- ses périodes de détermination ;

 

- ses moments d’extase et de transcendance ;

 

- l’ensemble de ses peurs (peur de manquer d’eau et de nourriture, peur que des brutes s’en prennent violemment à lui, peur des animaux sauvages, peur du découragement et de renoncer avant la fin…) ;

 

- ses souffrances physiques et mentales (dans les montagnes, dans les déserts, dans le froid et les chaleurs extrêmes, dans ses blessures et ses maladies…) ;

 

- ses pénibles remises en question personnelles (en Éthiopie, notamment) ;

 

- son attitude (à première vue je-m’en-foutiste) lors de ses passages dans les zones à haut risque pour les touristes étrangers (Soudan, Égypte, Philippines…), où sa présence a nécessité un branle-bas et une protection policière et militaire considérable de la part des pays concernés ;

 

- sa multitude de soliloques – ou de dialogues avec la nature – au milieu de la solitude des déserts, des montagnes et des forêts sans fin ;

 

- et ses nombreuses réflexions sur les peuples, sur les religions, sur la nature humaine en général et sur notre condition de nantis occidentaux consommateurs insouciants…

 

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 photo : site wwwalk.org

 

Une fois la lecture de cette odyssée complétée, et à moins que nous soyons complètement insensibles, et même si nous n’avons pas quitté nos pantoufles pour en prendre connaissance, nous ne pouvons pas fermer ce récit sans ressentir un certain malaise intérieur par rapport à notre situation de privilégiés – et aux obligations morales que celle-ci implique envers le reste du monde.

 

Un autre livre, donc, pour nous donner mauvaise conscience par rapport aux plus démunis de la planète et à la destruction de l’environnement. Mais un livre néanmoins nécessaire, car plus on frappera sur ce clou, et plus nous serons forcés de reconsidérer nos habitudes de consommation outrancières et nos responsabilités à l’égard, au moins, de nos propres enfants et des générations futures… (Ceci était ma petite parenthèse).

 

Un bouquin très humble, en terminant. Humble dans le sens que cet homme, ce marcheur, cet aventurier ayant accompli un véritable exploit en soi, aurait très bien pu profiter de cette tribune pour glorifier son ego. Car en plus d’avoir rendu cette performance inouïe à terme, il a quand même amassé un tas d’argent pour la cause de la paix et des enfants. Et il a quand même aussi rencontré personnellement quatre prix Nobel de la paix – dont Nelson Mandela, rien de moins !

 

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 photo : site wwwalk.org

 

Mais le livre passe très très rapidement sur ces événements. Comme il passe sommairement sur les circonstances plus intimes vécues avec sa femme et les membres de sa famille, qui sont venus le rejoindre au cours de certaines étapes de ses pérégrinations. Il se concentre plutôt, et essentiellement, sur son monde intérieur et sur les gens qu’il a croisés et qui l’ont le plus marqué. C’est un choix qui en vaut bien d’autres – et il fallait bien trancher dans le gras un moment donné.

 

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 photo : site wwwalk.org

 

Un beau récit d’aventures, au final, écrit dans une prose poétique, qui nous fait voyager autant psychiquement que spirituellement, que culturellement et que « politiquement ».

 

PS) À noter qu’une trentaine de photos couleur sont rassemblées en son milieu.

 

PS) À noter aussi qu’un documentaire a été tiré de cette odyssée. Son titre : Des ailes aux talons.

 

PS) Beaucoup de critiques littéraires se plaignent d’être demeurés sur leur appétit à cause de la petitesse du livre par rapport à la démesure du voyage. J’entérine ce commentaire. Mais telles sont malheureusement les contraintes de l’option « bouquin » qui exigent de compresser les propos. Pour rassasier davantage notre faim, nous pouvons toujours nous rabattre sur quelques alternatives : surfer sur le site de l’auteur, par exemple, ou assister à ses conférences, ou encore entreprendre et vivre nous-mêmes ce qu’il a fait !

 

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 photo : site wwwalk.org

MON APPRÉCIATION

(pour bien comprendre l’attribution de cette cote, lire rapidement ceci)

 

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SITE DE L’AUTEUR

 

wwwalk.org

 

AUTRE OUVRAGE DE L’AUTEUR

 

Penser sa vie en marchant

Éditions Cornac

2015

 



22/11/2017
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