Les maudits vents

Les maudits vents

L'art de la marche --- par Olivier Bleys

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L’art de la marche

Par Olivier Bleys

Aux Éditions Albin Michel

2016

233 pages

 

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SYNOPSIS (4e de couverture)

 

« À l’âge où les vrais aventuriers raccrochent leur sac à dos », Olivier Bleys a choisi d’entreprendre un « tour du monde particulier » : marcher un mois par an, sans jamais dévier de son cap – plein est, vers le soleil levant.

 

Nous le suivons pas à pas, caméra à l’épaule. Les jours se succèdent, sur les routes ou sur les sentiers, à travers les plaines ou les montagnes, en plein nature ou dans les zones industrielles. Parti de Panpelonne, petit village du Tarn, il traverse l’Europe : Albertville, Andermatt, Tresenda, Venise, Dubrava, Križovljanska en Croatie, Miskolc enfin, en Hongrie, terme provisoire de ses six premières étapes.

 

Dans la langue inspirée qui est celle de son œuvre romanesque, Olivier Bleys décrit les joies, les fatigues, la solitude, les rencontres, les menus tracas et les grands plaisirs du long chemin. À une époque où tout va vite, trop vite, l’auteur de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes exalte l’esprit de lenteur, chante ce « voyage sans fin qui peut se poursuivre tout le long d’une vie », et fait de ce tour du monde par étapes l’aventure extraordinaire d’un homme ordinaire.

 

L’AUTEUR (site des Éditions Albin Michel)

 

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Olivier Bleys a reçu de nombreux prix – dont le prix François Mauriac de l’Académie française et le Grand Prix du Roman de la SGDL. Traduit en dix langues, il a publié aux Éditions Albin Michel Le maître de café, et plus récemment Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (août 2015), dans la première sélection du Prix Goncourt et qui a figuré dans le carré final du Goncourt des lycéens.

 

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Photo : site olivierbleys.com 

 

MES COMMENTAIRES

 

Ouf, quelle plume !

 

Voilà une magnifique écriture, en effet. Une écriture qui compense la relative facilité de l’aventure vécue par l’auteur (si on la compare aux Béliveau-Ollivier-Marquis de ce monde). Une littérature qui nous entraine dans son sillage sans aucun effort de concentration. Comme on serait d’ailleurs éventuellement porté à se laisser entrainer physiquement dans le trip pédestre qui y est relaté.

 

Conséquemment, on passe à travers ce livre en deux temps trois mouvements, comme une flèche. Et on en sort tout à fait ravi, et pas du tout essoufflé.

 

* * *

 

À cause de contraintes professionnelles, familiales et financières, l’auteur n’a pas entrepris son périple autour du globe en abandonnant entourage proche, travail et tout le saint-frusquin – comme tant d’autres l’ont fait – afin de vivre une aventure s’échelonnant sur des années. Il a certes pris la décision de se taper le tour du monde au grand complet – en une ligne plus ou moins droite –, mais cela s’est traduit dans son cas par le choix de le faire par étapes successives ; c’est-à-dire en voyageant seulement quelques semaines par année, et en amorçant chaque nouveau départ exactement là où la randonnée précédente s’était arrêtée.

 

Lorsqu’il a publié son bouquin – en 2016 –, il était parvenu au terme de sa septième étape. Il était originairement parti d’un petit village de France – Pampelonne – et son dernier arrêt temporaire avait été une ville du nom de Miskole, à l’est de la Hongrie. Son livre est structuré de cette façon – traditionnelle : un chapitre par déplacement annuel.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Bleys--Olivier---L--art-de-la-marche---Itin--raire.jpeg photo : site olivierbleys.com

 

Depuis ce temps, du moins d’après les nouvelles qu’il fournit sur son site Internet, deux autres étapes se sont concrétisées. Sa dernière s’est apparemment terminée à Kiev, d’où il reprendra son périple l’an prochain. Ce qui laisse présager qu’un nouveau bouquin verra éventuellement le jour lorsque l’homme aura accumulé assez de matériel pour le remplir.

 

Ce qui sera une très bonne chose pour les lecteurs qui ont apprécié celui-ci – dont bibi.

 

* * *

 

L’art de la marche n’est pas tant un récit de voyage qu’une ode dédiée aux vertus de la randonnée pédestre. À travers son périple, l’auteur y décrit tous les bienfaits de cette activité, tant physiques, que psychiques, et que spirituels. Ce mot – spirituel – n’étant évidemment pas à prendre dans son sens religieux, mais bien, plutôt, dans celui de « voyage intérieur », genre.

 

Nul besoin de préciser que cet homme en est accro – de cet exercice. C’est une véritable passion, oui. Et il tente de nous la faire partager – avec succès.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Bleys--Olivier---L--art-de-la-marche---En-randonneur.jpgphoto : site parentis.com
 

Au début, par contre, ce n’était pas évident. Il semblait davantage obsédé par son tour du monde que par l’activité de la marche en tant que telle. Il nous raconte d’ailleurs honnêtement à quel point il était mal préparé à ce moment-là, plus ou moins pris au dépourvu la veille même de son départ, et amorçant les premiers kilomètres en tenue vestimentaire pas du tout adaptée à ce genre de sport. Mais les choses se sont rapidement replacées.

 

Et d’un truc plus ou moins sérieux – à première vue –, cela est devenu une véritable histoire de cœur dont on ne doute plus qu’il viendra à bout ultimement.

 

Olivier Bleys demeure néanmoins avec l’esprit critique : la marche, oui, mais pas à n’importe quel prix. Au fur et à mesure de son avancée, il a appris à tester ses limites, à se connaitre et à se respecter. Cela dit, même s’il idolâtre des gens comme Mike Horn, Sarah Marquis, Jean Béliveau et Bernard Ollivier, il ne cherche pas du tout à les imiter, conscient qu’il en serait incapable de toute façon.

 

De cette façon, quand arrive le temps de s’aventurer sur les routes pour une longue période, il leste certes son sac à dos de son kit de camping, mais ce matos n’est là que pour le dépanner le cas échéant. Le soir venu, il n’hésite pas, en effet, à louer chambres (avec douche) s’il s’en trouve sur son lieu de halte. Même chose pour la nourriture : il ne dédaigne aucun café ou bistro qui jalonnent son itinéraire. Du point de vue de la boustifaille, il me semble d’ailleurs d’un joyeux épicurien – comme tous les Français, ai-je cru aussi remarquer –, ne pouvant s’empêcher de profiter sans remords d’une bonne table chaque fois que l’occasion se présente.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Bleys--Olivier---L--art-de-la-marche---Repos.jpgphoto : site vimeo.com
 

Mais là où il devient catégorique, c’est par rapport à l’aspect « social » de son activité…

 

Sur les sept étapes qu’il a complétées au moment de l’édition de son livre, il en avait fait deux en parfait solitaire : la première (en France) et la dernière (en Hongrie). Expérience non concluante en ce qui le concerne. Surtout la dernière qu’il ne semble pas du tout avoir appréciée. Il termine d’ailleurs son bouquin en ces termes :

 

« Une certitude : je ne marcherai plus seul. De grands aventuriers sont de trempe à franchir tout un continent, flanqués de leur seule ombre ou, à la rigueur, d’un animal de compagnie. Sarah Marquis l’a fait, à travers l’Australie, sans autre partenaire qu’un chien bâté. Je n’ai pas sa vaillance. À mes yeux, les longs voyages à pied n’ont d’intérêt, car d’agrément, qu’accomplis à deux ou à plusieurs. Il m’appartiendra de recruter des compagnes et des compagnons de marches désirant, comme moi, avaler l’horizon qui toujours se dérobe. » (fin)

 

Deux autres étapes ont été accomplies depuis cette décision qui semblait irrévocable. S’en est-il tenu à cette injonction personnelle ? Une consultation de son site sera nécessaire pour connaitre la réponse. Sinon, il faudra attendre la parution de son prochain livre.

 

Suspense…

 

* * *

 

Il a été précédemment mentionné qu’Olivier Bleys était écrivain de profession. Il n’en est pas à ses premières armes dans le monde de l’édition, en effet. Il a plus d’une trentaine de romans à son actif, dont quelques-uns ont mérité des prix. Détail que j’ignorais en entreprenant ce bouquin. Mais dès les premières lignes, j’ai tout de suite senti qu’il y avait anguille sous roche.

 

J’ai déjà lu des récits d’aventures de gens ayant « l’écriture facile », comme on dit, mais il m’a été rapidement évident que celle de cet auteur-ci se situait carrément plusieurs crans au-dessus de la grosse moyenne des ours. Tellement que je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur Internet afin d’en avoir le cœur net, ce que je ne fais jamais avant la fin d’une lecture pour ne pas me laisser influencer. Mais là, c’était trop tentant. Avais-je affaire à un génie de la plume ayant tout à coup jailli du placard – comme Bernard Ollivier, genre ? Mais non – et loin s’en fallait !

 

Et c’est justement cette langue habilement maniée, entre autres, qui rend ce bouquin si fluide et si le fun à lire.

 

Ce périple a probablement été écrit une fois que le voyageur a été de retour chez lui, bien au chaud, en relisant ses notes. Mais il est toutefois émaillé de passages qui avaient été rédigés à chaud dans son carnet Moleskine dans le détour de quelques haltes sur le bord de la route : des pensées, des réflexions, toutes plus poétiques et cogitées les unes que les autres.

 

https://static.blog4ever.com/2016/03/816195/Bleys--Olivier---L--art-de-la-marche-----criture.jpgphoto : site olivierbleys.com
 

Et l’on se prend maintenant à se languir de la parution de ses prochaines aventures.

 

Seul élément négatif : je suis toujours un peu déçu lorsque les responsables de l’édition décident de ne pas insérer quelques photos dans ce genre de bouquin. Il est vrai que, dans certains cas – comme dans celui-ci –, grâce à la magnifique prose de l’auteur, il est facile de s’imaginer les scènes et les décors. Mais quand même, personnellement, cette absence de documents visuels me laisse sans cesse avec la sensation d’un petit manque : comme quand je termine un repas sans dessert à la fin.

 

Par contre, son site n’en manque pas.

 

MON APPRÉCIATION

(pour bien comprendre l’attribution de cette cote, lire rapidement ceci)

 

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SITE INTERNET DE L’AUTEUR

 

olivierbleys.com

 

AUTRES OUVRAGES DE L’AUTEUR

 

Trop long à énumérer ici, car il en a plus d’une trentaine à son actif. Pour les connaitre, je vous réfère  à cette page de son site

 

Mais, je souligne néanmoins celui-ci :

 

Manifeste de la marche

Éditions Elytis

2016



13/01/2018
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