Les maudits vents

Les maudits vents

(25) 4 juillet 2018 - Mes derniers pas en Pennsylvanie

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3 000 km avec une poussette (ou ma longue marche en solitaire dans les USA)

Chronique # 25 – Mes derniers pas en Pennsylvanie  

Mercredi soir, le 4 juillet 2018

Huguenot, (New York State, USA), sous un shelter municipal (US 209 Rd)

 

Le matin de mon réveil, dans ma petite église de Barnesville, j’ai amorcé un deuil difficile. C’est là en effet que j’ai été obligé de me départir de ma meilleure paire de shoe-claques de marche. Je n’avais plus le choix. Étant donné que mon doigt passait à travers la semelle via un trou qui était gros comme un 30 sous, eh bien, la réciproque était également vraie : les cailloux sur la route entraient allègrement dans la chaussure par le même orifice.

 

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Ce que je ne savais pas encore (quoique je m’en doutais très bien, au fond), c’est qu’à partir de ce moment-là, mes pieds – qui étaient déjà en piteux état – allaient se mettre à en payer le gros prix pour de vrai. Et étant donné l’importance que cela revêtira au fur et à mesure de ma montée vers le nord, je prends ici le temps de faire un court topo de la situation sur ce sujet – question de partir du bon pied, hi hi !

 

Quand je suis parti pour La Nouvelle-Orléans en mai dernier, j’avais apporté 2 paires de shoe-claques. Il s’agissait de mes deux paires avec lesquelles je faisais mon petit jogging quotidien dans les rues de mon quartier. Elles étaient alors très potables et propres à ce moment-là. La première était celle que j’étais sur le point de jeter à la poubelle en ce lundi matin du 2 juillet. L’autre était noire et plus délicate.

 

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Quand j’ai entrepris cette promenade, je me suis rendu compte assez rapidement que la 1ère paire était passablement bien adaptée à mes pieds. Par contre, les noires étaient un brin trop serrées. Lorsque je faisais mon jogging pout-pout à la maison, je ne m’apercevais de rien. Mais du moment que je me suis mis à marcher une cinquantaine de kilomètres par jour, là, ça a commencé à paraitre. De sorte que j’ai alterné les paires à peu près de la façon suivante : 75 % du temps environ pour la 1ère, et 25 % pour les noires. Il y a eu des ampoules et des plaies pas mal tout le long – c’était inévitable –, mais ça se toffait quand même assez bien dans l’ensemble compte tenu des circonstances, même si je sentais bien que ça allait crescendo graine à graine, de jour en jour.

 

Un moment donné, sur la route, sachant que la 1ère paire rendrait vraisemblablement l’âme avant la fin de cette aventure, je m’en suis procuré une autre en passant par hasard devant un magasin de sport. J’ai déjà relaté cet épisode. Et j’avais aussi dit, à ce moment-là, que j’avais fait une erreur d’achat. J’avais fait ça trop vite.

 

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En fait, ces shoe-claques-là ne se sont jamais vraiment adaptés à mes pieds, même si j’ai eu beau les enfiler un peu chaque jour pour essayer de les casser.

 

De sorte que ce matin-là du 2 juillet, lorsque j’ai mis la 1ère à la poubelle – Dieu ait son âme –, je reprenais la route avec la paire noire (un peu trop serrée) et la nouvelle (qui s’obstinait à ne pas s’adapter). Je les ai portés jusqu’à l’accomplissement de mon périple (je ne le savais pas encore, mais il me restait 13 jours à faire) en les alternant dépendamment de la manière dont je les sentais.

 

À la fin, j’avoue que y’était pas mal temps que j’arrive.

 

2 juillet

 

Rien de particulier à signaler en ce qui concerne la première moitié de cette journée-là. Les conditions étaient excellentes pour avancer, et c’est ce que j’ai fait, un pas après l’autre et haut les cœurs.

 

Quand je suis arrivé dans la ville de Jim Thorpe (ainsi baptisée en l’honneur du plus grand athlète américain de tous les temps), c’est là que mon allure a changé. Et si mon allure a changé, c’est bien sûr à cause des côtes qui sont soudainement apparues.

 

À Jim Thorpe, j’ai en tout cas été agréablement surpris par le charme de cette petite ville qui était – je m’en rendais bien compte – très touristique. Elle m’a fait penser un peu à Durbin (Virginie-Occidentale) à cause de son train d’époque, ici aussi, qui donnait des rides aux touristes dans la région le long de la Lehigh Gorge Scenic Trail.

 

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J’apprendrai plus tard que cette municipalité avait déjà été élue la 4e petite ville la plus jolie des États-Unis par le Rand McNally ans USA Today. C’est pas rien, ça.

 

J’ai eu l’honneur de la traverser.

 

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En sortant de la ville, je me suis mis à monter, pis à monter, pis à monter encore. Quand je fais de la randonnée pédestre, je dis toujours que c’est le fun de monter, ne serait-ce que pour la récompense qui nous attend en haut – la vue. Et ici, pendant tout le temps que j’ai monté, la vue a effectivement été très belle.

 

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Mais comme pour la Virginie-Occidentale, je n’étais pas dans des conditions idéales pour vraiment l’apprécier. C’était évidemment différent pour mon Pout-Pout, qui n’avait que ça à faire, lui – admirer la vue –, étant donné qu’il se laissait paresseusement pousser par son sherpa de service.

 

Dans la ville suivante, Lehighton, il m’est arrivé un pépin dont je me serais bien passé…

 

Un moment donné, je devais tourner à gauche et prendre un pont, pont qui se transformait ensuite en un viaduc, celui-ci survolant une partie de la ville sur un demi-kilomètre.

 

Je me suis retrouvé dessus par le côté droit. Le problème, c’est qu’il n’y avait qu’un seul trottoir sur ce pont, et qu’il se trouvait sur le côté gauche. Lorsque je m’en suis rendu compte, le trafic était tel (c’était pare-choc contre pare-choc) que je ne pouvais plus traverser de l’autre côté. La photo ci-dessous montre l’hurluberlu en question sur le pont en question, mais sans le trafic en question :

 

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Comme je ne pouvais plus rien faire d’autre que d’aller de l’avant, eh bien c’est ce que j’ai fait, et à la vitesse grand V et en me serrant les fesses, et en tentant d’ignorer les klaxons furieux qui fusaient sans arrêt derrière moi ainsi que les gros mots de certains conducteurs qui passaient à côté de moi après avoir tant bien que mal réussi à me contourner.

 

Ça a duré 500 mètres comme ça. 500 mètres, c’est ½ km. ½ km, à la vitesse que j’allais, c’est un peu plus de 4 minutes de marche. Pis 4 minutes dans ces conditions, ben c’est long en ta !

 

Mais je suis venu à bout de parvenir à son extrémité et de retrouver un accotement digne de ce nom. J’ai ralenti ensuite un peu le rythme, le temps de me remettre de mes émotions. Cinq minutes plus tard, une auto-patrouille m’a obligé à stopper. Deux policiers sont débarqués et ont marché directement vers moi d’un pas décidé et avec des airs de beu comme c’est pas permis.

 

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J’ai tout de suite pressenti que j’allais passer un très mauvais quart d’heure. Gloup !

 

Ils m’ont demandé tout de go (en aboyant) si c’était moi le twit qui étais sur le pont tout à l’heure (ils avaient reçu un call, comme quoi un malade se baladait en plein trafic avec un Pout-Pout au lieu d’utiliser le trottoir prévu à cet effet).

 

J’ai fait semblant de ne pas comprendre la question :

 

— Lo siento señor. No comprendo pantoute what you say

 

Je leur ai dit tout de suite, avec un épouvantable accent – accent que j’ai fait exprès d’exagérer– que j’étais canadien-français et que mon anglais était déficient. Ça les a aussitôt calmés (un peu).

 

Je leur ai ensuite expliqué mon projet, comme je l’avais déjà fait cent fois depuis le début de mon périple. Et ça a immédiatement eu l’effet escompté : au fur et à mesure que je racontais ce que j’avais accompli, leur agressivité initiale s’est transformée en stupéfaction puis en admiration, pour finir par de grandes claques de félicitations dans le dos et de poings bum.

 

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Ils ne sont plus revenus sur l’incident du pont, ils m’ont plutôt serré la pince en me souhaitant bonne chance, et je suis reparti avec mon petit bonheur. Ouf !

 

Pas longtemps après, j’étais en train de suer comme un cochon en poussant mon Pout-Pout à bout de bras dans une montée quand une voiture s’est arrêtée juste à côté de moi, sur ma gauche. J’ai tourné la tête et j’ai vu un gars derrière le volant de son véhicule qui me souriait à pleines dents. Nous n’avons pas eu le temps d’échanger un seul mot qu’il m’a tendu deux bouteilles de Gatorade ultra froides par la fenêtre du passager.

 

— Eh ! Thank you, man !

 

— Pensylvanias’s hospitality, m’a-t-il simplement répondu en me souriant de plus belle et en reprenant sa route sans un mot de plus.

 

Tout cela n’avait même pas duré 30 secondes. Je me suis d’ailleurs demandé si j’avais été victime d’une hallucination. Les deux bouteilles que je tenais encore dans les mains semblaient du moins me prouver le contraire.

 

Ce soir-là, après 52 km, j’ai monté ma tente sous un shelter 5 étoiles, à Traschville, avec la bénédiction du pasteur. J’ai retiré mes chaussures pour examiner les dégâts, et j’ai vaporisé quelques litres d’alcool sur les plaies en retenant mes cris de douleurs comme j’ai pu.

 

3 juillet

 

Journée monotone sur une route monotone – au moins, les côtes m’ont offert un petit break. Il ne m’est arrivé qu’une seule anecdote, et elle est si banale que je suis gêné de la rapporter. Voyez plutôt…

 

Un mec en pick-up s’est arrêté quelque part et m’a proposé un lift. Mais sa boite de truck était tellement pleine de cossins et de gugusses qu’il n’y avait pas un pouce carré de disponible pour mon Pout-Pout.

 

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Je l’ai remercié pour sa peine, car comme on dit dans ces occasions-là : c’est l’intention qui compte…

 

Voilà, c’était mon anecdote de la journée. Je sais : plus plate que ça, tu t’endors en marchant en arrière de ton Pout-Pout.

 

Je conclus donc rapidement ce 3 juillet en racontant comment il s’est terminé.

 

Alors que je me trouvais à environ 3 km avant un village qui s’appelle Marshalls Creek, un motel est apparu sur ma droite.

 

Il était tôt – c’était le début de l’après-midi. Mon Pout-Poutomètre indiquait que je n’avais parcouru que 40 km depuis mon départ de ce matin. Dans ces conditions, ce bâtiment, normalement, ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Je serais d’ailleurs passé devant lui avec dédain, comme un snob.

 

Mais là, aujourd’hui, et sans que je puisse l’en empêcher, mon cerveau s’est mis à calculer aussi vite qu’un ordinateur Sunway TaihuLight. Et il a promptement évalué ma situation en regard d’un paquet de facteurs : la chaleur, la fatigue accumulée, mon niveau d’hygiène personnelle – parvenu à la limite de la dignité humaine –, et surtout l’état de mes pieds. Et ça n’a même pas pris 30 secondes que la réponse est sortie de la slot de la machine. C’était simplement écrit ceci : STOP ! Je ne me suis pas obstiné et j’ai emprunté la voie de desserte vers cette oasis prometteuse de confort.

 

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C’était la toute première fois que je me permettais un motel de ma propre initiative. Je me sentais un peu coupable, mais j’ai fait avec.

 

Moins d’une heure plus tard, j’étais à l’air clim, étendu sur un lit duveteux, propre comme un sou neuf, les pieds respirant à l’air libre, l’ordinateur sur mes genoux, et en train de parler avec ma Domi et tentant de bannir toutes lamentations de notre conversation.

 

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Juste avant, j’avais évidemment pris une douche de l’enfer (ma première depuis Mathusalem).

 

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Je m’étais également occupé de mes pieds. À part les écorchures et les orteils multicolores, j’avais deux immenses ampoules qui, je l’espérais, perceraient durant la nuit.

 

4 juillet

 

Après avoir célébré (seul) la Fête nationale des Québécois en Virginie-Occidentale, et la Fête nationale des Canadiens en Pennsylvanie (seul aussi), voilà que je m’apprêtais aujourd’hui à célébrer la Fête nationale des Américains (toujours seul) en Pennsylvanie et (peut-être) dans l’état de New York.

 

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Tout en reprenant mon bâton de pèlerin, ce matin-là, je me suis demandé où je célébrerais celle des Français, le 14 juillet prochain. Avec un peu de chance, ce serait au Québec (et pas seul, cette fois), mais ce serait serré : il me restait 10 jours pour y arriver. Et un dernier état à traverser, et non le moindre : le New York State

 

Cette journée-là m’a fait un peu peur. C’était très humide, et ça sentait les orages à plein nez. Et je m’enlignais sur une route où il n’y avait à peu près pas d’habitations. J’entrerais même, un moment donné, dans un Parc national : le Delaware Water Gap National Recreation Area, qui est à cheval sur deux états : la Pennsylvanie et le New Jersey

 

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Et c’était reparti pour un tour. Comme d’habitude, au début, ça a bien été. Pis un moment donné, je suis entré dans le fameux parc.

 

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Remarquez que ça aurait pu continuer à bien se passer. Il n’y avait pas beaucoup d’accotement pour circuler, mais le trafic n’était pas trop heavy, de sorte que c’était pas dangereux. Pis ce n’était qu’un peu vallonneux. Pis je marchais dans la belle nature protégée. C’était de toute beauté par bouts. Je respirais le bon air pur (même s’il était gorgé d’humidité).

 

Mais il y avait un « mais »…

 

Il y a toujours un « mais ».

 

Et le « mais », ce coup-ci, c’était le ciel qui devenait de plus en plus noir. Je me retournais à tout bout de champ, et je voyais bien que l’orage allait me tomber dessus dans un avenir à très court terme. Et là, j’étais vraiment mal, car j’étais dans un Parc national, et que des habitations, y’en avait pas à des kilomètres à la ronde. Même que y’en avait pas pantoute.

 

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Qu’est-ce que j’allais faire, ce coup-ci, pour me sortir de ce pétrin ? J’ai fait la seule chose qu’il me restait à faire. La seule chose que je faisais d’ailleurs toujours dans ces circonstances-là. Je me suis mis à invoquer mon Ange gardien en lui demandant qu’il fasse comme d’habitude : c’est-à-dire qu’il s’arrange pour que tout se termine bien malgré les apparences. Il ne m’avait jamais fait faux bond en aucun moment à ce propos-là depuis presque le début de cette aventure. Dans ce cas, il prendrait de nouveau soin de moi, hein ? Gloup !

 

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J’ai cependant eu une grosse défaillance mystique lorsque j’ai commencé à sentir quelques gouttes me frapper sur la tête, prélude à la catastrophe qui allait me tomber dessus dans quelques secondes. J’ai alors baissé les bras. C’était vraisemblablement sans issue, ce coup-ci. Il existe des situations, comme celles-ci, où même les Anges gardiens ne peuvent apparemment rien faire tellement c’est désespéré. Je me suis donc préparé psychologiquement à recevoir la cataracte et à prier pour que la foudre – au moins – ne me frappe pas le coco.

 

J’en étais là dans mon total découragement, les épaules affaissées et sur le bord de brailler, lorsque tout à coup…

 

LORSQUE TOUT À COUP ?!!

 

Qu’ai-je aperçu derrière un bouquet d’arbres à environ 30 mètres devant moi, sur ma gauche ?

 

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Réponse : une vague structure…

 

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Je n’avais aucune espèce d’idée de kessé que c’était ça. Et j’ignorais totalement si je pouvais m’abriter là ou non. Tout ce que je savais, c’est que cette soudaine apparition représentait peut-être ma seule et unique chance de me sauver de l’apocalypse qui allait déferler dans quelques secondes. Car les gouttes de pluie étaient en train de se multiplier de façon exponentielle tout autour de moi.

 

Je me suis mis à courir comme un malade. J’étais the Marathon Man. J’étais la navette spatiale Discovery à moi tout seul. Je participais aux Jeux olympiques 2018 du Delaware Water Gap National Recreation Area pour la médaille d’or du 100 mètres en tandem avec mon Pout-Pout.

 

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Rendu devant la providentielle structure, j’ai vaguement remarqué qu’il s’agissait d’une vieille cabane abandonnée et à demi effondrée. Mais j’ai surtout aperçu l’ouverture en plein milieu.

 

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 La porte était ouverte lors de mon aventure dans cet endroit

 

Pour l’atteindre, il me fallait cependant passer à travers de hautes herbes. Qu’à cela ne tienne : j’ai foncé tête baissée en sonnant l’hallali. Mon Pout-Pout hurlait à pleins poumons et menaçait de casser à tout instant.

 

Je me suis engouffré dans le trou exactement à l’instant précis où le déluge s’abattait pour de bon. J’ai freiné tant bien que mal en haletant comme si je faisais une crise d’emphysème majeure. Encore une fois, je n’en croyais pas mes yeux : j’étais sain et sauf ! Et sec ! Et juste à temps ! Et au milieu de nulle part !

 

À propos de cette dernière affirmation, une vérification ultérieure me permettra de constater que la construction la plus près de cette cabane (où j’aurais peut-être pu trouver refuge) en amont était située à 6 km. Tandis que la plus près en aval était à 1,5 km.

 

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J’étais tellement sur le gros nerf que je me suis quasiment mis à genoux : pour reprendre mon souffle, pour m’ébahir de la fantastique tournure des événements, et pour remercier qui de droit pour tout ce qu’il venait de faire pour moi.

 

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À l’extérieur, c’était le déluge. Je ne m’entendais même plus penser à force que ça tombait fort. Si j’avais été sur la route, je me serais noyé corps et bien, c’est sûr.

 

À l’intérieur, c’était le fouillis total. Y’avait là, pêle-mêle : de vieux matériaux de construction tous pourris, une dizaine de carcasses de frigos aux trois quarts rouillés, des fournaises à l’huile qui trainaient à demi enfouies dans le sol depuis des lustres… C’était vraiment bizarre de retrouver un tel dépotoir en plein milieu d’un Parc national. Mais c’est pas moi qui allais m’en plaindre – contrairement à d’habitude.

 

La bâtisse était elle-même tellement nase que les murs prenaient l’eau de partout : des cascades se déversaient tout autour de moi à travers de multiples fissures. MAIS J’ÉTAIS AU SEC !

 

Je suis resté dans cet abri de fortune quelque chose comme 1 ½ heure à attendre que les éléments se calment. Et quand je suis reparti, je n’ai même pas fait un kilomètre qu’un pick-up s’est arrêté à côté de moi :

 

— Do you want a ride ?

 

— Hein ? Yes for sure !

 

C’était Bobby. Il était cuisinier de son métier, et il s’en allait faire son shift dans un restaurant à Milford, où j’ai débarqué. Un joyeux luron qui avait la verve en feu, mais dont je n’ai compris qu’à peine 10 % de son discours !

 

Il m’a fait gagner 20,5 km, ce qui équivaut à environ 3,5 heures de marche. Le bilan de mes dernières heures se dressait donc comme suit :

 

Temps perdu dans ma cabane pourrie = 1,5 heure

Temps gagné avec le lift de Bobby = 3,5 heures

Malgré la pluie, j’étais donc en avance de = 2 heures

 

De Milford, je me suis aussitôt dirigé vers Port Jervis.

 

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J’ai traversé la rivière Delaware à 13h30, et J’ÉTAIS ENFIN RENDU DANS LE NEW YORK STATE, dernier état de mon périple à franchir avant la frontière du Québec ! J’étais tout énervé.

 

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J’ai continué, mais je me suis arrêté environ 8 km plus loin, dans un village qui s’appelle Huguenot. Il était tôt, mais le ciel était trop menaçant, encore une fois, et j’avais quand même couvert 65 km aujourd’hui (44,5 km à pied, et 20,5 km en pick-up)

 

Faut dire aussi que j’avais aperçu un shelter qui était très invitant. Invitant, certes, mais pas du tout évident. Il se trouvait tout au fond d’une rue adjacente, presque invisible de la route où j’étais, mais comme je l’ai déjà dit concernant les shelters, ceux-ci n’échappaient plus maintenant à mon œil infaillible.

 

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C’était un shelter forfait tout compris : à l’écart de toutes les foules, large toit, tables de pique-nique, lumière, électricité, et une toilette chimique pas très loin. Que demander de plus ?

 

Un sympathique policier qui passait par là en faisant sa ronde s’est arrêté, et il m’a spontanément donné la permission de m’y installer.

 

À partir de 21h00 environ, et jusqu’à 1h00 du matin, j’ai entendu des pétards éclater un peu partout autour de moi, ainsi que des feux d’artifice, mais je n’ai jamais vu un chat.

 

En fait, je me serais cru à quelques kilomètres derrière une ligne de front dans un pays en guerre : comme si j’entendais des coups de canon au loin, et que je voyais les lueurs de l’artillerie dans l’horizon du ciel de la nuit.

 

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DU LUNDI 2 JUILLET AU MERCREDI 4 JUILLET

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05/12/2018
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