Les maudits vents

Les maudits vents

2013-01-27 --- À la découverte de Quito

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De : Yvan Yvan – Quito

Date : dimanche, 27 janvier 2013

À : parents et amis

 

Bonjour à tous,

 

Me voilà confortablement installé dans les quartiers qui seront les miens pendant les deux prochaines semaines : c’est-à-dire dans une chambre très correcte, dans laquelle sont disposés un lit avec un matelas confortable, un fauteuil, un placard, un petit bureau pour étudier et écrire à l’aise, et dont la décoration se réduit au minimum.

 

Je suis actuellement le seul pensionnaire. Je dispose d’un accès à Internet (c’est super bon). Dans la cuarto de baño (salle de bain) de l’étage, il y a une douche avec de l’eau chaude (ça aussi, c’est très bon !). L’aéroport n’étant pas très loin d’ici, les avions qui atterrissent passent juste au-dessus de nos têtes (c’est moins bon, mais je m’habitue déjà). Il y a deux chiens qui aboient sans arrêt juste sous ma fenêtre (ça c’est pas bon du tout).

 

Bilan général : moins de vingt-quatre heures après son arrivée, le vieux voyageur occidental est rassuré. Dans ces conditions de confort, il se dit qu’il tiendra le coup pour les deux prochaines semaines. Quant à l’aspect social, faudra plutôt qu’il voie ça demain, à l’école.

 

Mes hôtes quiteños se prénomment Laly (femme à la maison – 52 ans) et Gustavo (63 ans). Gustavo est avocat ; et si je me fie à la maison dans laquelle je me trouve, ses affaires sont plutôt prospères. Ils ont deux filles, Isabel (30 ans) et Fernanda (28 ans) qui habitent toujours ici.

 

Comme je l’appréhendais, personne ne parle français – sauf Isabel (semple-t-il). Mais qu’à cela tienne : c’est pour mon bien. En faisant le grand plongeon linguistique de cette façon drastique (immersion), dans deux semaines, je serai probablement en mesure de vous faire une dissertation sur la théorie de la relativité (disons) ou sur la charte constitutionnelle de l’Équateur, en espagnol soigné, et sans accent... Pour cela, faudra premièrement que je leur parle (ce qui n’est pas évident – voir plus bas), et quand je le ferai, faudra aussi que j’essaie de ne pas leur parler en anglais. Les trois femmes le parlent toutes à différents degrés.

 

Bref, voilà pour la mise en place…

 

L’arrivée d’hier soir en sol équatorien s’est déroulée nickel chrome. L’avion n’a pas crashé (vous vous en doutez bien), mais j’ai trouvé l’atterrissage passablement spectaculaire, dans les montages et dans les nuages – tout cela éclairé par la pleine lune… houla…

 

L’envoyé de l’école était là, à l’aéroport, comme convenu, avec mon nom écrit sur son bout de carton. Il s’appelait Ramino. Très gentil. Ça n’a pas lésiné : poignée de mains, about-turn, et une quinzaine de minutes plus tard, sur la musique de Bob Dylan, je parvenais à destination après une traversée de Quito sans histoires. La partie nord de la ville correspond à la Quito moderne. De sorte que pendant un instant, je me suis demandé si je n’étais pas revenu à Montréal.

 

Aussitôt arrivé chez Laly, et aussitôt les présentations terminées, zip zap dans ma chambre. Il était presque minuit, mine de rien, et je soupçonnais que mon hôtesse, en robe de chambre, avaient hâte de retourner au lit. Je comprends ça. Est-ce que j’ai réussi à dormir, me demandez-vous peut-être ? Pas beaucoup : environ 4 heures. Mais l’adrénaline aidant, je me suis quand même levé en forme, ce matin. Allez hop ! L’aventure commence pour vrai ! que je me suis dit en imitant le cri de Tarzan (dans ma tête, évidemment)...  

 

Je me suis rendu dans la cuisine de l’étage pour prendre le petit-déjeuner avec la famille. Aussitôt assis, j’ai fièrement lancé mon : « ¿Puedo tener un vaso de vino tinto por favor? ». Ben non, je vous niaise encore ! Binne ! Binne ! Vous pensez bien que je me suis retenu – j’attends mon heure.

 

J’ai prestement expédié le petit-déjeuner, je m’en confesse. Premièrement, j’étais mal à l’aise de m’immiscer autour de cette table. Ils ne parlaient qu’entre eux, en espagnol à la vitesse grand V comme si je n’étais pas là (sauf à la toute fin)… C’était un peu gênant. Et en plus, ce matin, c’est bien certain que j’avais surtout hâte de partir à la découverte de la ville. Je me suis retenu tant que j’ai pu, pour ne pas paraître impoli. Et puis, après un moment, ça a enfin adonné : je me suis retrouvé dans la rue. Et c’est là que j’ai crié à tue-tête (dans ma tête, toujours) :

 

--- ¡Hola! ¡Buenos días Quito! ¿Dónde están Ecuatorianos? ¡Espérenme! ¡Llego!

 

Et je suis parti à la découverte de l’Amérique du Sud, comme un Francisco Pizarro à la conquête des Incas – le kodak tenant lieu de mousquet.

 

Comme je l’ai déjà mentionné, la casa de ma famille d’accueil se situe dans la partie moderne de Quito, juste à côté d’un gros stade de foot. À partir de là, je me suis premièrement rendu à pied à l’école de Bipo et de Toni, où je passerai les deux prochaines semaines. Elle se trouve à une cinquantaine de minutes d’une marche tranquille (4 km). Le trajet n’est pas très exotique, mais quand même... On voit très bien les montagnes qui environnent la ville, au loin. C’est cool.

 

L’école se trouve elle-même à une quinzaine de minutes de marche de la ville coloniale. C’est top, car c’est sans doute à cet endroit que je me retrouverai le plus souvent après les cours, en après-midi ; le charme de la capitale se retrouvant surtout là – l’UNESCO n’ayant évidemment pas décrété patrimoine mondial les récentes tours de béton de la ville moderne.

 

C’est d’ailleurs dans cette direction que j’ai continué ma route aujourd’hui, un peu au hasard, après avoir spotté l’école. Mais je me suis aussitôt perdu. Qu’à cela ne tienne, j’ai continué encore plus loin. Et je me suis perdu encore davantage. De sorte que je me suis rapidement retrouvé dans des ruelles malfamées et dans de véritables coupe-gorges. Ben non, je vous niaise encore (j’aime ça vous niaiser). Grâce à mon guide Routard et une carte détaillée de la ville que je traînais avec moi, ça allait plutôt bien côté orientation.

 

J’ai commencé par traverser le Parque el Ejido qui marque la limite entre les quartiers moderne et colonial. Une arche se dresse à l’entrée (voir les photos si, par chance, vous les avez reçues). L’ambiance y était familiale. Et des artistes-peintres locaux y exposaient leurs œuvres – ils font ça tous les week-ends, apparemment. Je m’y sentais bien. J’ai flâné longtemps dans ces espaces de verdure. Je respirais par le nez. Ça sentait bon l’air frais des montagnes andines, mais aussi, malheureusement, la pollution des grandes villes sud-américaines, les deux mêlés.

 

Puis, un moment donné, ne reculant devant rien, go encore plus loin, vers le sud. C’est là, mes amis, que le dépaysement a commencé pour vrai… ¡Viva el bonito Quito!

 

Quito, au départ, était une ville inca. Quand les Espagnols sont arrivés avec leurs gros canons et qu’ils l’ont envahie (avec succès), les Incas l’ont brûlée, plutôt que de la laisser à leurs ennemis. Les Espagnols en ont aussitôt construit une nouvelle, drette sur les ruines encore fumantes de celle de leurs victimes. Ça s’est passé en 1534, exactement la même année où Jacques Cartier a planté sa croix à Gaspé.

 

On peut penser n’importe quoi des circonstances de la fondation de Quito, mais force est d’admettre que ça a donné quelque chose de très beau, finalement (patrimoine mondial de l’UNESCO, n’oubliez pas).

 

Je me suis donc retrouvé au beau milieu d’une architecture assez impressionnante, pis mettez-en. Beaucoup d’églises (les Sud Américains sont très religieux), mais pas juste ça : pratiquement tous les bâtiments publics et les maisons ordinaires sont de pur style colonial espagnol. J’aurai l’occasion de vous en reparler. Aujourd’hui, je n’ai fait que flâner dans les rues, parmi la foule, en me gavant de nouveautés, sans trop m’arrêter, sans trop chercher à comprendre, les yeux partout, la tête un peu folle, et le clic-clic du kodak qui se faisait aller un peu à l’aveuglette. Pour les prochaines sorties, j’essaierai d’être plus structuré, promis !

 

Vers la fin de l’après-midi, j’avais le temps en masse de m’en revenir à pied, mais j’ai quand même emprunté l’Eco-Via, une ligne d’autobus « à faible émission de diesel » (c’est spécifié sur leur pub ; ce qui est une affirmation pour le moins indécente), qui enfile l’avenue 6 de Diciembre du sud au nord, et qui peut me déposer à un coin de rue de chez moi. Je vais sans doute le prendre tous les matins pour me rendre à l’École. Le voyage ne coûte que 25 cennes – c’est pas ça qui va me casser pendant ce voyage-là...

 

J’ai évidemment gardé mon sac bien serré par-devant moi, car Routard et compagnie nous mettent tous en garde contre les pickpockets qui sont apparemment légions dans les transports en commun, par ici. Mais je n’ai pas eu l’impression d’être spotté, comme le touriste fraîchement débarqué que j’étais. Faut dire aussi que je me la jouais cool, genre l’air de celui qui est ici depuis des années… Je suis certain que j’ai passé complètement inaperçu, ha !

 

J’ai débarqué avant ma destination, au hasard, et je suis retourné chez mes hôtes au pif, en longeant de belles avenues de la ville moderne et en traversant un superbe parc – le Parque Carolina – rempli de milliers de Quiteños qui riaient aux prouesses d’amuseurs publics ou qui s’adonnaient à toutes sortes d’activités physiques. L’ambiance ressemblait étrangement à nos festivals québécois ; sauf que c’est comme ça tous les week-ends dans ce parc là.

 

Parlant d’espaces verts (je ne peux encore m’en empêcher), où sont donc les parcs dignes de ce nom, à Trois-Rivières, monsieur notre bon maire Lévesque ? Ah oui, c’est vrai… il y a l’immense  parc Pie-XII (qui doit certainement faire 5% de la superficie du Parque Carolina, ici)… bien sûr, vous avez raison… Et le gigantesque parc Champlain aussi (75 x 125 m)… Aïe ! Je me rétracte. Oubliez ma question complètement hors de propos…

 

Bon, cela dit, il était temps que je rentre, car j’étais exténué d’avoir tant marché, mais aussi à cause du soleil qui m’a tapé sur la tête toute la journée. Lorsque je me suis acheté une casquette, il était trop tard : mon front (que je porte haut, comme vous savez) est rouge comme une tomate en ce moment. Oui, je sais : c’est pas fort…

 

J’attends maintenant le souper qui sera servi vers 19h30. J’espère que ça ira mieux que ce matin… Au fait, vous ai-je dit que ma pension comprenait le gîte + les trois repas ?

 

Sachez maintenant que le tarif exorbitant de cette pension est de 18,50 $ (14 €) par jour. Autrement dit, une semaine complète d’hébergement et de repas, ici (129,50 $ ou 98 €), est l’équivalent d’une chambre d’hôtel ordinaire, toute nue, pour une seule nuit, au Québec. Moi qui pensais avoir expérimenté un faible coût de la vie en Inde, je n’avais encore rien vu… C’est quasiment de l’exploitation, non ?

 

Bon, voilà !

 

C’est certain que je ne sors plus de la maison d’ici à demain matin. Premièrement, comme je le mentionnais, je suis crevé. Et ensuite, mon mentor, Routard, recommande de ne pas sortir seul, le soir – du moins pas trop tard. Je prendrai peut-être mon courage à deux mains un moment donné, et j’irai quand même piquer des petites trails alentour. Apparemment que c’est ici, en effet, dans la ville moderne, que la faune urbaine s’active durant la nuit ; contrairement à la ville coloniale qui devient plutôt moribonde, elle, dès le coucher du soleil, sauf pour les activités louches de la petite pègre – mais là, je n’irai peut-être pas vérifier…

 

Mais une chose à la fois… Aujourd’hui a été une première prise de contact avec la ville – concluante en ce qui me concerne. L’acclimatation à l’altitude (2850 mètres) se passe plutôt bien : aucun symptôme du soroche (mal des hauteurs) pour le moment. Ça me rassure, car j’appréhendais cet aspect du voyage. On verra plus tard, lorsque que je me rendrai dans les montagnes environnantes… Pour la température, ben c’est ça ma plus grosse surprise du voyage…

 

J’ai demandé à Laly ce matin s’il pleuvait réellement tous les jours, comme je l’ai sans cesse vu sur Internet depuis deux mois. Réponse immédiate avec de grands yeux ronds : il fait pratiquement toujours soleil à Quito, sauf vers avril, je crois, qu’elle m’a dit. Et force m’a été d’admettre qu’elle avait parfaitement raison. Aujourd’hui – journée apparemment ordinaire –, le soleil a été au rendez-vous sans défaillir une seule minute. C’était trop, même… Je me suis tapé une insolation – par ma faute…

 

C’est donc l’été, ici. Et un bel été, à part ça, sans humidité, température pas trop haute. C’est vraiment une belle surprise.

 

Et demain, ce sera mon premier cours d’espagnol. Étant donné que je ne sais pas pantoute à quoi m’attendre, je suis évidemment un peu nerveux. J’espère que ce ne sera pas trop exigeant. Je suis venu ici pour tripper, pas pour me casser la tête. Mais d’un autre côté, si je veux vous expliquer la charte constitutionnelle équatorienne en espagnol dans deux semaines, faut que je prenne ça au sérieux.

 

Alors à demain, peut-être, pour vous parler de l’école, de mes profs et de ma classe. Et pour vous parler aussi, bien sûr, de bien d’autres sujets – dont Quito et les Quiteños …

 

Bonne nuit à tous

 

Yvan Yvan

 

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19/03/2017
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